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septembre 2012

les deux comptables


« Pourquoi remercier Dieu de ce qui nous arrive de positif alors que nous le dédouanons de ce qui nous arrive de négatif ? » m’a-t-on un jour demandé. Je n’avais trop su que répondre. Si Dieu n’est pas responsable dans un cas, comment peut-il l’être dans l’autre ? 

Pourtant, quelque chose cloche dans cette question… Quel genre de Dieu et d’homme met-elle en scène ? 

Des comptables ! Deux comptables face à face : un homme qui compte et un Dieu qui compte. L’homme porte au crédit de Dieu les évènements heureux et à son débit les malheureux ; en regard, Dieu mettrait les bonnes actions de l’homme à son crédit et ses mauvaises à son débit. A la fin de la journée, l’homme compte et remercie Dieu si le solde est positif. Et à la fin de sa vie, Dieu soldera son compte. Paradis si Dieu doit à l’homme. Purgatoire si l’homme doit à Dieu ; jusqu’à remboursement.

Ces calculs humains ne sont-ils pas folie[1] devant toi, Seigneur ? 
Ton crédit est infini. Tu crée un univers entier pour les poussières que nous sommes[2] ; les galaxies, les astres, la terre, les innombrables plantes et animaux… Tu nous insuffles la vie. Tu nous façonnes une âme. Tu nous donnes ton Fils. Tu nous envoies ton Esprit Saint pour vivre en communion avec Vous.


Et notre crédit reste nul ou quasi. Même nos dites bonnes actions ne sont qu’exceptionnellement désintéressées, le trésor qu’elles pourraient nous amasser dans les cieux[3] se réduit souvent à quelques piécettes. « Au soir de cette vie, écrit Sainte Thérèse[4], je paraîtrai devant vous les mains vides, car je ne vous demande pas, Seigneur, de compter mes œuvres. Toutes nos justices ont des taches à vos yeux. Je veux donc me revêtir de votre propre Justice, et recevoir de votre Amour la possession éternelle de Vous-même. »


Oui, nous sommes irrémédiablement débiteurs envers toi. Mais tu remets notre dette[5], tu nous rachètes au prix de ton propre sang. Alors, comme Thérèse, nous ne pouvons que passer de la comptabilité à l’amour. Non pas deux comptables, mais deux amoureux : un homme qui aime Dieu qui l’aime le premier…[6]


Te dire merci, c’est te rendre grâce pour ton amour envers nous, pour la création, pour la vie, pour l’amour, pour l’amitié, desquels découlent nos petits et nos grands bonheurs. « Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire, Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant de qui nous tenons la vie, la croissance et l’être[7]. »  Nous pourrions ainsi, et devrions sans doute, prier sans cesse et te rendre grâce en toute circonstance[8], à l’image de Saint François au soir de sa vie[9] qui te loue même pour « notre sœur la mort corporelle ».

Les événements heureux de nos vies ne sont alors pas une raison mais une occasion de rendre grâce. Car nous sommes plus enclins à te louer lorsque nous sommes heureux. Car la joie, le bonheur appellent en chacun la louange, la gratitude. Et réciproquement, te louer nous met en joie. C’est d’être en relation avec toi qui nous procure la joie véritable et la paix que rien ni personne ne peut nous ravir[10], quels que soient les événements de nos vies. Comme nous y exhorte Saint Paul[11] : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur ; laissez-moi vous le redire : soyez dans la joie. Que votre sérénité soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, dans l’action de grâce priez et suppliez pour faire connaître à Dieu vos demandes. Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, gardera votre coeur et votre intelligence dans le Christ Jésus. »  



[1] cf. 1Co 1,20
[2]cf. Gn 3,19
[3]cf. Mt 19, 21
[4]Acte d’offrande à l’amour miséricordieux
[5]cf. Mt 18, 23
[6]cf. 1Jn 4, 10
[7]Préface des dimanches n°6
[8]cf. 1Th 5, 17
[9]Cantique des créatures
[10]Bénédiction pascale
[11]Ph 4, 4
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les deux comptables


« Pourquoi remercier Dieu de ce qui nous arrive de positif alors que nous le dédouanons de ce qui nous arrive de négatif ? » m’a-t-on un jour demandé. Je n’avais trop su que répondre. Si Dieu n’est pas responsable dans un cas, comment peut-il l’être dans l’autre ? 

Pourtant, quelque chose cloche dans cette question… Quel genre de Dieu et d’homme met-elle en scène ? 

Des comptables ! Deux comptables face à face : un homme qui compte et un Dieu qui compte. L’homme porte au crédit de Dieu les évènements heureux et à son débit les malheureux ; en regard, Dieu mettrait les bonnes actions de l’homme à son crédit et ses mauvaises à son débit. A la fin de la journée, l’homme compte et remercie Dieu si le solde est positif. Et à la fin de sa vie, Dieu soldera son compte. Paradis si Dieu doit à l’homme. Purgatoire si l’homme doit à Dieu ; jusqu’à remboursement.

Ces calculs humains ne sont-ils pas folie[1] devant toi, Seigneur ? 
Ton crédit est infini. Tu crée un univers entier pour les poussières que nous sommes[2] ; les galaxies, les astres, la terre, les innombrables plantes et animaux… Tu nous insuffles la vie. Tu nous façonnes une âme. Tu nous donnes ton Fils. Tu nous envoies ton Esprit Saint pour vivre en communion avec Vous.


Et notre crédit reste nul ou quasi. Même nos dites bonnes actions ne sont qu’exceptionnellement désintéressées, le trésor qu’elles pourraient nous amasser dans les cieux[3] se réduit souvent à quelques piécettes. « Au soir de cette vie, écrit Sainte Thérèse[4], je paraîtrai devant vous les mains vides, car je ne vous demande pas, Seigneur, de compter mes œuvres. Toutes nos justices ont des taches à vos yeux. Je veux donc me revêtir de votre propre Justice, et recevoir de votre Amour la possession éternelle de Vous-même. »


Oui, nous sommes irrémédiablement débiteurs envers toi. Mais tu remets notre dette[5], tu nous rachètes au prix de ton propre sang. Alors, comme Thérèse, nous ne pouvons que passer de la comptabilité à l’amour. Non pas deux comptables, mais deux amoureux : un homme qui aime Dieu qui l’aime le premier…[6]


Te dire merci, c’est te rendre grâce pour ton amour envers nous, pour la création, pour la vie, pour l’amour, pour l’amitié, desquels découlent nos petits et nos grands bonheurs. « Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire, Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant de qui nous tenons la vie, la croissance et l’être[7]. »  Nous pourrions ainsi, et devrions sans doute, prier sans cesse et te rendre grâce en toute circonstance[8], à l’image de Saint François au soir de sa vie[9] qui te loue même pour « notre sœur la mort corporelle ».

Les événements heureux de nos vies ne sont alors pas une raison mais une occasion de rendre grâce. Car nous sommes plus enclins à te louer lorsque nous sommes heureux. Car la joie, le bonheur appellent en chacun la louange, la gratitude. Et réciproquement, te louer nous met en joie. C’est d’être en relation avec toi qui nous procure la joie véritable et la paix que rien ni personne ne peut nous ravir[10], quels que soient les événements de nos vies. Comme nous y exhorte Saint Paul[11] : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur ; laissez-moi vous le redire : soyez dans la joie. Que votre sérénité soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, dans l’action de grâce priez et suppliez pour faire connaître à Dieu vos demandes. Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, gardera votre coeur et votre intelligence dans le Christ Jésus. »  



[1] cf. 1Co 1,20
[2]cf. Gn 3,19
[3]cf. Mt 19, 21
[4]Acte d’offrande à l’amour miséricordieux
[5]cf. Mt 18, 23
[6]cf. 1Jn 4, 10
[7]Préface des dimanches n°6
[8]cf. 1Th 5, 17
[9]Cantique des créatures
[10]Bénédiction pascale
[11]Ph 4, 4
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