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février 14, 2013

du sacrifice à la Croix



Cher Pneumatis, 
Merci pour ces beaux billets (ici et ). Je suis rejoint par la façon dont tu mets le sacrifice du désir au cœur de l’ethos chrétien des relations conjugales et filiales. Et cela me rappelle la ‘colossale disputatio’ lancée dans la torpeur d’une fin d’été ensoleillée par René Poujol
A toi je peux l’avouer, j’ai du mal avec la théologie du corps. Au début, ça a l’air super. Que du bonheur ! L’homme et la femme sont faits pour le bonheur. Ensemble, ils sont image de Dieu dans leur union conjugale et dans leurs relations sexuelles d’amour ; image du Dieu trinité en qui la circulation de l’amour est continue et parfaite. Waouh, génial ! Jamais je n’aurais osé espérer une vocation aussi grandiose. Bien sûr, il y a des conséquences fortes. En aucun cas ne vouloir posséder son conjoint, tout comme il n’y a pas de possession en Dieu. Renoncer à ce « regarder pour désirer » dont parle le Christ. Bon, là je tique un peu mais ça passe, je me dis « oui, c’est juste et bon ». 
Et puis, à la fin – il faut avoir lu tout le reste d’abord est-il bien précisé, cette fin n’étant intelligible qu’à la lumière de ce magnifique édifice qui la précède. A la fin donc – presque incidemment, genre ça irait quasiment sans dire mais bon je vous le dis quand même – on arrive au prix à payer. Naturellement, vous comprenez, pour que la relation sexuelle d’amour soit comme une icône du Dieu trine, il faut que sa dimension de fécondité soit pleinement présente. Sinon elle ne revêt pas sa pleine signification, comme un signe qui n’est plus signifiant. Car la fécondité potentielle est dans la nature de l’acte, comme elle est dans la nature de Dieu. Donc, la contraception c’est niet. Bon, bien enrobé… mais niet. Sauf les dites méthodes naturelles ; et encore ne faut-il pas qu’elles soient employées avec une mentalité contraceptive, que l’aléa subsiste…  
Et là arrive l’éloge – non pas l’éloge de l’angoisse d’avoir un enfant alors qu’on en a déjà plusieurs qui dorment à côté, enfin qui dorment ou qui pleurent, ou qui sont malades, ou qui… et qu’on ne veut pas, et qu’on ne peut pas en accueillir un nouveau, pas juste par égoïsme mais parce qu’on sent qu’on ne tiendrait pas le coup, qu’il vaut quand même mieux pour ceux qui dorment à côté, ou ne dorment déjà plus peut-être, qu’il vaut quand même mieux des parents pas trop accablés par les soucis de santé ou financiers ou les conflits, que cela vaut mieux pour tous ceux dont on a la charge, et nous-mêmes compris – non rien de tout cela ; mais l’éloge de la continence. On se doit d’être soit image de Dieu sous la couette (ou même sans couette, en fait la théologie du corps n’aborde pas directement la question de la couette), soit continents. Peut-être aussi peut-on juste ne pas avoir envie ; je ne suis pas certain, ce n’est pas explicitement dit, mais bon je suppose. Mais sur l’angoisse, rien [1]. Non. Juste que la continence finalement vous verrez c’est super, une vraie école de vie. 
Et là j’ai l’impression, un peu désagréable, qu’on essaie de me survendre le truc. Un peu comme… par exemple… un vendeur de cuisines aménagés. On arrive en pensant qu’il nous faut juste un plan de travail avec un évier encastré, et il essaie de nous vendre « la cuisine de vos rêves Monsieur Blumentern », toute aménagée, marbre blanc, bakélite, pierre de lave, électroménager dernier cri. Et puis au bout de deux heures de rêve, et bah c’est dix fois notre budget max. « Mais, écoutez bien Monsieur Blubterme, avec notre partenaire Cofitourloupe, elle est à vous pour seulement 15 euros, par jour. Et ce pendant seulement vingt-cinq toutes-petites années ! Et je vous le dit comme je le pense, Monsieur Blumenperm, économiser 15 euros chaque jour c’est aussi une chance : prioriser, poser des choix, une vraie école de vie ! » 
Bon, personnellement, je préfère quand on m’annonce la couleur tout de suite. Et la couleur, comme tu le dis, c’est le sacrifice. Le sacrifice de son désir, de sa convoitise. Là, j’aimerais peut-être ajouter un point à ton billet. Le sacrifice d’Abraham, c’est l’ancienne alliance. Et n’est-ce pas dans la bouche de Jean-Baptiste, son dernier représentant, que la question d’Isaac [2] trouve sa réponse définitive [3] ? Oui Dieu a bien su trouver l’agneau pour le sacrifice. C’est son Fils. L’impossible qui était demandé à Abraham, c’est Dieu lui-même qui l’accomplit. 
Alors nous ne sommes plus seuls. Nous ne sommes plus seuls dans les méandres de nos désirs. Nous ne sommes plus seuls à tenter de sacrifier notre convoitise. Nous ne sommes plus seuls à essayer de ne pas tomber. A lorgner furtivement la première marche de l’escalier. Tu sais, l’escalier du péché. Celui que l’on a tant de fois dévalé, emporté par son élan sans plus pouvoir s’arrêter, avant de s’écrouler sur le palier cassé et honteux d’avoir chu cette fois encore. Cette première marche dont on sait bien qu’elle nous entrainera inexorablement vers la seconde, et la seconde vers la troisième, et ainsi de suite jusqu’à ce que l’élan soit devenu irrésistible. Cette première marche si petite, celle qui ne fait de mal à personne se ment on si facilement, un petit plaisir, presque anodin… Non, nous ne sommes plus seuls. Nos convoitises, nous pouvons les lui confier. Mieux, les crucifier avec lui [4]. Participant à l’unique sacrifice du Christ grand-prêtre. 
Et là, la continence n’est plus une fâcheuse conséquence secondaire, mais le cœur du truc. Contraception ou pas, avec angoisse ou sans, la sexualité vécue chrétiennement ne peut être convoitise. Marié, célibataire, prêtre, gay… Même combat : crucifier sa convoitise. Et à chaque eucharistie, offrant à Dieu le pain et le vin de nos vies, lui offrant nos efforts et nos échecs, nous le recevons lui-même en nourriture pour la route. 
« Finalement, Monsieur Hygiena, je suis partant pour les 15 euros par jour. Bon, cela ne sera pas toujours quinze… souvent quelques piécettes, parfois nada hélas. Je les mettrai dans la corbeille chaque dimanche, à l’offertoire. 
Par contre la cuisine, je vous la laisse. C’est trop pour moi. » 

                                                     
[1] et sur comment le couple est image de Dieu ailleurs que sous la couette pas beaucoup non plus, hélas
[2] Isaac interrogea son père Abraham : « Mon père ! – Eh bien, mon fils ? » Isaac reprit : « Voilà le feu et le bois, mais où est l’agneau pour l’holocauste ? » Abraham répondit : « Dieu saura bien trouver l’agneau pour l’holocauste, mon fils », et ils s’en allaient tous les deux ensemble. Gn 22, 7-8 
[3] Comme Jean Baptiste voyait Jésus venir vers lui, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » Jn 1, 29
[4] Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses tendances égoïstes. Ga 5, 24 L’homme ancien qui est en nous a été fixé à la croix avec lui pour que cet être de péché soit réduit à l’impuissance, et qu’ainsi nous ne soyons plus esclaves du péché. Rm 6, 6

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du sacrifice à la Croix



Cher Pneumatis, 
Merci pour ces beaux billets (ici et ). Je suis rejoint par la façon dont tu mets le sacrifice du désir au cœur de l’ethos chrétien des relations conjugales et filiales. Et cela me rappelle la ‘colossale disputatio’ lancée dans la torpeur d’une fin d’été ensoleillée par René Poujol
A toi je peux l’avouer, j’ai du mal avec la théologie du corps. Au début, ça a l’air super. Que du bonheur ! L’homme et la femme sont faits pour le bonheur. Ensemble, ils sont image de Dieu dans leur union conjugale et dans leurs relations sexuelles d’amour ; image du Dieu trinité en qui la circulation de l’amour est continue et parfaite. Waouh, génial ! Jamais je n’aurais osé espérer une vocation aussi grandiose. Bien sûr, il y a des conséquences fortes. En aucun cas ne vouloir posséder son conjoint, tout comme il n’y a pas de possession en Dieu. Renoncer à ce « regarder pour désirer » dont parle le Christ. Bon, là je tique un peu mais ça passe, je me dis « oui, c’est juste et bon ». 
Et puis, à la fin – il faut avoir lu tout le reste d’abord est-il bien précisé, cette fin n’étant intelligible qu’à la lumière de ce magnifique édifice qui la précède. A la fin donc – presque incidemment, genre ça irait quasiment sans dire mais bon je vous le dis quand même – on arrive au prix à payer. Naturellement, vous comprenez, pour que la relation sexuelle d’amour soit comme une icône du Dieu trine, il faut que sa dimension de fécondité soit pleinement présente. Sinon elle ne revêt pas sa pleine signification, comme un signe qui n’est plus signifiant. Car la fécondité potentielle est dans la nature de l’acte, comme elle est dans la nature de Dieu. Donc, la contraception c’est niet. Bon, bien enrobé… mais niet. Sauf les dites méthodes naturelles ; et encore ne faut-il pas qu’elles soient employées avec une mentalité contraceptive, que l’aléa subsiste…  
Et là arrive l’éloge – non pas l’éloge de l’angoisse d’avoir un enfant alors qu’on en a déjà plusieurs qui dorment à côté, enfin qui dorment ou qui pleurent, ou qui sont malades, ou qui… et qu’on ne veut pas, et qu’on ne peut pas en accueillir un nouveau, pas juste par égoïsme mais parce qu’on sent qu’on ne tiendrait pas le coup, qu’il vaut quand même mieux pour ceux qui dorment à côté, ou ne dorment déjà plus peut-être, qu’il vaut quand même mieux des parents pas trop accablés par les soucis de santé ou financiers ou les conflits, que cela vaut mieux pour tous ceux dont on a la charge, et nous-mêmes compris – non rien de tout cela ; mais l’éloge de la continence. On se doit d’être soit image de Dieu sous la couette (ou même sans couette, en fait la théologie du corps n’aborde pas directement la question de la couette), soit continents. Peut-être aussi peut-on juste ne pas avoir envie ; je ne suis pas certain, ce n’est pas explicitement dit, mais bon je suppose. Mais sur l’angoisse, rien [1]. Non. Juste que la continence finalement vous verrez c’est super, une vraie école de vie. 
Et là j’ai l’impression, un peu désagréable, qu’on essaie de me survendre le truc. Un peu comme… par exemple… un vendeur de cuisines aménagés. On arrive en pensant qu’il nous faut juste un plan de travail avec un évier encastré, et il essaie de nous vendre « la cuisine de vos rêves Monsieur Blumentern », toute aménagée, marbre blanc, bakélite, pierre de lave, électroménager dernier cri. Et puis au bout de deux heures de rêve, et bah c’est dix fois notre budget max. « Mais, écoutez bien Monsieur Blubterme, avec notre partenaire Cofitourloupe, elle est à vous pour seulement 15 euros, par jour. Et ce pendant seulement vingt-cinq toutes-petites années ! Et je vous le dit comme je le pense, Monsieur Blumenperm, économiser 15 euros chaque jour c’est aussi une chance : prioriser, poser des choix, une vraie école de vie ! » 
Bon, personnellement, je préfère quand on m’annonce la couleur tout de suite. Et la couleur, comme tu le dis, c’est le sacrifice. Le sacrifice de son désir, de sa convoitise. Là, j’aimerais peut-être ajouter un point à ton billet. Le sacrifice d’Abraham, c’est l’ancienne alliance. Et n’est-ce pas dans la bouche de Jean-Baptiste, son dernier représentant, que la question d’Isaac [2] trouve sa réponse définitive [3] ? Oui Dieu a bien su trouver l’agneau pour le sacrifice. C’est son Fils. L’impossible qui était demandé à Abraham, c’est Dieu lui-même qui l’accomplit. 
Alors nous ne sommes plus seuls. Nous ne sommes plus seuls dans les méandres de nos désirs. Nous ne sommes plus seuls à tenter de sacrifier notre convoitise. Nous ne sommes plus seuls à essayer de ne pas tomber. A lorgner furtivement la première marche de l’escalier. Tu sais, l’escalier du péché. Celui que l’on a tant de fois dévalé, emporté par son élan sans plus pouvoir s’arrêter, avant de s’écrouler sur le palier cassé et honteux d’avoir chu cette fois encore. Cette première marche dont on sait bien qu’elle nous entrainera inexorablement vers la seconde, et la seconde vers la troisième, et ainsi de suite jusqu’à ce que l’élan soit devenu irrésistible. Cette première marche si petite, celle qui ne fait de mal à personne se ment on si facilement, un petit plaisir, presque anodin… Non, nous ne sommes plus seuls. Nos convoitises, nous pouvons les lui confier. Mieux, les crucifier avec lui [4]. Participant à l’unique sacrifice du Christ grand-prêtre. 
Et là, la continence n’est plus une fâcheuse conséquence secondaire, mais le cœur du truc. Contraception ou pas, avec angoisse ou sans, la sexualité vécue chrétiennement ne peut être convoitise. Marié, célibataire, prêtre, gay… Même combat : crucifier sa convoitise. Et à chaque eucharistie, offrant à Dieu le pain et le vin de nos vies, lui offrant nos efforts et nos échecs, nous le recevons lui-même en nourriture pour la route. 
« Finalement, Monsieur Hygiena, je suis partant pour les 15 euros par jour. Bon, cela ne sera pas toujours quinze… souvent quelques piécettes, parfois nada hélas. Je les mettrai dans la corbeille chaque dimanche, à l’offertoire. 
Par contre la cuisine, je vous la laisse. C’est trop pour moi. » 

                                                     
[1] et sur comment le couple est image de Dieu ailleurs que sous la couette pas beaucoup non plus, hélas
[2] Isaac interrogea son père Abraham : « Mon père ! – Eh bien, mon fils ? » Isaac reprit : « Voilà le feu et le bois, mais où est l’agneau pour l’holocauste ? » Abraham répondit : « Dieu saura bien trouver l’agneau pour l’holocauste, mon fils », et ils s’en allaient tous les deux ensemble. Gn 22, 7-8 
[3] Comme Jean Baptiste voyait Jésus venir vers lui, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » Jn 1, 29
[4] Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses tendances égoïstes. Ga 5, 24 L’homme ancien qui est en nous a été fixé à la croix avec lui pour que cet être de péché soit réduit à l’impuissance, et qu’ainsi nous ne soyons plus esclaves du péché. Rm 6, 6

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