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juin 2013

révolution…



Olivier Rolin, Tigre en papier, Le Seuil 2002. En bref et selon la quatrième de couverture, « c’est l’histoire d’un type qui raconte à la fille de son meilleur ami, mort depuis longtemps, ce que fut leur jeunesse à l’époque presque fabuleuse – la fin des années 60 – où l’on croyait dur comme fer à la Révolution. » Extrait :

« Ce que je crois, c’est qu’on à été la dernière génération à rêver d’héroïsme. Maintenant ça paraît ridicule, ça vous paraît bon pour des cloches, et à vrai dire vous ne voyez même plus ce que ça veut dire, je sais. Mais le monde n’a pas toujours été, si ennemi du romantique. Le monde n’a pas toujours été si cynique, si malin. Si averti, ricaneur, « on ne me la fait pas »… 
Auparavant, les jeunes gens avaient volontiers ce genre d’imagination. Il fallait que la vie soit épique, sinon à quoi bon ? II fallait côtoyer les gouffres, affronter le mystère. C’est un vieux désir humain, il y a tout un tas de mythes et de poèmes qui racontent ça. Se mesurer aux dieux, aux monstres, découvrir des terres insoupçonnées, explorer cette région inconnue qu’on est soi-même devant la mort. L’Iliade et L’Odyssée, quoi. Depuis deux mille ans, pas mal de jeunes gens ont rêvé d’être Achille, ou Hector ; ou Ulysse.
Et contrairement à ce qu’on croit à présent ce désir pouvait très bien se conjuguer avec celui d’écrire, de penser. Même, il arrivait que l’un aille difficilement sans l’autre. Il y avait une commune racine de rejet de la monotonie. Il y a eu des poètes, des romanciers, des philosophes soldats, agents secrets, et ça n’était pas les plus minables, tu sais. Sans remonter jusqu’à Cervantes et Camões, Faulkner qui n’était quand même pas, parmi les écrivains du siècle, le plus ballot, le moins profond, Faulkner a été terriblement déçu que l’armistice de novembre 1918 l’empêche d’aller faire le moderne chevalier dans les ciels d’Europe. C’est comme ça. Et Hemingway, plus rapide, avait filé sans hésiter vers les champs de bataille. Cendrars n’est plus très à la mode, ça n’empêche qu’il a inventé la poésie française moderne avec Apollinaire, et il était légionnaire, engagé volontaire. Et Apollinaire, on pourrait en parler aussi… Je sais que vous êtes tous pacifistes, à présent. Et moi aussi, si tu veux que je te dise que c’est plus agréable de vivre en paix. Et eux aussi, ceux qui ont connu la guerre et qui y ont survécu, ils le disent. 
Mais voilà, on n’écrit pas avec ce qui est agréable, on ne pense pas avec ça. On écrit, on pense avec ce qui blesse, ce qui tue. Et même c’est avec ça qu’on vit vraiment. Pas avec le « principe de précaution ». Ecrire (ou peindre, etc.) n’est pas intrinsèquement philanthropique. Progressiste, encore moins. Un grand écrivain vert, tiens, j’aimerais voir ça. Et même un grand peintre. 
Bon, alors la Révolution ça a été la dernière épopée occidentale, après quoi tout le monde est allé se coucher. La Révolution, à présent, c’est devenu un gadget, une pacotille bourgeoise. Une fanfreluche. Regarde, écoute, lis autour de toi, Marie : nos élites se disent toutes « révolutionnaires », à présent. Je parle de la bourgeoisie moderne, celle qui fabrique des images, des histoires, pas les attardés qui s’obstinent à fabriquer des rails ou des tôles, bien sûr. Je parle des vrais maîtres, ceux que ma génération a inventés, hélas. La Révolution, c’est devenu leur décor, leurs beaux atours. La bourgeoisie moderne est « révolutionnaire », elle a inventé ce formidable trompe-l’oeil pour dissimuler ses privilèges. »
Aujourd’hui en 2013, la bourgeoisie moderne est toujours là, encore plus ‘révolutionnaire’ et ‘progressiste’, régnant sur nos idées, nos récits ; nous voulant dociles et consommant… Mais aujourd’hui, une génération rêve à nouveau d’héroïsme, devant la force cynique et brutale dont use ce ‘système’ établi ; force policière, politique, médiatique, idéologique… Un héroïsme confronté à la violence du pouvoir mais qui se refuse à la reproduire dans un mimétisme mortifère. Un héroïsme de la non-violence
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révolution…



Olivier Rolin, Tigre en papier, Le Seuil 2002. En bref et selon la quatrième de couverture, « c’est l’histoire d’un type qui raconte à la fille de son meilleur ami, mort depuis longtemps, ce que fut leur jeunesse à l’époque presque fabuleuse – la fin des années 60 – où l’on croyait dur comme fer à la Révolution. » Extrait :

« Ce que je crois, c’est qu’on à été la dernière génération à rêver d’héroïsme. Maintenant ça paraît ridicule, ça vous paraît bon pour des cloches, et à vrai dire vous ne voyez même plus ce que ça veut dire, je sais. Mais le monde n’a pas toujours été, si ennemi du romantique. Le monde n’a pas toujours été si cynique, si malin. Si averti, ricaneur, « on ne me la fait pas »… 
Auparavant, les jeunes gens avaient volontiers ce genre d’imagination. Il fallait que la vie soit épique, sinon à quoi bon ? II fallait côtoyer les gouffres, affronter le mystère. C’est un vieux désir humain, il y a tout un tas de mythes et de poèmes qui racontent ça. Se mesurer aux dieux, aux monstres, découvrir des terres insoupçonnées, explorer cette région inconnue qu’on est soi-même devant la mort. L’Iliade et L’Odyssée, quoi. Depuis deux mille ans, pas mal de jeunes gens ont rêvé d’être Achille, ou Hector ; ou Ulysse.
Et contrairement à ce qu’on croit à présent ce désir pouvait très bien se conjuguer avec celui d’écrire, de penser. Même, il arrivait que l’un aille difficilement sans l’autre. Il y avait une commune racine de rejet de la monotonie. Il y a eu des poètes, des romanciers, des philosophes soldats, agents secrets, et ça n’était pas les plus minables, tu sais. Sans remonter jusqu’à Cervantes et Camões, Faulkner qui n’était quand même pas, parmi les écrivains du siècle, le plus ballot, le moins profond, Faulkner a été terriblement déçu que l’armistice de novembre 1918 l’empêche d’aller faire le moderne chevalier dans les ciels d’Europe. C’est comme ça. Et Hemingway, plus rapide, avait filé sans hésiter vers les champs de bataille. Cendrars n’est plus très à la mode, ça n’empêche qu’il a inventé la poésie française moderne avec Apollinaire, et il était légionnaire, engagé volontaire. Et Apollinaire, on pourrait en parler aussi… Je sais que vous êtes tous pacifistes, à présent. Et moi aussi, si tu veux que je te dise que c’est plus agréable de vivre en paix. Et eux aussi, ceux qui ont connu la guerre et qui y ont survécu, ils le disent. 
Mais voilà, on n’écrit pas avec ce qui est agréable, on ne pense pas avec ça. On écrit, on pense avec ce qui blesse, ce qui tue. Et même c’est avec ça qu’on vit vraiment. Pas avec le « principe de précaution ». Ecrire (ou peindre, etc.) n’est pas intrinsèquement philanthropique. Progressiste, encore moins. Un grand écrivain vert, tiens, j’aimerais voir ça. Et même un grand peintre. 
Bon, alors la Révolution ça a été la dernière épopée occidentale, après quoi tout le monde est allé se coucher. La Révolution, à présent, c’est devenu un gadget, une pacotille bourgeoise. Une fanfreluche. Regarde, écoute, lis autour de toi, Marie : nos élites se disent toutes « révolutionnaires », à présent. Je parle de la bourgeoisie moderne, celle qui fabrique des images, des histoires, pas les attardés qui s’obstinent à fabriquer des rails ou des tôles, bien sûr. Je parle des vrais maîtres, ceux que ma génération a inventés, hélas. La Révolution, c’est devenu leur décor, leurs beaux atours. La bourgeoisie moderne est « révolutionnaire », elle a inventé ce formidable trompe-l’oeil pour dissimuler ses privilèges. »
Aujourd’hui en 2013, la bourgeoisie moderne est toujours là, encore plus ‘révolutionnaire’ et ‘progressiste’, régnant sur nos idées, nos récits ; nous voulant dociles et consommant… Mais aujourd’hui, une génération rêve à nouveau d’héroïsme, devant la force cynique et brutale dont use ce ‘système’ établi ; force policière, politique, médiatique, idéologique… Un héroïsme confronté à la violence du pouvoir mais qui se refuse à la reproduire dans un mimétisme mortifère. Un héroïsme de la non-violence
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A lazy bastard living in a suit

« On va vous donner tout ce qu’on a ! » Après Dance me to the end of love introduisant le concert, Léonard Cohen fait cette promesse au public français réuni à Bercy. Le moins que l’on puisse dire est qu’il a tenu parole. 3h30 de concert élégant, raffiné,…

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oraison pour un Catholog

Mars, avril, mai… lourd climat à Paris, crachin, frimas … mais aussi la loi Taubira sur l’union plus l’adoption pour tous… opposition, manifs, divisions (y compris cathos)… Abus du pouvoir surtout : minimisation à tout prix, disqualification à tout va, flics incivils, nuits au commissariat sans vrai motif (ou ‘gnouf pour tous’ ?)…

Stop. Juin pointant son tarin, faisons fi pour aujourd’hui du froid ou du conflit, mais jouons. Jouons donc un instant via un oisif, amusant, stimulant pari qu’on proposa (là-bas) il y a cinq ou six jours : discourir du Catholog (forts bons films, à voir illico s’ils vous sont inconnus) mais suivant un strict canon lipo-grammatical… dont nous tairons ici l’omission, vous laissant saisir sa solution.
Bon, foin d’introduction, voici infra ma micro-production.
____
« La saison Un du Catholog a pris fin. Amis, chantons ici son oraison. Hardi, allons-y : applaudissons, acclamons, ovationnons.
Bravo à GRom, roi du T-Shirt (« a T-shirt, a T-shirt, my kingdom for a funny T-shirt! » aurait-il un jour sorti [1]). Un gars qui y va, à l’instinct : parfois balourd, jamais banal, toujours rigolo. 
Bravo à Chlo, miss au piquant mais charmant discours (ainsi qu’au joli minois), illuminant tout film. 
Bravo aux colocs. L’un quasi-saint mais surtout hors-champ (car soi-disant craintif), voix invoquant sans fin la raison. L’un passant par instants au living room, surgissant au motif d’un bon gag. 
Bravo aussi au scriptor, un sir dit « Prochain », scribouillard au grand art, promis à coup sûr à un fort brillant futur. 
Bravo à Hub von Torcy, bravo à chacun, bravo à tous !
Pour d’aucuns, il manqua du fond au Catholog. Faux, trois fois faux ! Il montra, transmit au public non point l’amour du Christ, mais son humour. Humour divin sur nos us (tant gallicans qu’ultramontains), doux humour du Logos, lui qui pour nous s’incarna.
Catho, crois au Christ pour sûr, mais souris aussi ; souris sur toi, toujours. Car sinon, sans un brin d’humour sur soi, pourrons-nous accomplir un vrai « ut unum sint » [2] ? Alors oui bravo, viva Catholog ! »
____
Concluons par un pardon. Pardon pour mon oraison à trois sous, mon propos mal fichu, bancal, biscornu, mon bafouillis languissant dans un si dur carcan, manquant d’un signifiant pourtant fort commun mais ici proscrit, d’un anodin « rond pas tout à fait clos finissant par un trait horizontal » [3]… Car tout mot fut contraint par la loi d’airain qu’un Hugo promulgua (soupir).
[1] la jouant ainsi à la Richard III à son insu
[2] c.à.d. qu’on soit tous un à l’instar du Christ + son papa (cf. Jn 17, 21)
[3] G.P., La Disparition (1969), Gallimard, Paris, avril 1989

_______


And now, it’s up to you! (mais motus sur la solution)
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oraison pour un Catholog

Mars, avril, mai… lourd climat à Paris, crachin, frimas … mais aussi la loi Taubira sur l’union plus l’adoption pour tous… opposition, manifs, divisions (y compris cathos)… Abus du pouvoir surtout : minimisation à tout prix, disqualification à tout va, flics incivils, nuits au commissariat sans vrai motif (ou ‘gnouf pour tous’ ?)…

Stop. Juin pointant son tarin, faisons fi pour aujourd’hui du froid ou du conflit, mais jouons. Jouons donc un instant via un oisif, amusant, stimulant pari qu’on proposa (là-bas) il y a cinq ou six jours : discourir du Catholog (forts bons films, à voir illico s’ils vous sont inconnus) mais suivant un strict canon lipo-grammatical… dont nous tairons ici l’omission, vous laissant saisir sa solution.
Bon, foin d’introduction, voici infra ma micro-production.
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« La saison Un du Catholog a pris fin. Amis, chantons ici son oraison. Hardi, allons-y : applaudissons, acclamons, ovationnons.
Bravo à GRom, roi du T-Shirt (« a T-shirt, a T-shirt, my kingdom for a funny T-shirt! » aurait-il un jour sorti [1]). Un gars qui y va, à l’instinct : parfois balourd, jamais banal, toujours rigolo. 
Bravo à Chlo, miss au piquant mais charmant discours (ainsi qu’au joli minois), illuminant tout film. 
Bravo aux colocs. L’un quasi-saint mais surtout hors-champ (car soi-disant craintif), voix invoquant sans fin la raison. L’un passant par instants au living room, surgissant au motif d’un bon gag. 
Bravo aussi au scriptor, un sir dit « Prochain », scribouillard au grand art, promis à coup sûr à un fort brillant futur. 
Bravo à Hub von Torcy, bravo à chacun, bravo à tous !
Pour d’aucuns, il manqua du fond au Catholog. Faux, trois fois faux ! Il montra, transmit au public non point l’amour du Christ, mais son humour. Humour divin sur nos us (tant gallicans qu’ultramontains), doux humour du Logos, lui qui pour nous s’incarna.
Catho, crois au Christ pour sûr, mais souris aussi ; souris sur toi, toujours. Car sinon, sans un brin d’humour sur soi, pourrons-nous accomplir un vrai « ut unum sint » [2] ? Alors oui bravo, viva Catholog ! »
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Concluons par un pardon. Pardon pour mon oraison à trois sous, mon propos mal fichu, bancal, biscornu, mon bafouillis languissant dans un si dur carcan, manquant d’un signifiant pourtant fort commun mais ici proscrit, d’un anodin « rond pas tout à fait clos finissant par un trait horizontal » [3]… Car tout mot fut contraint par la loi d’airain qu’un Hugo promulgua (soupir).
[1] la jouant ainsi à la Richard III à son insu
[2] c.à.d. qu’on soit tous un à l’instar du Christ + son papa (cf. Jn 17, 21)
[3] G.P., La Disparition (1969), Gallimard, Paris, avril 1989

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And now, it’s up to you! (mais motus sur la solution)
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