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mai 2015

Quand j’étais blogueur

Mon pauvre David, je n’ai que 7 ans. J’ai appris que l’ami Koz fêtait ses 10 ans… Bon, vous connaissez la chanson, hein. J’aurais pu lui citer Yves Duteil, histoire de lui faire plaisir, mais en même temps ça ne me déplait pas de l’emmerder un peu avec Michel Delpech. Sinon le risque aurait été fort de tomber…

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Sic transit démocratie

J’aurais pu faire dire une messe anniversaire ce matin. Une messe du souvenir. Le souvenir du deuil de la démocratie, en ce 29 mai 2005. Ce jour-là, sans trop comprendre pourquoi, le peuple disait "NON" à la Constitution européenne, à l’occasion d’un référendum perdu d’avance. Comme un dernier soupir, un râle plutôt, d’une démocratie condamnée.

L’exclusion du peuple comme acteur de la

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Sic transit démocratie

J’aurais pu faire dire une messe anniversaire ce matin. Une messe du souvenir. Le souvenir du deuil de la démocratie, en ce 29 mai 2005. Ce jour-là, sans trop comprendre pourquoi, le peuple disait "NON" à la Constitution européenne, à l’occasion d’un référendum perdu d’avance. Comme un dernier soupir, un râle plutôt, d’une démocratie condamnée.

L’exclusion du peuple comme acteur de la

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Pour toi c’est quoi le bonheur?

« Okay, life’s a fact, people do fall in love, people do belong to each other, because that’s the only chance anybody’s got for real happiness. » Paul Varjak, Diamants sur canapé (1961) Un carnet rempli de citations collectées au cours des années, tirées de films, séries ou lectures. Très recherchées ou un peu plus banales. Et … Lire la suite de Pour toi c’est quoi le bonheur?

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A Quick Note About What An Anathema Does Or Does Not Mean

The Church has a doctrine. The Church exists (among other things) to proclaim the Gospel, and is being led by the Spirit into all truth, and in a sinful world, that entails not only saying what is the case, but also what is NOT the case. The way this is often done in authoritative Church documents [Read More…]

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Tous Républicains ! #oupas

Si j’ai bien compris, la plus grande formation politique classée à droite dans notre pays va donc, sauf surprise, s’appeler "Les Républicains". C’est rigolo. Oui, c’est rigolo, car on nage en pleine contradiction.

En France, la République serait une idée traditionnellement ancrée à gauche. Enfin, à gauche… c’est ce qu’on dit chez nous car les républicains (au sens historique) étaient assis

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Tous Républicains ! #oupas

Si j’ai bien compris, la plus grande formation politique classée à droite dans notre pays va donc, sauf surprise, s’appeler "Les Républicains". C’est rigolo. Oui, c’est rigolo, car on nage en pleine contradiction.

En France, la République serait une idée traditionnellement ancrée à gauche. Enfin, à gauche… c’est ce qu’on dit chez nous car les républicains (au sens historique) étaient assis

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When All Earthly Hopes Fade, That Old-Time Religion Can Be A Lifeline

I’m sure I’m not the only person who can be aggravated by what is often described, not wrongly, as the pietism, quietism and even masochism of some versions of pre-Vatican II Catholicism and spirituality. Against a spirituality that looks at suffering as something to be accepted and borne quietly, I find myself kicking and screaming about the [Read More…]

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Une Théorie Mimétique de la Sexualité Humaine 7/7

7. Une nouvelle pensée concernant la sexualité pour le christianisme.


Lorsque je me suis converti au christianisme, à l’âge de 38 ans, un phénomène m’a frappé parce qu’il était totalement inattendu. En ce temps-là, je retournais précipitamment à l’Eglise pour échapper à l’horreur d’être participant d’une culture meurtrière selon le système girardien que je venais de découvrir et qui m’avait convaincu(a). C’est alors que mon temps de cerveau consacré à penser au sexe a décru dans des proportions considérables ; et ce temps s’est ensuite maintenu à ce niveau beaucoup plus faible de celui qui était le sien au départ.
Avec le recul, j’ai compris que cette foi que je demandais et obtenais de Dieu en Eglise(b) me permettait d’entrer en relation avec Jésus(c) qui devenait le centre de mon attention ; et mon intérêt se trouvait ainsi réorienté dans ses objets. Ce n’était pas la fin du désir sexuel, ceci dit, mais pour le moins de sa composante obsessionnelle ; je demeurais un homme d’orientation hétérosexuelle de par la formation initiale de cette orientation.
A présent, si l’orientation hétérosexuelle est la plus confortable universellement, n’est-il pas intéressant pour un chrétien de se demander ce qu’en pense Jésus ?
Le projet de ce dernier billet est d’observer le Nouveau Testament, de considérer ce que Jésus nous a dit à propos de la sexualité, comme de recueillir les recommandations de l’Eglise en la matière avec à l’esprit, les enseignements de la théorie mimétique tels que développés dans les précédents exposés. Pour un chrétien / girardien comme moi, il y a là un enjeu de cohérence de l’ensemble de ce travail.
Les Evangiles ne semblent pas beaucoup s’intéresser à la sexualité mais cet aspect n’est pas non plus absent de leurs préoccupations.
Pour commencer, nous retrouvons ici et là l’arrière-plan rigide dont il a été question concernant le monde biblique de la Première Alliance. Sans doute, le témoignage le plus spectaculaire de l’ambiance en Judée concernant la sexualité à cette époque, est-il constitué par le récit de la femme qui manque de se faire lapider pour motif d’adultère (Jn 8, 2-12). C’est à cette occasion que l’on rencontre la fameuse première pierre qui désarme les justiciers au dernier moment : « que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre »(d).
Du fait de ces composantes de répression et de terreur entretenues à l’encontre des déviances, nous pouvons penser que le moindre intérêt pour la sexualité dans le monde que Jésus évangélisait, ne découlait pas d’une attention réorientée comme dans mon cas.
En un sens, ceci donne raison aux personnes qui apprécient le passé pour son cadre moins permissif : en mettant en place un régime de tabous et de dures peines pour les transgressions, on peut bien obtenir une sexualité authentiquement moins tapageuse et prégnante, presque normalisée.
Ici aussi, la perspective est plus large que la seule question de la sexualité. Il a été souligné par René Girard, à la suite de nombreux commentateurs, que Jésus est présenté comme perpétuellement menacé de mort. Pour ce qui nous intéresse, dès les fiançailles de Marie et de Joseph, il est évoqué le projet d’une rupture secrète lorsque Marie se trouve enceinte : « au lieu de la dénoncer publiquement ». Cette dénonciation aurait été l’option normale en quelque sorte (Mt 1,19) et le sort de Marie, comme celui de Jésus, aurait pu ainsi rejoindre celui de la femme adultère… mais effectivement lapidée cette fois. Heureusement, Joseph le juste, divinement inspiré, accueillit Marie chez lui avec tendresse et c’était bien ce qu’il convenait de faire.
Ailleurs, nous voyons Jean Baptiste s’élever contre la convoitise d’Hérode à propos d’Hérodiade, la femme de son frère Philippe, et être décapité pour cela (Mc 6, 17-29)(d). A nouveau, il est possible de rapprocher la situation d’Hérodiade de celle de la femme adultère. Les reproches de Jean Baptiste visent Hérode : « Il ne t’est pas permis d’avoir la femme de ton frère », mais c’est cette femme qui devient protagoniste des représailles à son égard. Il n’est pas impossible qu’elle se soit sentie, avec quelque raison, menacée de lapidation. Au total, Jean Baptiste rappelle la loi et c’est lui qui subit la violence.
Selon cette étude et les textes bibliques, si nous sommes dans la perspective d’un chaos qui doit survenir si l’on n’y prend garde (« le jour du Seigneur » de certaines prophéties comme celle portée par saint Jean Baptiste en Mt 3, 1-12), le désir mimétique est LE problème. En plus du conditionnement social et du phénomène psychologique qui fait durer les couples, les lois prétendent brimer le désir avec un arsenal de violences. Or, nous l’avons vu aussi, le désir est en soi un principe de violence : il cherche un assouvissement par delà les obstacles. A un autre niveau, la personne en délicatesse avec la loi peut être tentée par l’idée d’écarter la menace violente de la loi par une violence préventive à l’égard de ceux qui portent cette menace.
Au total, tout ceci constitue une mise en abîme des options traditionnelles pour essayer d’éviter le chaos : le problème se présente comme inextricable et certains moyens à mettre en œuvre sont clairement exposés comme immoraux.
Cependant, une importante leçon est sous jacente à cette présentation. Il est profitable de rapprocher les trois épisodes : de la lapidation manquée de la femme adultère, de la menace d’une dénonciation publique de Marie pour un supposé adultère, et enfin de la décapitation de saint Jean aux mains, en quelque sorte, d’une femme adultère. Nous mesurons ainsi la complexité de telles situations bloquées et, avant tout, nous pouvons apprécier à partir de là, l’apport spécifique de Jésus qui constitue une ouverture inédite :
« Alors, se redressant, Jésus lui dit : « Femme, où sont-ils ? Personne ne t’a condamnée ? » Elle dit : « Personne, Seigneur. » Alors Jésus dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va et ne pèche plus » (Jn 8, 10-11).
Il convient ici de bien comprendre que cette parole n’est pas une recommandation légère. Avant tout, il ne faut pas se laisser égarer par notre profonde complicité avec la violence. Celle-ci pourrait, en effet, nous laisser penser que cette parole prendrait sa capacité de réalisation dans le souvenir épouvantable d’un danger de mort qui aurait été écarté. Il n’en est absolument rien !
« Va et ne pèche plus » s’adresse à une femme qui doit s’approprier que dans cet épisode elle est effectivement morte au péché et ressuscitée, « par Jésus, avec Jésus et en Jésus ». Ainsi seulement, selon l’évangile, parvient-t-on à se sortir des ténèbres. Il est clairement fait référence à la puissance de la résurrection de Jésus dans ce texte afin de poser fermement ces mots de pardon et de salut.
Et le récit se poursuit conformément, par cette autre parole de Jésus : « Moi, je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie » Jn 8, 12.
Poursuivons notre chemin.
Un aspect frappant du récit est l’attitude spécifique de Jésus vis-à-vis des femmes. Celle-ci commence par choquer mais pourrait bien avoir entrainé de spectaculaires progrès ultérieurs chez les disciples de Jésus. Lorsque Jésus rencontre la Samaritaine, l’évangéliste Jean relève que « là-dessus arrivèrent les disciples, et ils s’étonnaient qu’il parlât à une femme » Jn 2, 27. L’impression est qu’une femme devait être perçue par un homme comme plus étrangère du fait de son sexe que de sa nation. Nous sommes encore ici dans les conceptions de l’époque, lesquelles posent de plus qu’une « pècheresse » ne saurait toucher un homme comme Jésus (Lc 7, 39).
Mais Jésus parle aux femmes et se laisse toucher par elles, sans aucun trouble ni problème(e).
Tout particulièrement, Jésus est un homme qui parle aux femmes comme à des personnes et qui, par là, les valorise énormément par rapport à leur statut de l’époque et de celui de nombreuses époques.
Il me semble que Jésus représente parfaitement l’homme sans la sexualité instinctuelle dont il était question précédemment, et encore, un homme qui ne pose aucun rapport de domination avec quiconque. Jésus parle et vit avec des hommes et des femmes sans faire de distinction entre eux et, non plus, entre eux et lui.
C’est une affirmation néotestamentaire (Hb 4, 15) reprise par l’Eglise catholique dans sa liturgie (4ème prière eucharistique) que Jésus « a vécu notre condition humaine en toute chose excepté le péché » ; n’aurait-il pas fallu ajouter « et sans la sexualité et sans la domination virile » pour rendre compte de sa façon d’être à l’égard des femmes comparée à celle habituelle des hommes ? « Ecce homo », « voici l’homme » : Jésus est l’homme sans les illusions de la sexualité instinctuelle et de la domination qui sont reléguées au rang des péchés qu’il ne commet pas quant à lui.
La bonne nouvelle de la théorie mimétique de ce point de vue est que nous n’avons pas à brimer quoi que ce soit en matière de sexualité, car elle ne nous est pas consubstantielle, pour ainsi dire, mais bien de définir des stratégies face aux illusions du désir mimétique.
Ici je suggèrerais que ce qui est appelé chasteté est simplement cette possibilité qui nous est naturelle à tous, hommes et femmes, d’interagir sans arrière pensée de sexualité. Il s’agit d’une expérience qui est courante à l’école mixte, dans le travail, etc. lorsque nous poursuivons des buts communs, nous considérant tous comme de simples humains avec nos capacités et talents particuliers. Une expérience qui est ouverte à chacun, qui ne demande qu’à s’épanouir, mais qui devrait être la caractéristique par excellence des chrétiens marqués par la façon d’être de Jésus.
Notons, encore, la présence de femmes parmi les disciples qui suivaient Jésus. « Et il advint ensuite qu’il cheminait à travers villes et villages, prêchant et annonçant la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu. Les Douze étaient avec lui, ainsi que quelques femmes qui avaient été guéries d’esprits mauvais et de maladies : Marie, appelée la Magdaléenne, de laquelle étaient sortis sept démons, Jeanne, femme de Chouza, intendant d’Hérode, Suzanne et plusieurs autres, qui les assistaient de leurs biens » Lc 8, 1-3. Le terrain semble piégé pour des aventures à composante sexuelle mais aucun scandale de ce genre ne nous a été rapporté. Je me l’explique à nouveau par un climat de moindre intérêt pour une sexualité qui n’est pas une profonde caractéristique de nos personnes, comme par la qualité d’être de Jésus et la force de sa présence auprès de ces hommes et de ces femmes ayant abandonné leurs vies pour une nouvelle vie avec lui.
Mais le désir mimétique appliqué à la sexualité apparaît, bien entendu, dans l’enseignement de Jésus. De fait, celui-ci ne s’attarde aucun instant à l’idée que la sexualité serait de nature essentielle pour l’homme et porte tout de suite la question au niveau de ce désir :
« Vous avez entendu qu’il a été dit : Tu ne commettras pas l’adultère. Et bien ! Moi je vous dis : Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis, dans son cœur, l’adultère avec elle. Que si ton œil droit est pour toi une occasion de péché arrache-le et jette le loin de toi : car mieux vaut pour toi que périsse un seul de tes membres et que tout ton corps ne soit pas jeté dans la géhenne. » Mt 5, 27-29.
Un état, pour un homme, de désir de femme sans aller plus loin ; qu’elle précise définition de l’hétérosexualité ! Expliquer que ce désir précède cet homme de plus ou moins loin est un apport important de la théorie mimétique : « nous n’avons d’autres désirs que ceux que nous voyons exprimés par la ou les personne(s) que nous admirons plus ou moins consciemment ». Nous sommes, indubitablement, dans des conceptions toutes proches. Mais, poursuivons…
Il y a une délectation tellement peu chrétienne, chez certains, à citer la condamnation biblique de l’homosexualité que nous verrons plus loin, que je me permets un avertissement. « Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis, dans son cœur, l’adultère avec elle. » c’est dire que l’hétérosexualité est adultère par définition ; hétérosexuel et adultère sont des synonymes pour Jésus. Mais lui NE DIT PAS, parce que la voie de la loi toute puissante est ruinée, elle qui a tué homosexuels, hétérosexuels et finalement l’a tué lui-même : « L’homme qui commet l’adultère avec la femme de son prochain devra mourir, lui et sa complice » Lv 20, 10.
Quoiqu’il en soit, le moyen prescrit de s’arracher un seul œil est insuffisante pour se sortir de l’hétérosexualité car, ne serait-ce que cela, il est impossible de déterminer quel œil serait la cause de ce péché.
A nouveau, il serait léger de considérer que nous serions face à une image, une hyperbole, simplement destinée à nous alerter par rapport à la gravité d’une situation tout en nous laissant sans solution pratique. Le problème est grave mais une nouvelle économie, maîtrisant le désir mimétique, nous permettra de le résoudre. Nous sommes dans les chapitres du Sermon sur la montagne de Matthieu qui appellent à vivre les Béatitudes par un changement radical : « N’allez pas croire que je sois venu abolir [la Loi ou les Prophètes], mais accomplir » Mt 5, 17 et « celui qui exécutera [ces moindres préceptes de la loi] et les enseignera, celui-là sera tenu pour grand dans le Royaume des Cieux » Mt 5, 19.
A nouveau, le cœur de cette résolution (pour un chrétien) est sacrificiel.
De se mutiler un seul œil (ou une seule main) ne mènerait à rien en matière de désir mimétique mais il est question en fait d’un sacrifice spirituel total qui nous laisse en vie avec tous nos membres. Ce que saint Paul comprend parfaitement : « Je vous exhorte, donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu : c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre » Rm 12, 1. Et encore : « [La mort de Jésus] fut une mort au péché, une fois pour toutes ; mais sa vie est une vie à Dieu. Et vous de même, considérez que vous êtes morts au péché et vivants à Dieu dans le Christ Jésus. Que le péché ne règne plus dans votre corps mortel de manière à vous plier à ses convoitises » Rm 6, 10-11.
Aucun moyen terme n’est dans cette perspective : « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Mt 5, 48.
Les échanges les plus complets entre Jésus et ses auditeurs sur le sujet de la sexualité et de la façon de la vivre désormais se trouve un peu plus loin chez Matthieu : « Des Pharisiens s’approchèrent de [Jésus] et lui dirent, pour le mettre à l’épreuve : « Est-il permis de répudier sa femme pour n’importe quel motif ? » Il répondit : « N’avez-vous pas lu que le Créateur, dès l’origine, les fit homme et femme, et qu’il a dit : Ainsi donc l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux ne feront qu’une chair ? Eh bien ! ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer. » – « Pourquoi donc, lui disent-ils, Moïse a-t-il prescrit de donner un acte de divorce quand on répudie ? » – « C’est, leur dit-il, en raison de votre dureté de cœur que Moïse vous a permis de répudier vos femmes ; mais dès l’origine il n’en fut pas ainsi. Or je vous le dis : quiconque répudie sa femme – pas pour « prostitution » – et en épouse une autre, commet un adultère. » Les disciples lui disent : « Si telle est la condition de l’homme envers la femme, il n’est pas expédient de se marier. » Il leur dit : « Tous ne comprennent pas ce langage, mais ceux-là à qui c’est donné. Il y a, en effet, des eunuques qui sont nés ainsi du sein de leur mère, il y a des eunuques qui le sont devenus par l’action des hommes, et il y a des eunuques qui se sont eux-mêmes rendus tels à cause du Royaume des Cieux. Qui peut comprendre, qu’il comprenne ! » Alors des petits enfants lui furent présentés, pour qu’il leur imposât les mains en priant ; mais les disciples les rabrouèrent. Jésus dit alors : « Laissez les petits enfants et ne les empêchez pas de venir à moi ; car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume des Cieux. » Puis il leur imposa les mains et poursuivit sa route. » Mt 19, 3-15.
Tout d’abord, les propos de Jésus constituent une sélection des considérations fondamentales de la Bible. Ce qui est affirmé est l’égalité entre l’homme et la femme ainsi que la possibilité d’un attachement harmonieux entre eux. Ce qui est levé, de façon notable, est la malédiction pesant sur les femmes : « Je multiplierai les peines de tes grossesses, dans la peine tu enfanteras des fils. Ta convoitise te poussera vers ton mari et lui dominera sur toi. » Gn 3, 16. Il est imaginable que si nous accédions à un au-delà de la version immédiate du désir mimétique, de nouvelles possibilités relationnelles seraient ouvertes et qu’une telle harmonie entre les personnes se matérialiserait.
Mais au tout début de ce processus, la réaction des disciples est très intéressante. En quoi ne serait-il pas expédient de se marier ? Nous n’avons pas leur réponse. Ils semblent saisir immédiatement la portée de cette émancipation de la femme et l’idée de traiter l’une d’entre elles en égale toute leur vie ne les enchante pas. Ils l’envisageraient comme un frein à leurs vies d’hommes.
Il leur est alors concédé, par une parabole sur le mode sacrificiel déjà évoqué (l’ablation, des testicules cette fois, désignant le même unique don total de soi), le célibat « à cause du Royaume des Cieux ».
Ceci introduit, en tout cas, une étape entre la situation initiale des hommes et des femmes et l’état terrestre le plus satisfaisant(f), qui est l’homme et la femme constituant une seule chair.
D’une part ce célibat est ainsi inventé pour la culture juive et légitimé. Par la suite, la tradition catholique et le monachisme, tout particulièrement, ont montré qu’il s’agit d’une façon d’être tout à fait possible pour les hommes et les femmes. Toujours est-il qu’aujourd’hui, ce célibat devrait trouver une aide nouvelle pour être vécu dans des conditions intellectuellement satisfaisantes de ce que cette théorie mimétique de la sexualité humaine affirme notre absence de sexualité instinctuelle. Le désir imité aura été dévoilé sous ce qui est faussement considéré comme un besoin prégnant de sexualité.
D’autre part, et c’est aussi une nouveauté, il me semble déceler ici le besoin plus large d’un moment d’affirmation de non sexualité des hommes et des femmes dans un processus allant vers « la seule chair ». Pour cette théorie mimétique de la sexualité humaine, de même, ce sont en principe des personnes d’abord, et non des amants d’abord, qui peuvent accéder à la bienheureuse « seule chair » évoquée par Jésus.
L’essentiel dans tout ceci, est résumé par l’épisode concernant les tous jeunes enfants, qui considère que ce sont des êtres qui n’ont pas été manipulés pour avoir même une orientation sexuelle. Leur attitude générale, d’attention et de confiance, est magnifiée sur laquelle peut s’établir des relations fructueuses, en commençant par la relation à la personne de Jésus. C’est la clé chrétienne de cette question mais cette clé n’est pas d’un dessin d’une prétendue simplicité évangélique.
Par suite, la ligne droite du premier chrétien et de la première chrétienne venus, mariés chrétiennement par l’Eglise, vers « la seule chair » promise, n’est pas un enseignement de Jésus. Le célibat s’insère déjà dans ce cadre mais ce n’est pas la dernière considération à intégrer dans ce sens.
La première est que « quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis, dans son cœur, l’adultère avec elle ». Il s’agit d’un test des plus pratiques, que tout chrétien peut et doit passer et qui, généralement, indiquera la persistance d’une orientation sexuelle. Or, pas plus l’hétérosexuel que l’homosexuel n’est la matière première idéale pour arriver aux fins de Dieu ; celle-ci est le petit enfant qui n’a pas été scandalisé pour avoir une orientation sexuelle. Partant de l’hétérosexuel, comme de l’homosexuel, il faudra emprunter une ligne en zigzague pour essayer de récupérer de cette situation.
De fait, c’est le désir hétérosexuel qui est en première ligne des critiques de Jésus ; les termes du test ci-dessus n’en évoquent pas d’autre. Ceci est logique compte tenu de la nature de la société dans laquelle Jésus est intervenu. Celui portant à l’homosexualité n’est pas ignoré pour autant : « En quelque ville que vous [, envoyés par Jésus,] entriez, si l’on ne vous accueille pas, sortez sur ses places et dites : « Même la poussière de votre ville qui s’est collée à nos pieds, nous l’essuyons pour vous la laisser. Pourtant, sachez-le, le Royaume de Dieu est tout proche. » Je vous dis que pour Sodome, en ce Jour-là, il y aura moins de rigueur que pour cette ville-là. » Lc 10, 10-12.
Ce thème de Sodome obtenant un jugement plus favorable que des localités ayant eu la chance d’être visitées par Jésus ou par ses disciples et ne s’étant pas converties, se retrouve encore chez Matthieu : Mt 10, 15, Mt 11, 23 et 24 ainsi que chez Marc dans certaines versions (Mc 6, 11).
Tout d’abord, il n’est pas question pour Jésus de réactualiser les jugements bibliques sur l’homosexualité, dont le pire est le suivant : « L’homme qui couche avec un homme comme on couche avec une femme : c’est une abomination qu’ils ont tous deux commise, ils devront mourir, leur sang retombera sur eux. » Lv 20, 13. S’il était besoin de le rappeler, ceci n’est absolument pas l’esprit de Jésus. De fait, l’a priori est plutôt favorable à Sodome puisque la transposition en terme de sexualités donne que les homosexuels se convertiront alors que les hétérosexuels, inconscients de leur mal, se montreront indifférents et seront finalement jugés plus durement que les homosexuels.
L’Eglise catholique s’est habituée à être indulgente par rapport au péché (selon le jugement de Jésus) des hétérosexuels. Il n’est pas question de revenir sur cet acquis (« tout ce que vous lierez sur la terre sera tenu au ciel pour lié et tout ce que vous délierez sur la terre sera tenu au ciel pour délié » Mt 18, 18) mais de rétablir la justice en accueillant aussi bien les homosexuels. L’Eglise possède un moyen puissant pour que le désir orienté vers la sexualité devienne moins prégnant afin de nous faire rejoindre notre nature profonde qui n’est pas sexualisée. Ceci ne peut se faire que progressivement, comme pour toute vertu, et telle ou telle orientation sexuelle, puisque l’orientation sexuelle est une donnée pratiquement universelle, ne doit pas être la raison de priver quiconque de cette expérience.
Avec le préjugé hétérosexualiste, cependant, l’Eglise marie, reçoit dans des monastères et confère le sacrement de l’ordre aux seuls hétérosexuels avec pour résultat tout à fait logique, le pire et le meilleur. Le pire c’est l’inceste, la mésentente dans les couples jusqu’aux divorces ou encore la pédophilie des prêtres, etc. Le meilleur ce sont les saints : les couples harmonieux, les frères, les moniales, les sœurs apostoliques et les prêtres à l’écoute du Seigneur, de leur cœur et de leurs prochains.
Mais de ce meilleur, les homosexuels sont pratiquement éloignés et ceci constitue une injustice.
Avant d’en venir aux enseignements de l’Eglise, il faut évoquer rapidement la figure de saint Paul. Je me le représente comme, d’une part, le produit d’une éducation orientant de très haut (essentiellement une culture prévenue à l’égard du désir mimétique) les hommes vers les femmes pour le mariage de son époque. Et, d’autre part, comme un homme qui, après sa conversion, dans son profond attachement à Jésus et la puissante idée d’une toute prochaine fin du monde, ne comprenait pas vraiment l’intérêt de réorganiser les relations entre les personnes du commun. Il a bien vu certaines choses très importantes comme la fin des différences entre l’homme et la femme dans le Christ (Ga 3, 28), ce qui va totalement dans le sens de cette théorie mimétique de la sexualité humaine. Ou encore, il a vu la relation sponsale du Christ avec son Eglise (Ep 5, 32), notion des plus inspirantes, mais pour la substituer à la relation sponsable voulue par Jésus entre l’homme et la femme. Comme tous les chrétiens sérieux de toutes les époques, saint Paul a vécu une révolution intérieure dont l’expression est splendide mais ne constitue qu’une étape dans l’économie du salut. « Mieux vaut se marier que de brûler. » 1 Co 7, 9, n’est pas une vision du futur et nous pouvons relativiser également ses condamnations plus bibliques que chrétiennes de l’homosexualité. Saint Paul n’est pas Jésus, il nous le dit lui-même (1 Co 3, 4-16).
Venons-en aux enseignements de l’Eglise ; il est temps de rappeler ici le texte le plus dur pour les homosexuels et qui se trouve dans le catéchisme de l’Eglise catholique :
« 2357 L’homosexualité désigne les relations entre des hommes ou des femmes qui éprouvent une attirance sexuelle, exclusive ou prédominante, envers des personnes du même sexe. Elle revêt des formes très variables à travers les siècles et les cultures. Sa genèse psychique reste largement inexpliquée. S’appuyant sur la Sainte Écriture, qui les présente comme des dépravations graves (cf. Gn 19, 1-29 ; Rm 1, 24-27 ; 1 Co 6, 10 ; 1 Tm 1, 10), la Tradition a toujours déclaré que  » les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés «  (CDF, décl.  » Persona humana  » 8). Ils sont contraires à la loi naturelle. Ils ferment l’acte sexuel au don de la vie. Ils ne procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable. Ils ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas.
2358 Un nombre non négligeable d’hommes et de femmes présente des tendances homosexuelles foncières. Cette propension, objectivement désordonnée, constitue pour la plupart d’entre eux une épreuve. Ils doivent être accueillis avec respect, compassion et délicatesse. On évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste. Ces personnes sont appelées à réaliser la volonté de Dieu dans leur vie, et si elles sont chrétiennes, à unir au sacrifice de la croix du Seigneur les difficultés qu’elles peuvent rencontrer du fait de leur condition.
2359 Les personnes homosexuelles sont appelées à la chasteté. Par les vertus de maîtrise, éducatrices de la liberté intérieure, quelquefois par le soutien d’une amitié désintéressée, par la prière et la grâce sacramentelle, elles peuvent et doivent se rapprocher, graduellement et résolument, de la perfection chrétienne. »
Pour cette théorie mimétique de la sexualité humaine, ces raisonnements sont très faibles.
Les citations évoquées passent d’une soi-disant « destruction divine » d’une soi-disant cité homosexuelle, Sodome, à une sélection orientée d’opinions sur la sexualité de saint Paul en faisant une impasse criante sur le jugement bien plus nuancé de Jésus concernant Sodome. J’ai abondamment discuté, pour ma part, la question de Sodome, version essentiellement dramatisée de l’histoire de Gibea. Il s’agissait d’une bande de personnes (non de toute une ville) en pertes de repères, obsédés d’abord homosexuels puis hétérosexuels, dont l’entière localité fut probablement détruite par les forces armées de diverses tribus d’Israël alliées. Il est très clair, pour cette théorie mimétique, que ce ne sont pas des actes sexuels spécifiques qui ont valu la condamnation biblique de l’homosexualité. Celle-ci est due à un signal envoyé à une société donnée, d’un délitement grave et dangereux de son organisation. Sodome, aujourd’hui comme hier, ce sont les viols collectifs de personnes égarées qui vivent des épisodes de délires collectifs autour de la sexualité. J’ai aussi relevé que, selon Jésus, la Sodome telle que la Bible la conçoit, autant dire l’antique Athènes, pourrait être jugée plus favorablement que nombre de cités décemment hétérosexuelles(g). Et puis, même si mon souhait n’est en rien d’étendre cet opprobre, pourquoi se focaliser ainsi sur l’homosexualité alors que c’est l’hétérosexualité qui  a été formellement condamnée par Jésus ?
Il pourrait bien en être de même pour les homosexuels que pour les prostituées et les publicains, toutes personnes laissées en marge par la majorité aveuglée par une pseudo justice fondée et défendue par la violence ; les méprisés entrent, les premiers, dans le Royaume de Cieux.
Ceci dit, ce texte de l’Eglise catholique peut s’expliquer facilement si l’on considère qu’il n’y a pas pour l’étayer de conception globale de la sexualité humaine. Ce document me semble d’ailleurs manifester un certain désarroi en avouant une méconnaissance de la genèse psychique de l’homosexualité. Malgré cela, il ne semble pas hésiter, ensuite, à poser fermement que la propension à l’homosexualité serait objectivement désordonnée. Comment serait-il possible de manifester une telle objectivité s’il y a un tel défaut de connaissance ?
Ce qui change tout ceci, par l’œuvre de René Girard, c’est que nous y trouvons très précisément une explication de la « genèse psychique » de l’homosexualité. Comme elle est de même nature, nous y relevons en un même mouvement, une explication concernant « la genèse psychique » de l’hétérosexualité. Et ainsi, toute cécité abandonnée, nous nous trouvons armés pour ne plus tomber dans l’ornière de penser que la « perfection chrétienne » aurait partie liée avec l’hétérosexualité.
Que de progrès sont envisageables en partant de ce nouveau point de départ !
Il me reste finalement trois propositions personnelles à faire aux églises et, particulièrement, à mon Eglise catholique (qui a demandé, en vue du deuxième Synode sur la famille d’octobre 2015 : qu’est-il possible de faire ?) :
(1) L’homosexualité n’est pas ce que Jésus bénit en priorité et à terme, mais nous devons respecter son jugement qui sauve largement les homosexuels des préjugés des hétérosexuels. S’il y a des homosexuels sincèrement chrétiens, c’est que leur orientation sexuelle est acceptée par Dieu et qu’il lui réserve une fécondité. De ce fait, il ne fait pas de doute pour moi que l’Eglise devrait accepter pleinement les homosexuels chrétiens qui font vœu de chasteté pour le sacrement de l’ordre, les vies monacales et apostoliques. L’essentiel ici est la chasteté, non l’orientation sexuelle, et cette chasteté est une grâce que cette théorie mimétique peut puissamment seconder aussi bien pour les homosexuels que pour les hétérosexuels.
(2) Il ne me semble pas que l’Eglise ait bien compris la proposition de couples constituant « une seule chair » et qu’elle a trop vite sanctuarisé un mariage remontant à la nuit des temps et empreint d’une fallacieuse orientation sexuelle, de conditionnements sociaux et d’un phénomène psychologique rompant l’égalité entre ses membres. Or, comment imaginer, tout simplement, que Jésus n’aurait pas libéré les femmes de la malédiction de leur sujétion biblique aux hommes ? Certes le but de la « seule chair » est atteint certaines rares fois mais je doute de la force du sacrement du mariage dans la pratique courante.
Revenons au catéchisme de l’Eglise catholique :
« 2360 La sexualité est ordonnée à l’amour conjugal de l’homme et de la femme. Dans le mariage l’intimité corporelle des époux devient un signe et un gage de communion spirituelle. Entre les baptisés, les liens du mariage sont sanctifiés par le sacrement.
2361  » La sexualité, par laquelle l’homme et la femme se donnent l’un à l’autre par les actes propres et exclusifs des époux, n’est pas quelque chose de purement biologique, mais concerne la personne humaine dans ce qu’elle a de plus intime. Elle ne se réalise de façon véritablement humaine que si elle est partie intégrante de l’amour dans lequel l’homme et la femme s’engagent entièrement l’un vis-à-vis de l’autre jusqu’à la mort « . »
Tout d’abord, je relève au point 2360 que le mariage est effectivement conçu et malheureusement assumé dans son organisation traditionnelle, de nombreuses cultures confondues, pour se voir appliquer un sacrement de l’Eglise dans le cas du mariage (en pratique) d’au moins un baptisé.
Le point 2361 est beaucoup plus intéressant et spécifique au christianisme. De ce fait, il entre facilement en contradiction avec ce qui a été énoncé au point précédent. Comment un possible marchandage d’une femme, d’un certain mariage traditionnel, déboucherait-il sur une sexualité « véritablement humaine », si cette sexualité dépendait de l’amour résultant d’un engagement entier d’un homme vis-à-vis d’une femme ?(h) Ce n’est pas exclu, bien entendu.
Ici, je dirais que l’Eglise n’a pas les moyens de ses ambitions : faire un sacrement de ce qui concerne l’engagement d’une personne vis-à-vis d’une autre personne sous le regard de Dieu. Il y a bien un sacrement du mariage mais cette sacramentalité repose entre les mains des deux personnes (au moins d’une) qui s’unissent amoureusement [en s’engageant ainsi entièrement l’une vis-à-vis de l’autre jusqu’à la mort]. Le « baptisé est prêtre », dans sa capacité à donner sa propre personne à Dieu et à son conjoint en Eglise. Ceci est l’unique sacrifice du Christ et, par suite, c’est le sacrifice chrétien. Or, j’ai la forte impression, moi qui me suis marié religieusement sans avoir la foi, que la sacramentalité de mon mariage n’a été atteint que dans mon don, largement ultérieur à la cérémonie qui l’a précédée d’au moins 15 ans !
Il me semble que dans les faits, l’Eglise catholique bénit des unions alors que leur sacramentalité n’est pas en son pouvoir immédiat. Un mariage peut être tout de suite sacramentel mais cela dépend plus des mariés que de l’Eglise. Evidemment, je vois-là une solution générale au problème de l’accès des divorcés remariés à l’eucharistie. S’il y a divorce, il n’y a certainement pas eu de don de soi de l’une ou/et de l’autre partie. La sacramentalité de l’union n’aura pas été complète dans ces conditions. Or, une nouvelle union avec la demande de l’eucharistie est peut-être le signe d’un nouveau départ vers la sacramentalité chrétienne du mariage. En même temps, une attention toute particulière doit être portée à celui ou celle qui vit un profond engagement et dont l’amour est déçu.
Aider à apprécier de possibles hyper sexualisations des individus demandant pourtant un mariage chrétien, à juger les demandes au cas par cas, etc. cela pourrait être un apport insigne de cette théorie mimétique de la sexualité humaine aux églises chrétiennes.
(3) La dernière question en suspend concerne l’attitude que les églises devraient adopter, selon moi, vis-à-vis des mariages entre homosexuels. Jésus a dit : « « N’avez-vous pas lu que le Créateur, dès l’origine, les fit homme et femme, et qu’il a dit : Ainsi donc l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux ne feront qu’une chair ? » Nous devons toujours garder cette perspective ultime à l’esprit de l’union de l’homme avec une femme. En même temps, le test proposé par Jésus : « quiconque regarde une femme [ou un homme] pour la[/le] désirer a déjà commis, dans son cœur, l’adultère avec elle[/lui] » indique généralement une orientation sexuelle fautive, qu’elle quelle soit, qui empêche actuellement cette perspective ultime. Ainsi, à bénir sacramentellement les mariages des hétérosexuels, les églises ne font généralement que s’illusionner à bon compte sans avancer substantiellement vers notre perspective ultime. Enfin, il faut faire cette constatation qu’il y a parmi nous, en nos églises, d’authentiques chrétiens homosexuels qui, pour leur foi, valent tout à fait les chrétiens hétérosexuels. Ces homosexuels ont même, en moyenne, tout comme le publicain de la parabole, une mauvaise conscience particulière en plus ! Pourtant, cette mauvaise conscience spécifique n’a pas lieu d’être alors que tous nous devrions regretter ce qui nous reste d’orientation sexuelle, quelle qu’elle soit.
Ce qui fait peur dans l’homosexualité c’est qu’elle est parfaitement perçue comme contagieuse par une hétérosexualité qui fait semblant d’ignorer ce trait pour elle-même et veut à toute force se considérer comme normale afin de sauver une pseudo-normalité héritée du fond des âges(i). Je suis persuadé que cette théorie mimétique de la sexualité humaine démonte ce qui constitue la contagion du désir mimétique s’appliquant à la sexualité et lui fait perdre ainsi beaucoup de sa virulence. Par suite, une conversion chrétienne qui tient compte de ses apports, ou s’en saisit après coup, peut parfaitement tenir ce désir en respect. Il reste alors que « quiconque regarde une femme [ou un homme] pour la[/le] désirer a déjà commis, dans son cœur, l’adultère avec elle[/lui] ». C’est-à-dire qu’ici et aujourd’hui, même après une conversion chrétienne, selon ce que Dieu nous laisse d’imperfection temporelle (et qu’il guérit petit à petit mais devra bien pardonner finalement !), parce qu’elle correspond à son économie du salut, il nous reste une attirance sexuelle orientée. Partant de ces considérations, je suis persuadé que deux chrétiens de même sexe qui s’aiment et s’engagent entièrement l’un.e vis-à-vis de l’autre est un témoignage très fort de la fidélité de Dieu, comparable à l’idéale union d’un homme et d’une femme réalisant la bienheureuse seule chair biblique. Le cœur chrétien commande de faire autant confiance aux homosexuels qu’aux hétérosexuels et cette raison girardienne voit comment la Parole de Dieu se réalisera effectivement un jour.
Nous avons vu, (déjà) au fil de ce billet, que l’Eglise catholique est loin, jusqu’aujourd’hui, d’être sereine en matière de sexualité humaine. Il lui manque une théorie solide et compatible avec elle en la matière ce qu’est la théorie mimétique et, par exemple, cette théorie mimétique de la sexualité humaine.
L’avantage d’un retrait de l’Eglise catholique de sa prétention à donner sa sacramentalité au mariage pour se contenter de bénir des unions de personnes permettrait de nous retrouver tous, quelle que soit notre orientation sexuelle, sur la même ligne de départ avec la perspective de l’unique passage vers la perfection chrétienne grâce à l’Eglise. Mais même sans cela, je serais étonné que l’Eglise refuse que l’on considère la sacramentalité de l’union de deux personnes soit une chose vers laquelle tendre et qui est à édifier chaque jour. Nous sommes dès à présent sur cette même ligne de départ.
Ce billet a retrouvé, dans le Nouveau Testament, le fil des thèmes évoqués précédemment pour constituer cette théorie mimétique de la sexualité humaine. Cette théorie est ancrée dans l’œuvre de René Girard et puise, comme il le fait, dans l’abondante expérience millénaire de l’humanité. De là, même sans être la théorie mimétique ultime concernant cette question difficile, il me semble qu’elle peut-être utile à des non croyants comme à des croyants de toutes religions ainsi qu’aux chrétiens.
Un huitième billet discutera, s’il y a lieu, les commentaires suscités par cette étude.
Merci pour votre attention.
Dominique Irigaray
Paris, 25 mai 2015.
 (a) Avec le recul, ces conceptions de cultures meurtrières ne s’est pas estompée mais il me semble à présent que Jésus a assumé et accepté, en payant le prix fort, ce point de départ de l’humanité. Ainsi, je n’oublie pas l’aveuglement qui était le mien pour ne pas l’admettre chez la plupart de mes contemporains, malgré ses funestes conséquences. Et puis si je vois à présent, tout le monde peut voir ; le monde est ainsi à considérer avec espérance.
 (b) Lorsqu’un girardien retourne à l’Eglise il doit absolument ressentir que la communauté qui la compose n’abrite pas de phénomène de bouc émissaire, c’est-à-dire de rejet de telle ou telle personne ou catégorie de personnes. S’il n’y avait pas de différence avec la société qu’il s’apprête à quitter spirituellement, pourquoi se convertirait-il ? Il est certain, dans mon expérience, que la paroisse catholique de mon quartier (Paris XII) est splendide de ce point de vue. Cette qualité de communauté ouverte découle de la liturgie, selon le concile Vatican II dans ma paroisse, qui fait jaillir cette forme de charité en elle. C’est la liturgie, bien entendu, qui permet le lien décisif, donc sacrificiel, de celui qui se convertit avec Jésus.
(c) L’on peut considérer qu’il y a un rapport direct entre les médiations de la théorie mimétique et cette relation avec Jésus ; mais, par rapport aux premières, elle atteint ainsi l’intime. Et Jésus est aussi le médiateur entre l’homme et son Père et l’Esprit Saint. L’entrée dans ce réseau de relations suppose la repentance et le pardon de ce qui a crucifié Jésus puis de se maintenir dans la grâce.
(d) Les deux récits, de la femme adultère et de la décapitation de saint Jean Baptiste, ont fait l’objet d’analyses de René Girard pour leur intense contenu et signification mimétiques. La « première pierre » est la plus difficile à jeter parce qu’elle n’a pas, contrairement aux suivantes, de modèle à imiter. La fille d’Herodiade demande à sa mère : « que vais-je demander ? », compris par René Girard comme : « que dois-je désirer ? »(possible interprétation du mot αἰτέω / aiteō). Prise au dépourvu par la demande de sa mère, elle la transmet littéralement : « la tête de Jean le Baptiste ». Horrifiée, elle introduit, toute seule, que cette tête de lui soit donnée « sur un plat », afin d’en éviter le contact direct. Ce n’est pas son désir à elle, bien évidemment, et elle en fait part quasi aveuglément. Etc. Ma réflexion porte ici sur d’autres plans.
(e) Sauf dans le cas de Jésus ressuscité (Jn 20, 17), au moment précis où il convient pour ses contemporains de spiritualiser sa relation avec lui.
(f) Au ciel les hommes et les femmes mariés retrouveront leur autonomie dans le face à face avec Dieu (cf. Mt 22, 30). Mais, très certainement, ce sera plutôt le décuplement de nos capacités d’aimer que le triomphe d’un individualisme qui tirerait un trait sur les attachements de la terre.
(g) Il faut ici reporter et analyser un peu la dernière évocation de Sodome dans les Evangiles. Il s’agit de cet enseignement de Jésus : « Et comme il advint aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il encore aux jours du Fils de l’homme. On mangeait on buvait, on prenait femme ou mari jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; et vint le déluge, qui les fit tous périr. De même comme il advint aux jours de Lot : on mangeait, on buvait, on achetait, on vendait, on plantait, on bâtissait ; mais le jour où Lot sortit de Sodome, Dieu fit pleuvoir du ciel du feu et du soufre, et il les fit tous périr. De même en sera-t-il, le Jour où le Fils de l’homme doit se révéler. En ce Jour-là, que celui qui sera sur la terrasse et aura ses affaires dans la maison ne descende pas les prendre et, pareillement, que celui qui sera aux champs ne retourne pas en arrière. Rappelez-vous la femme de Lot. Qui cherchera à épargner sa vie la perdra, et qui la perdra la sauvegardera. Je vous le dis : en cette nuit-là, deux seront sur un même lit : l’un sera pris et l’autre laissé ; deux femmes seront à moudre ensemble : l’une sera prise et l’autre laissée. Prenant alors la parole, ils lui disent : « Où Seigneur ? » Il leur dit : «  Où sera le corps, là aussi les vautours se rassembleront. » Lc 17, 26-30. René Girard considère ce texte comme de première importance concernant l’entrée dans la crise mimétique et le chaos lui-même. Ce que personnellement (et girardiennement) il me semble voir, c’est que l’histoire du déluge de même que celle de la fin de Sodome, sont placées sous le signe du départ d’un homme : Noé et Lot, comme s’il avait manqué leur cadavre autour duquel les vautours se seraient rassemblés. Que l’incapacité à s’accorder sur un bouc émissaire faisait périr les sociétés premières est bien une leçon de René Girard. De son côté, Jésus n’évoque pas l’homosexualité pour expliquer la destruction de Sodome ! Jésus nous parle d’une Sodome comparable à une antique Athènes dont la pratique homosexuelle ne pose pas de problème particulier ; à tel point qu’il est inutile de l’évoquer. Que Dieu ait laissé survenir le chaos à Sodome nous laisse seulement face à nos responsabilités et aux risques de la contagion du désir mimétique. Par ailleurs, un certain mariage est dévalorisé par rapport à ces enjeux capitaux dans la société de Noé (cf. aussi Lc 14,20). Evidemment, pas plus l’homosexualité que l’hétérosexualité n’aident à résoudre le problème important du chaos. Dans le versant chrétien : si nous donnons nos vies à Dieu, ce qui est une façon de les perdre, nous les sauvegarderons.
(h) Mais encore, cette définition d’une sexualité « véritablement humaine » formidablement restrictive, est-elle correcte ?

(i) A ce fond des âges, il y a une matrice tout à fait similaire de l’hétérosexualité comme de l’homosexualité.

Image originale El Greco sur commons.wikimedia.org. Licence Wikimedia Commons


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Pourquoi je suis resté catholique

Dimanche dernier, quand je me suis réjoui sur ma page FB de la décision du synode de l’Eglise Protestant Unie de France autorisant les pasteurs qui le désirent à bénir les mariages homosexuels, l’un de mes contacts, catholique traditionaliste et résolument opposé à ce type d’ouvertures aux revendications LGBT, a commenté de la manière suivante:

«  C’est le moment de les rejoindre 🙂 »

 J’ai répondu:

 « J’avoue que l’an dernier, il y a un moment où j’y ai sérieusement pensé, mais non, désolé, je reste! 🙂 »

Un autre contact, de gauche et favorable aux revendications LGBT, s’en est étonné dans les termes suivants:

«  moi je ne comprend pas, pourquoi tu restes ? Est ce que c’est un sacrifice pour aider / relever le catholicisme ? »

Il y a eu une longue période, qui a duré plusieurs mois, où moi aussi, j’ai cessé de comprendre. Ma fréquentation de l’eucharistie s’est très fortement raréfiée, pour ne pas parler d’autres sacrements.  J’ai commencé à fréquenter le culte d’une paroisse réformée pas très loin de chez moi. J’ai pris contact avec la pasteure de cette paroisse qui m’a accompagné dans mon discernement.

Parmi les raisons qui m’ont conduit à cette démarche: un profond ras-le-bol post-2013/LMPT, une grande déception face à ce qui m’est apparu comme un profond manque de compassion et du curiosité de la part de beaucoup de catholiques qui se sont dressés comme un seul homme contre le mariage homosexuel, les études de genre… sans visiblement chercher à croiser leurs informations ou à les vérifier, sur le fondement d’une révérence somme toute superstitieuse pour un « enseignement » de l’Eglise pourtant manifestement pas mieux informée sur ces questions. La prise de conscience de l’emprise morale et intellectuelle paradoxalement contre-productive qu’avait eu sur moi ma pratique catholique (messes, animation d’aumônerie, participation à des groupes de partage et de rassemblement, activisme sur internet): contre-productive au sens où loin de me rendre plus lucide et honnête envers moi-même, plus soucieux de mon prochain, comme elle aurait opérer dans son principe même, elle avait longtemps fonctionné comme un interrupteur qui bloquait en moi tout questionnement sérieux sur les sujets dits, il y a quelques années, « non négociables » (homosexualité, IVG, etc.) et m’endurcissait, en me rendant virtuose en toutes sortes de périphrases et de circonvolutions qui me permettaient d’occulter le fait que ce fameux enseignement de l’Eglise laissait de côté de nombreuses vies, ou les enfermait, quand il s’agissait de croyants, dans des contradictions insolubles, des « fardeaux lourds à porter » (Matt. 23, 4), tout en prétendant agir pour leur « meilleur » intérêt. Les nombreuses critiques (parfois personnelles et blessantes) et incitations de contradicteurs (dont au moins un prêtre) à prendre la porte ont aussi fini par peser. Enfin, sans surprise au plus fort d’une crise de confiance envers les fidèles et l’institution, c’est ma foi qui a commencé à s’éteindre. En changeant d’Eglise, je voulais la rallumer, sans avoir à appesantir ma vie spirituelle de toutes ces disputes et toute cette hostilité qui rythmaient mes rapports avec certains catholiques. Ou plutôt, les aborder dans le cadre d’un dialogue oecuménique, avec une séparation de principe posée d’entrée de jeu.

Et pourtant, en sortant de mon premier rendez-vous destiner à discerner sur cet éventuel passage à la foi protestante, il m’est apparu clairement que j’étais catholique. Ou plutôt, sans bien me l’expliquer, j’ai su que changer d’Eglise n’était pas ce que Dieu attendait de moi.

En premier lieu, parce que j’avais beau essayé de me mettre au fait de la théologie et des usages protestants, de me préparer mentalement au changement, de fréquenter des paroissiens, notamment dans un groupe de partage biblique oecuménique, je sentais en moi une résistance. Non pas une résistance à devenir protestant (j’ai de très bon souvenir de cette période où j’ai découvert de très belles choses), mais à ne plus être catholique. C’est-à-dire que plus ma volonté poussait dans le sens du changement, plus mon intelligence démontait l’un après l’autre tous les éléments de mon identité catholique, plus quelque chose en moi endurait et subsistait, qui ne voulait pas cesser d’être catholique. Et ma formation spirituelle, qui s’est principalement faite à partir des Exercices spirituels d’Ignace de Loyola, m’a appris qu’en matière de discernement, et a fortiori de discernement vocationnel, il importait d’être tout particulièrement attentif aux « motions de l’âme », aux goûts et aux dégoûts, aux enthousiasmes et aux résistances, car c’est là que l’Esprit nous travaille.

En second lieu, il m’a semblé que cette résistance avait partie liée aux sacrements tels que je les avais vécus dans l’Eglise Catholique, et au souvenir que ma mémoire en avait conservé. Sur ce point je me retrouve totalement dans cette remarque de Rachel Held Evans, une essayiste chrétienne très populaire aux Etats-Unis, qui elle aussi, après avoir été extrêmement dévote (au point de demander à une autre lycéenne, au lendemain du massacre de Columbine, alors que tout le monde aux USA redoutait l’éventualité de copycats, si elle savait où irait son âme, si elle devait mourir ce même jour, si j’en crois son livre Searching for Sunday), a pris progressivement ses distance avec sa foi, en partie en lien aux débats autour du traitement des personnes LGBT par les religions, et qui elle aussi est revenu à une pratique régulière, mais pour le coup avec un changement de dénomination (d’évangélique, elle est devenue anglicane):

« On Tuesdays, between now and April 14, I’ll be sharing excerpts from my new book, Searching for Sunday: Loving, Leaving, and Finding the Church. The book is arranged around seven sacraments—baptism, confession, communion, holy orders, confirmation, anointing of the sick, and marriage.  When my faith had become little more than an abstraction, a set of propositions to be affirmed or denied, the tangible, tactile nature of the sacraments invited me to touch, smell, taste, hear, and see God in the stuff of everyday life again. They got God out of my head and into my hands. » (« What brought me back to church… »).

 Quand intellectuellement et moralement, l’Eglise (ou du moins certains de ses pasteurs et fidèles) semble patiner , pour ensuite se ressaisir (comme elle a pu le faire tout au long de son histoire), perdre de vue la conscience du bien et du mal sur certaines questions, et  transmettre la foi d’une manière brouillée, parasitée par une philosophie complémentariste, elle parvient encore à le faire par l’intermédiaire des sens, au moyen des sacrements. Je ne prétends pas ici faire de la théologie sacramentelle de haut niveau,  et j’ai bien conscience que le sens que donne l’Eglise à ses sacrements est plus complexe que ça, mais lorsque tout finit par nous séparer: la politique, les idées, les moeurs, il nous reste encore la possibilité de communier chaque dimanche au Corps et au Sang du Christ, rassemblés autour d’une promesse et d’une Espérance, même si nous ne nous accordons plus sur son sens pour aujourd’hui.

Du temps où j’étais un jeune et enthousiaste reconverti, j’aimais me représenter dans la procession de communion, devant et derrière moi, toutes les personnes avec qui j’avais pu avoir des conflits, désunis entre nous au jour le jour, mais unis face à Dieu et recevant chacun le Christ. Je crois que tout au fond de mon coeur, c’est cela qui m’a manqué et m’a empêché de quitter l’Eglise Catholique (au passage, il y a sûrement des équivalents dans les autres dénominations chrétiennes, et je ne lance pas un concours. Je dit juste que cette manifestation sensible particulière est importante dans ma vie de foi personnelle).

Mais il ne s’agit pas pour autant d’un retour au catholique que j’étais de 2005 à 2012. Et surtout pas à ça:

« La tentation est grande alors de penser que l’Église se trompe, qu’au fond elle n’a pas encore adapté la Parole à notre époque, et de reléguer ces préceptes jugés inadaptés au fond du placard d’une foi jeune et insouciante. Vivre en s’accommodant comme on le peut et essayer de ne pas trop penser à Jn 8, 32 : la Vérité vous rendra libres. Ce serait facile de séparer le Christ du magistère mais alors c’est renoncer à l’Église, c’est chercher un compromis illogique.

Comment faire alors advenir dans notre existence cette liberté promise, alors que nous butons sur nos contradictions, nos révoltes et nos peurs ? Il me semble que la première corde sur la crête, c’est la prière. Sans relation intime avec le Seigneur, à quoi bon vouloir s’escrimer ? Profitons de sa présence déjà actuelle ! La deuxième corde, c’est la confiance. Si l’Église est notre mère, elle sait ce qui est bon pour nous, même si les rebellions adolescentes sont tentantes. L’Esprit-Saint ne peut l’abandonner, au-delà des erreurs des pécheurs de ceux qui la constituent. La troisième corde, c’est s’efforcer de comprendre le plus sincèrement et le plus profondément possible ce que l’Église nous propose. Qui a lu par exemple entièrement la théologie du corps avant d’aller décréter que l’Église ne connaît rien au sexe ? Enfin, l’exemple des saints est bien souvent un phare dans nos âmes tiraillées. Parce qu’ils ont vécu le même combat, et qu’ils sont la preuve éclatante non seulement de la possibilité d’une voie exigeante mais surtout de la fécondité joyeuse qu’elle offre. Il ne s’agit pas d’être des rigoristes orgueilleux fiers de suivre l’Église, mais il ne faut pas non plus, prétextant le souci fallacieux de s’éloigner du pharisaïsme, se trouver trop pécheurs pour être capable de monter les sommets. » (Cahiers Libres, « Libérés ou déchirés », par Marietropique).

Au passage, si ce texte m’irrite un peu, j’y retrouve aussi les intéressantes interrogations de son auteure, qui, si j’en crois son compte twitter, ne se laisse pas endormir par la belle totalité doctrinale de l’Eglise, et semble s’efforcer de discerner sincèrement au jour le jour, à partir des difficultés concrètes qu’elle rencontre. Et s’il m’irrite, c’est en fait parce que j’y retrouve ma propre manière de procéder d’il y a quelques années, qui m’a à mon humble et rétrospectif avis, bien envoyé dans le mur.

Mais sérieusement, les « cordes » deux et trois, NON! Désolé, mais c’est juste non! Enfin, pas « non » à propos de la confiance et l’effort de mieux connaitre et comprendre le discours de l’Eglise, bien sûr, mais à propos des développements proposés pour chacune de ces deux attitudes:

– « Si l’Église est notre mère, elle sait ce qui est bon pour nous, même si les rebellions adolescentes sont tentantes. »: pas toujours non. Les mères font aussi des erreurs de jugement, peuvent aussi être étouffantes ou aveuglées par des souvenirs d’une autre génération que la notre, et nous sommes nombreux à avoir atteint notre majorité, et surtout, à connaitre au moins un peu l’histoire de l’Eglise. Elle s’est trompée… plusieurs fois… tout au long de son histoire… comme tout le monde… et l’a reconnu à plusieurs reprises… et a parfois demandé pardon… Si elle s’est trompée, comment soutenir qu’elle ne peut pas se tromper, qu’elle connait forcément mieux que nous, alors qu’elle nous voit de loin et de l’extérieur, ce qui est bon pour nous? Confiance n’est pas déni, et n’est pas un argument contre la critique justifiée.

– « Qui a lu par exemple entièrement la théologie du corps avant d’aller décréter que l’Église ne connaît rien au sexe ? »: cet argument, c’est vraiment la damnation des catholiques de notre temps, en plus d’être un sophisme. On n’a jamais fait le tour, intellectuellement parlant, d’une question, d’un enseignement, d’une doctrine, un tant soit peu mûris et approfondis. Exiger un tel préalable, c’est exiger le silence. Ce qui compte, c’est de croiser les arguments des parties adverses, de prendre connaissance aussi honnêtement et exhaustivement que possible des arguments des forces en présence, afin de pouvoir construire le plus solidement possible son propre discernement en CONSCIENCE (ce qui n’est pas la même chose qu’en vérité). Et force est de constater qu’au nom justement des grandeurs cachées supposées de la doctrine catholique, beaucoup de catholiques (pas l’auteure, pour ce que j’ai pu lire d’elle) s’efforcent surtout de ne surtout pas trop lire de près ce qui se dit en face, des fois que la si fascinante grandeur de l’enseignement moral de l’Eglise ne soit pas si grande que ça. Et c’est bien ce qu’on est quelques uns à leur reprocher, depuis plusieurs années.

Et puisqu’on est sur le sujet de la conscience: les « tensions » et le « déchirement » que Marietropique évoque dans son billet, e se réduit pas aux rébellions de l’adolescence. Il s’agit plutôt de ce travail permanent de discernement entre le bien et le mal, entre ce qui est bon pour nous et ce qui est bon pour notre prochain, auquel le Christ nous a appelé. Et dans l’exercice de cette responsabilité, notre conscience est première, suivant le Magistère même de l’Eglise, et même, éventuellement, contre ce que nous connaissons et comprenons de ce dernier.

Certes, Jean-Paul II, dans l’encyclique Veritatis Splendor, a tenté de dépasser l’antagonisme entre cette primauté de la conscience et l’obéissance au Magistère. D’une part:

« Le jugement de la conscience est un jugement pratique, un jugement qui intime à l’homme ce qu’il doit faire ou ne pas faire, ou bien qui évalue un acte déjà accompli par lui. C’est un jugement qui applique à une situation concrète la conviction rationnelle que l’on doit aimer, faire le bien et éviter le mal. Ce premier principe de la raison pratique appartient à la loi naturelle, et il en constitue même le fondement, car il exprime la lumière originelle sur le bien et sur le mal, reflet de la sagesse créatrice de Dieu qui, comme une étincelle indestructible (scintilla animæ), brille dans le cœur de tout homme. Mais, tandis que la loi naturelle met en lumière les exigences objectives et universelles du bien moral, la conscience applique la loi au cas particulier, et elle devient ainsi pour l’homme un impératif intérieur, un appel à faire le bien dans les situations concrètes. La conscience formule ainsi l’obligation morale à la lumière de la loi naturelle : c’est l’obligation de faire ce que l’homme, par un acte de sa conscience, connaît comme un bien qui lui est désigné ici et maintenant. Le caractère universel de la loi et de l’obligation n’est pas supprimé, mais bien plutôt reconnu, quand la raison en détermine les applications dans la vie quotidienne. Le jugement de la conscience affirme « en dernier ressort » la conformité d’un comportement concret à la loi ; il formule la norme la plus immédiate de la moralité d’un acte volontaire, en réalisant « l’application de la loi objective à un cas particulier » 105.

60. Comme la loi naturelle elle-même et comme toute connaissance pratique, le jugement de la conscience a un caractère impératif : l’homme doit agir en s’y conformant. Si l’homme agit contre ce jugement ou si, par défaut de certitude sur la justesse ou la bonté d’un acte déterminé, il l’accomplit, il est condamné par sa conscience elle-même, norme immédiate de la moralité personnelle. La dignité de cette instance rationnelle et l’autorité de sa voix et de ses jugements découlent de la vérité sur le bien et sur le mal moral qu’elle est appelée à entendre et à exprimer. Cette vérité est établie par la « Loi divine », norme universelle et objective de la moralité. Le jugement de la conscience ne définit pas la loi, mais il atteste l’autorité de la loi naturelle et de la raison pratique en rapport avec le Bien suprême par lequel la personne humaine se laisse attirer et dont elle reçoit les commandements : « La conscience n’est donc pas une source autonome et exclusive pour décider ce qui est bon et ce qui est mauvais ; au contraire, en elle est profondément inscrit un principe d’obéissance à l’égard de la norme objective qui fonde et conditionne la conformité de ses décisions aux commandements et aux interdits qui sont à la base du comportement humain » » (Veritatis Splendor, 59-60)

D’autre part:

« Pour former leur conscience, les chrétiens sont grandement aidés par l’Eglise et par son Magistère, ainsi que l’affirme le Concile : « Les fidèles du Christ, pour se former la conscience, doivent prendre en sérieuse considération la doctrine sainte et certaine de l’Eglise. De par la volonté du Christ, en effet, l’Eglise catholique est maîtresse de vérité ; sa fonction est d’exprimer et d’enseigner authentiquement la vérité qui est le Christ, en même temps que de déclarer et de confirmer, en vertu de son autorité, les principes de l’ordre moral découlant de la nature même de l’homme » 111. L’autorité de l’Eglise, qui se prononce sur les questions morales, ne lèse donc en rien la liberté de conscience des chrétiens : d’une part, la liberté de conscience n’est jamais une liberté affranchie « de » la vérité, mais elle est toujours et seulement « dans » la vérité ; et, d’autre part, le Magistère ne fournit pas à la conscience chrétienne des vérités qui lui seraient étrangères, mais il montre au contraire les vérités qu’elle devrait déjà posséder en les déployant à partir de l’acte premier de la foi. L’Eglise se met toujours et uniquement au service de la conscience, en l’aidant à ne pas être ballottée à tout vent de doctrine au gré de l’imposture des hommes (cf. Ep 4, 14), à ne pas dévier de la vérité sur le bien de l’homme, mais, surtout dans les questions les plus difficiles, à atteindre sûrement la vérité et à demeurer en elle. » (Veritatis Splendor, 64).

Si l’Eglise est « maîtresse de vérité », au sens où elle conserve et transmet  le dépôt de la foi, et assure la continuité apostolique, il n’en résulte pas  que dans des débats qui engagent des connaissances (sociologiques, historiques, biologiques, philosophiques…) extérieures à la foi, elle soit à même de dire avec certitude ce qu’ est la vérité, ni qu’elle soit dispensé d’argumenter ses positions contre la science de son temps.

Il est vrai que Jean-Paul II a affirmé dans le motu proprio Ad tuendam fidem la possibilité pour l’Eglise d’énoncer des enseignements irréformables dans le domaine de la loi naturelle. J’ai expliqué dans un précédent billet pourquoi cette affirmation me paraissait douteuse théologiquement, et pourquoi je ne pensais pas qu’elle serait reçue sur le long terme par le sensus fidei.

Quoiqu’il en soit, même en accordant tous ses arguments à Jean-Paul II, lui-même ne va pas jusqu’à dénier à la conscience individuelle  sa primauté dans l’exercice pratique du jugement, même s’il tente d’en minimiser la portée:

« Néanmoins, l’erreur de la conscience peut être le fruit d’une ignorance invincible, c’est-à-dire d’une ignorance dont le sujet n’est pas conscient et dont il ne peut sortir par lui-même.

Dans le cas où cette ignorance invincible n’est pas coupable, nous rappelle le Concile, la conscience ne perd pas sa dignité, parce que, tout en nous orientant pratiquement dans un sens qui s’écarte de l’ordre moral objectif, elle ne cesse de parler au nom de la vérité sur le bien que le sujet est appelé à rechercher sincèrement. » (Veritatis Splendor, 62).

 Dans le cas d’un conflit entre conscience et obéissance, par exemple mon désaccord avec le Magistère catholique concernant l’homosexualité, c’est donc la conscience qui est première, et non l’obéissance, et c’est donc celle-ci que le contradicteur catholique fidèle à l’enseignement de l’Eglise doit tenter d’éclairer, plutôt que d’en appeler sans cesse, et quel que soit le ton, à la seconde.

C’est donc à tort que beaucoup de catholiques diffèrent sans cesse l’examen des arguments adverses, et en appellent à l’humilité, alors qu’il leur faudrait clairement et sincèrement prendre à bras le corps les difficultés morales qui leur sont opposés, et montrer en quoi l’enseignement de l’Eglise y répond, ou à défaut, en tirer les conséquences et adaptations adéquates concernant ce dernier (mais cela nécessite d’interroger sa propre conscience, ce qui est parfois d’une humilité un peu plus douloureuse que celle de l’obéissance).

On dit beaucoup de mal, et on se moque, de ces « croyants non pratiquants » ou peu pratiquants qui restent aux marges de l’Eglise. On les considère comme des « tièdes », et je me suis longtemps rendu coupable de de genre de jugements. Ces derniers mois, et c’est à mon sens l’un des fruits spirituels les plus précieux de mon « temps de désert », j’ai appris à respecter davantage ceux d’entre eux que l’écoute sincère de leur conscience, et le malaise qui en résulte, tient à distance de  nos paroisses, que pour ceux (pas tous les pratiquants, heureusement!), dont j’ai été, qui ensevelissent leurs doutes sous une obéissance intellectuelle, formelle.

Dans le même ordre d’idée, ce qui m’a le plus choqué en 2013, en tant que chrétien, mis à part bien sûr l’homophobie, ce sont les condamnations arrogantes de quelques catholiques en vue, face à la démarche de débaptisation d’une blogueuse. Sur le principe, je désapprouve les débaptisations, ne serait-ce que parce que l’une des plus belles réussites du dialogue oecuménique est que les différentes dénominations chrétiennes reconnaissent (presque) un même baptême. Mais en méprisant cette démarche individuelle, on méprisait tout à la fois la conviction invincible, même erronée, de cette blogueuse,  qui « ne cesse de parler au nom de la vérité sur le bien que le sujet est appelé à rechercher sincèrement » et qui l’a poussée à choisir entre son baptême et sa conscience. Et ausssi l’appel du Christ à annoncer la Bonne Nouvelle aux malades comme aux bien portants (j’ai lu ça et là des remarques du genre: « on s’en fout des débaptisés. Quand on creuse, on voit qu’ils n’était déjà pas vraiment catholiques »).

Pour ma part, je reste catholique, donc. D’une manière différente d’avant, moins formelle, sans doute moins obéissante aussi, mais plus honnête envers ma propre conscience. Si d’aventure certains des lecteurs de billet, heurtés par mon « subjectivisme » et mon « relativisme », souhaitaient me faire renoncer à mes erreurs, je préfère les prévenir tout de suite que je ne tiendrai pas compte des injonctions à être « humble », à « faire confiance » et à « obéir ». Pour m’amener à faire contrition, la condition nécessaire et suffisante sera de convaincre ma conscience. En partant par exemple de ce témoignage que j’ai rendu en début de semaine sur ma page Facebook:

« Par ailleurs, ce qui est peut être un fruit spirituel, je suis davantage sensible depuis quelques temps au sort de toutes les personnes LGBT qui, dans le monde, sont hospitalisées, emprisonnées, ou exécutées du fait de leur identité de genre, ou de leur orientation sexuelle, et, avec une pensée, du coup, au nom de celles et ceux, parmi mes proches, celles et ceux qui me lisent, ou les inconnu.e.s, qui sont concerné.e. s et qui ont la possibilité de vivre ouvertement leur vie, avec une sécurité relative, pour celles et ceux qui ont su dire non au « bon sens » et ont permis une (lente) évolution des lois et des mentalités (et qui m’ont permis de me remettre moi- même en question). Et du coup un peu moins patient avec ce fameux bon sens . »

Quoiqu’il en soit, je souhaite à tou.t.e.s un très joyeux week end de Pentecôte! Puisse l’Esprit souffler sur nous et éclairer nos consciences! 🙂

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