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juillet 2015

Ta petite voix

Je me demande encore si tu as survécu. Je pense à toi parfois. Ton visage, dans la foule, de ceux qui avaient fui. Pourquoi toi, pas un autre ? Ton sourire, peut-être. Je me demande si je vais réussir, demain, à faire tout ce que je dois faire. C’est mon devoir d’état, ma vie à…

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Aimer le pécheur et détester le péché ?

Traduction-adaptation très libre de ce billet, qui vaut mille fois mieux que le pensum sentencieux que j’ai failli vous infliger. Non, ça n’est pas de la théologie de haut vol, mais ça dit bien et simplement ce qu’il faut dire, me semble-t-il, et ça rejoint complètement ma propre expérience : comme l’auteur, j’ai fait un […]

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l’Allemagne et la puissance

En écho à l’actualité, deux extraits de mes livres de chevet du moment… Le premier souligne combien le projet européen inclut une domestication de la puissance allemande, au service notamment de l’impérialisme français – le passage ci-dessous est une analyse dans le temps-long, à partir des traités de Westphalie en 1648.

« Il ne faut jamais oublier ceci : c’est que l’Europe comme entité juridico-politique, l’Europe comme système de sécurité diplomatique et politique, c’est le joug que les pays les plus puissants (de cette Europe) ont imposés à l’Allemagne chaque fois qu’ils ont essayé de lui faire oublier le rêve de l’empereur endormi, que ce soit Charlemagne ou Barberousse ou [Hitler]. 

L’Europe, c’est la manière de faire oublier à l’Allemagne l’Empire. Et il ne faut donc pas s’étonner que, si l’empereur effectivement ne se réveille jamais, l’Allemagne se redresse parfois et dise : « Je suis l’Europe ; je suis l’Europe puisque vous avez voulu que je sois l’Europe. » Et elle le dit précisément à ceux qui ont voulu qu’elle soit l’Europe, et qu’elle ne soit rien que l’Europe, à savoir l’impérialisme français, la domination anglaise ou l’expansionnisme russe. 

On a voulu substituer en Allemagne au désir d’empire, l’obligation de l’Europe. « Et bien, répond donc l’Allemagne, qu’à cela ne tienne puisque l’Europe sera mon empire. Il est juste que l’Europe soit mon empire, dit l’Allemagne, puisque vous n’avez fait l’Europe que pour imposer à l’Allemagne la domination de l’Angleterre, de la France et de la Russie. » Il ne faut pas oublier cette petite anecdote lorsque, en 1871, Thiers discutait avec le plénipotentiaire allemand que s’appelait, je crois, Ranke et qu’il lui disait : « Mais enfin, contre qui vous battez-vous ? Nous n’avons plus d’armée, plus personne ne peut vous résister, la France est épuisée, la Commune a porté le dernier coup aux possibilités de résistance, contre qui faites-vous la guerre ? », Ranke a répondu : « Mais voyons, contre Louis XIV. »
Michel Foucault, Sécurité, Territoire, Population, Cours au Collège de France, 1977-1978, Leçon du 22 mars 1978.


Le second analyse le rôle de la puissance économique dans la reconstruction de l’Allemagne d’après-guerre, en ruine et ruinée, jusqu’à nos jours. La puissance politique lui étant désormais impensable, c’est sur le terrain économique qu’elle a pu redevenir une puissance. Ce n’est pas la volonté politique qui y institut le jeu économique mais, au contraire, c’est la bonne gestion économique qui y produit la légitimité politique. Encore lors de la réunification, c’est bien la prospérité économique qui a attiré les Länder de l’est avant un projet politiqueDès lors, il semble logique qu’elle conçoive la zone euro comme devant produire sa légitimité par une bonne gestion économique, et non comme une volonté politique devant primer sur les contingences économique – ce qui serait plutôt la conception française.

« Dans l’Allemagne contemporaine, depuis 1948 jusqu’à aujourd’hui, c’est-à-dire pendant trente ans, il ne faut pas considérer que l’activité économique a été seulement une des branches de l’activité de la nation. Il ne faut pas considérer que la bonne gestion économique n’a eu d’autres effet et d’autre fin prévue et calculée que d’assurer la prospérité de tous et de chacun. En fait, dans l’Allemagne contemporaine, l’économie, le développement économique, la croissance économique produit de la souveraineté politique (…) L’économie produit de la légitimité pour l’Etat qui en est le garant (…) 

Et quand je dis cela, je crois que ce n’est pas encore suffisant, car ce n’est pas seulement une structure juridique ou une légitimation de droit que l’économie apporte à un Etat allemand que l’histoire venait de forclore. Cette institution économique, la liberté économique que cette institution a pour rôle dès le départ d’assurer et de maintenir, produit quelque chose de plus réel, de plus concret, de plus immédiat encore, qu’une légitimation de droit. Elle produit un consensus permanent, un consensus permanent de tous ceux qui peuvent apparaitre comme agents dans, à l’intérieur des de ces processus économiques. Agents à titre d’ouvriers, agents à titre de patrons, agents à titre de syndicats. Tous ces partenaires de l’économie, dans la mesure même où ils acceptent ce jeu économique de la liberté, produisent un consensus qui est un consensus politique (…)

Un Deutschmark solide, un taux de croissance satisfaisant, un pouvoir d’achat en expansion, une balance des paiements favorable, ce sont bien sûr dans l’Allemagne contemporaine les effets d’un bon gouvernement, mais c’est aussi, et jusqu’à un certain point c’est encore plus encore, la manière dont se manifeste et se renforce sans cesse le consensus fondateur d’un Etat que l’histoire, ou la défaite, ou la décision des vainqueurs, comme vous voudrez, venait de mettre hors-la-loi (…) L’histoire avait dit non à l’Etat allemand. C’est désormais l’économie qui va pouvoir lui permettre de s’affirmer.
Michel Foucault, Naissance de la biopolitique, Cours au Collège de France, 1978-1979, Leçon du 31 janvier 1979.

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Co-errance – Cohérence

Certes c’est l’été, le
moment tant attendu pour lézarder sur la plage, penser à autre chose  mais c’est aussi chez nous le temps du regroupement
familial.  

La tribu se retrouve et les
veillées reprennent avec nos enfants qui sont pour la p…

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magie-stère

 « Magistère, nm. De magie car nul ne comprend vraiment les raisons de ses préceptes, et de stère car ces derniers sont aussi lourds à porter qu’une stère de bois [1]. »
Voilà en gros l’opinion que je pouvais avoir il y a quelques annéesLes débatsdumois dernier surle sujet m’ont à nouveau questionné. Aujourd’hui, j’ai moins de certitudes ; mais quelques convictions demeurent…

1.     Le magistère n’est pas un système disciplinaire [2].

La discipline ne laisse jamais faire. Elle organise un domaine dans lequel son pouvoir joue à plein et au sein duquel rien ne doit lui échapper. Toute chose y est répartie selon un code du permis et du défendu ; ou plutôt de l’obligatoire et du défendu. Même les plus petites choses doivent être réglementées. L’ordre consiste alors à empêcher tout ce qui est interdit et à réaliser tout ce qui est obligatoire. La bonne discipline vous dit, à chaque instant, ce que vous devez faire.

Le magistère ne doit pas être une discipline. Il est, me semble-t-il, de l’ordre de la carte. La carte qui ne prescrit pas un chemin déjà écrit d’avance. La carte qui me donne un moyen de voir différemment le monde qui m’entoure, me montre des écueils ou des difficultés qu’on ne soupçonnait pas d’avance…  Aide à s’orienter… Mais ne décide pas à ma place. Et puis parfois, la carte ne colle pas bien à la réalité du terrain ; de nouvelles constructions en sont absentes, des chemins autrefois praticables sont maintenant effacés – presque plus personne ne les emprunte. Carte en main, libre à chacun de choisir là où il va et comment s’y rendre.

2.     Le magistère n’est pas incréé.

Un magistère incréé, ce serait un magistère non écrit de main d’homme mais directement issu du divin – un peu comme le coran 😉 Le magistère de l’Eglise catholique est, me semble-t-il, issu des hommes. Eclairés par Dieu, certes, mais écrit par des hommes particuliers, à un moment historique donné. Il n’est pas indemne des contingences de l’incarnation. Cela qui n’amoindrit pas sa valeur. Après tout, chacun ou quasi considère maintenant la bible comme un texte qui doit être lu sans oublier les conditions de son écriture. Comment le magistère pourrait-il être en cela supérieur à la parole de Dieu ?

Donc oui, la production de textes magistériels par des hommes célibataires et ordonnés, dans des conditions historiques particulières, influe nécessairement sur leur contenu. Mais oui, cela ne l’empêche  pas d’être « vrai » – au sens où la parole de Dieu est vraie. Vrai car recélant un appel pour chacun. Un appel à remettre en question mes conduites, un appel à davantage de conversion dans les différents domaines de ma vie. Un appel à ne jamais m’endormir dans la certitude de mon bon droit [3].


[1]  Toute ressemblance avec Mt 23 ne saurait être purement fortuite.

[2] Au sens de Michel Foucault ; ce paragraphe repose sur son cours au Collège de France 1977-1978 intitulé « Sécurité, Territoire, Population ».

[3]Et toute ressemblance avec Mt 25 ne saurait être purement fortuite non plus.

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The Rorschach Option

One of my frequent complaints about the so-called Benedict Option has been a lack of clarity around what it actually means or entails. Rod, the Pope of the Benedict Option, has been saying that he’s still exploring that and we should wait for his forth…

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