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mai 2016

Fête du Saint Sacrement

http://www.lavie.fr/images/2013/10/10/45176_hostie-consecration-eucharistie_440x260.jpg

Comme des ellipses de sens,
Où la raison se tait,
Où l’Esprit souffle en épiclèse,
Où deux mains se lèvent :
Silence.
Ce pain élevé,
Mes genoux posés,
Mes yeux irrémédiablement attirés.

 

Comme du temps perdu,
Comme du temps passé,
Où l’Esprit souffle la prière au cœur,
Où Tu es là, devant moi, exposé :
Silence.
Ton Don tout entier,
En Ton Saint-Sacrement exposé,
Et mon corps prosterné.

 

Comme des mains tendues et en même temps réservées,
Comme ma crasse indignité,
Où l’Esprit souffle en communion.
Chant et silence.
Ton Corps élevé,
Devant mes yeux souvent embués,
Et répondre, malgré tout, « amen » en vérité.

 

Consécration,

Adoration,

Communion :

Valse spirituelle de Ta vie offerte, donnée,
Valse de silence en trois temps, que nous contemplons.
D’un « Je t’aime » infini qui donne l’unique juste note,
Aux « je T’aime » balbutiants, hésitants, de nos vies qui cherchent l’unisson ;
Nourriture de la route,
Nourriture qui scande le rythme de notre vie,
Pour imiter la perfection gracieuse de Ton mouvement qui a nom charité.

 

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Fête du Saint Sacrement

http://www.lavie.fr/images/2013/10/10/45176_hostie-consecration-eucharistie_440x260.jpg

Comme des ellipses de sens,
Où la raison se tait,
Où l’Esprit souffle en épiclèse,
Où deux mains se lèvent :
Silence.
Ce pain élevé,
Mes genoux posés,
Mes yeux irrémédiablement attirés.

 

Comme du temps perdu,
Comme du temps passé,
Où l’Esprit souffle la prière au cœur,
Où Tu es là, devant moi, exposé :
Silence.
Ton Don tout entier,
En Ton Saint-Sacrement exposé,
Et mon corps prosterné.

 

Comme des mains tendues et en même temps réservées,
Comme ma crasse indignité,
Où l’Esprit souffle en communion.
Chant et silence.
Ton Corps élevé,
Devant mes yeux souvent embués,
Et répondre, malgré tout, « amen » en vérité.

 

Consécration,

Adoration,

Communion :

Valse spirituelle de Ta vie offerte, donnée,
Valse de silence en trois temps, que nous contemplons.
D’un « Je t’aime » infini qui donne l’unique juste note,
Aux « je T’aime » balbutiants, hésitants, de nos vies qui cherchent l’unisson ;
Nourriture de la route,
Nourriture qui scande le rythme de notre vie,
Pour imiter la perfection gracieuse de Ton mouvement qui a nom charité.

 

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Pouce ?

 

Stop ! Pause ! Pouce !

Petit geste accompagnant la parole que je ne peux faire ces temps-ci. Rien de grave, mais un peu d’immobilisation forcée d’un doigt… bien utile.

 

https://scontent-fra3-1.xx.fbcdn.net/v/t1.0-9/13241166_10154208841626133_8912941397756497821_n.jpg?oh=56f64972f0e752808013a9c1e7b439da&oe=57C73888

 

Le rapport avec la choucroute avec Dieu et ce blogue ?

Que je suis lente à tout faire et ai donc encore moins le temps d’écrire ? Certes.

Que cela me permet évidemment de goûter la charité des frères par leur sollicitude attentionnée dans les petits gestes du quotidien ? Oui ! Et mille fois oui !

 

Mais en réalité, ce petit incident au pouce est aussi joliment métaphorique.

 

Le pouce, ce doigt auquel on ne pense jamais et, quand il est bloqué par une attelle, on se trouve bien embêté pour faire les petits gestes du quotidien. C’est comme une invitation à faire attention au petit, à celui auquel on ne pense pas, à celui qu’on ne voit pas ou plus tant on y est habitué et qui pourtant fait tellement ! Il ne faudrait pas qu’il ne soit plus là pour qu’on se rende compte combien il est important. Cela vaut pour les personnes, cela vaut pour la prière.

 

Mais chez nous, humains, ce pouce possède la particularité non négligeable d’être opposable. Il faut ainsi l’opposition puisqu’on l’on puisse saisir adroitement (actuellement, je n’y arrive plus !) : n’est-ce pas un encouragement à la discussion, au débat fraternel dans le rapport même Corps / même main ? Invitation à l’unité dans la pluralité, invitation à une communion vraie même dans les oppositions apparentes, pour chercher à saisir, mieux, le mystère du Christ ?

 

Et si, aussi, il y avait une forme de « pouce » au rythme effréné de la fin d’année déjà en train de se cadencer, ou en tout cas le « pouce » vital de la pause prière à prendre, à garder, de l’attention à Dieu pour rester attentif à l’autre, même dans la tension ? 

 

Bref, depuis une semaine, la prière a muté des mains plus ou moins jointes aux pouces (mi)-en l’air en guise d’aide-mémoire… et c’est pas mal non plus 😉  

 

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Pouce ?

 

Stop ! Pause ! Pouce !

Petit geste accompagnant la parole que je ne peux faire ces temps-ci. Rien de grave, mais un peu d’immobilisation forcée d’un doigt… bien utile.

 

https://scontent-fra3-1.xx.fbcdn.net/v/t1.0-9/13241166_10154208841626133_8912941397756497821_n.jpg?oh=56f64972f0e752808013a9c1e7b439da&oe=57C73888

 

Le rapport avec la choucroute avec Dieu et ce blogue ?

Que je suis lente à tout faire et ai donc encore moins le temps d’écrire ? Certes.

Que cela me permet évidemment de goûter la charité des frères par leur sollicitude attentionnée dans les petits gestes du quotidien ? Oui ! Et mille fois oui !

 

Mais en réalité, ce petit incident au pouce est aussi joliment métaphorique.

 

Le pouce, ce doigt auquel on ne pense jamais et, quand il est bloqué par une attelle, on se trouve bien embêté pour faire les petits gestes du quotidien. C’est comme une invitation à faire attention au petit, à celui auquel on ne pense pas, à celui qu’on ne voit pas ou plus tant on y est habitué et qui pourtant fait tellement ! Il ne faudrait pas qu’il ne soit plus là pour qu’on se rende compte combien il est important. Cela vaut pour les personnes, cela vaut pour la prière.

 

Mais chez nous, humains, ce pouce possède la particularité non négligeable d’être opposable. Il faut ainsi l’opposition puisqu’on l’on puisse saisir adroitement (actuellement, je n’y arrive plus !) : n’est-ce pas un encouragement à la discussion, au débat fraternel dans le rapport même Corps / même main ? Invitation à l’unité dans la pluralité, invitation à une communion vraie même dans les oppositions apparentes, pour chercher à saisir, mieux, le mystère du Christ ?

 

Et si, aussi, il y avait une forme de « pouce » au rythme effréné de la fin d’année déjà en train de se cadencer, ou en tout cas le « pouce » vital de la pause prière à prendre, à garder, de l’attention à Dieu pour rester attentif à l’autre, même dans la tension ? 

 

Bref, depuis une semaine, la prière a muté des mains plus ou moins jointes aux pouces (mi)-en l’air en guise d’aide-mémoire… et c’est pas mal non plus 😉  

 

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La rémunération des dirigeants sociaux en question

Les députés viennent de voter en commission l’insertion dans le projet de loi dit Sapin 2, le principe d’un vote contraignant en matière de rémunération des dirigeants sociaux, quelques incidents récents ayant soulevé la question dans des sociétés cotées (V. dans le secteur bancaire NM, La rémunération du dirigeant de banque : RD bancaire et fin. […]

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En combattant… Martine Bottino, La lucidité satanique chez Bernanos

« Depuis un moment, il (l’abbé Donissan) n’est plus seul. Quelqu’un marche à ses côtés ». Cette phrase pourrait scander comme un leitmotiv chaque moment de la vie de l’abbé Donissan. Dans son pèlerinage sur la terre, le héros de Bernanos n’est pas seul : près de lui chaque jour marche son double d’ombre, et pas un instant il n’échappe au nocturne compagnonnage. Mais avec lui aussi marche le compagnon de lumière, le Dieu d’amour que le psalmiste chante :

Il donne mission à ses anges
de te garder sur tous tes chemins 
;
de ses mains il te portera
pour que ton pied ne heurte pierre…

Psaume 91, 11

Le héros de Sous le soleil de Satan apparaît comme l’enjeu d’un combat sans mesure : Dieu et le mal, le ciel et l’enfer se disputent cette âme. On pense au prologue du livre de Job où nous voyons Dieu accorder à l’Ange déchu le pouvoir de tenter son serviteur fidèle. Ainsi la vie de Donissan est-elle sans cesse traversée par des éclairs de grâce, mais d’une grâce qui, jusqu’au dernier jour, reste ambiguë : grâce du ciel ou vertige de l’abîme ? Lumière de charité ou soleil de Satan ?

La déclaration de guerre

En effet, le chemin que parcourt l’abbé Donissan passe véritablement par l’enfer. Et l’enfer, dans le monde romanesque de Bernanos, est une présence. La première fois que Donissan éprouve cette présence, sans encore la reconnaître, c’est au moment où, pour la première fois, il éprouve la joie. Cette joie, il la ressent comme une tentation, et sans doute est-ce là une subtile ruse du maître trompeur. La possibilité était alors, semble-t-il, donnée au vicaire de Campagne d’échapper au combat harassant qui commence. Bernanos suggère qu’il eût pu choisir une voie d’abandon total et, en ce sens, il y a là sans doute un premier refus, un péché. Car la voie de l’humble abandon, la simplicité du consentement, n’était-ce pas à ce moment la vraie voie d’amour ?

Nous citerons longuement le récit de cette première rencontre avec le tentateur, car elle donne le schéma désormais constant des tentations de Donissan.

Il y a d’abord le don d’une grâce (ici la joie), grâce ressentie comme incompréhensible par le bénéficiaire :

Ainsi les mille voies de la contradiction qui grondaient, sifflaient, grinçaient au cœur de l’abbé Donissan avec une rage damnée se turent ensemble. La tentation ne s’apaisait pas : elle n’était plus. La volonté de l’abbé Donissan, à la limite de son effort, sentit l’obstacle se dérober, et cette détente fut si brusque que le pauvre prêtre crut la ressentir jusque dans ses muscles, comme si le sol eût manqué sous lui. Mais cette dernière épreuve ne dura qu’un instant, et l’homme qui tout à l’heure se débattait sans espoir sous un poids sans cesse accru, s’éveilla plus léger qu’un petit enfant, perdit la conscience même de vivre, dans un vide délicieux.

I, 2 ; Pléiade, p. 144

Don singulier que cette joie, pour un être habitué aux tourments d’une véritable agonie spirituelle. Notons l’expression : « plus léger qu’un petit enfant ». Il semble que Donissan par cette grâce inattendue retrouve la douceur qu’il avait connue une première fois dans son enfance. Or cette douceur, déjà il l’avait repoussée avec inquiétude comme trop facile. Ici encore, l’origine de ce don de la joie reste ambigu. En fait, le récit donne l’impression qu’aux yeux du romancier, cette joie vient réellement de Dieu. Mais Donissan, lui, n’est pas prêt à accepter cette grâce qui invite à l’abandon, à la dépossession de sa volonté de combattant. Il attend autre chose, et ce qui vient ce que par son attente même il appelle c’est le combat. Ou plutôt son attente, inconsciemment, appelait quelqu’un : l’adversaire, et celui-ci vient aussitôt.

Il semble donc bien qu’il y ait eu un choix : la paix était vraiment offerte, mais dans ce don, l’homme n’a vu qu’une trêve dangereuse par sa douceur même, il l’a vécue dans l’attente muette de la guerre d’avance désirée.

La vie de cet homme étrange, qui ne fut qu’une lutte forcenée, terminée par une mort amère, qu’eût-elle été, si, de ce coup, la ruse déjouée, il se fût abandonné sans effort à la miséricorde s’il eût appelé au secours ? Fût-il devenu un de ces saints dont l’histoire ressemble à un conte, de ces doux qui possèdent la terre, avec un sourire d’enfant roi ?… Mais à quoi bon rêver ? Au moment décisif, il accepte le combat, non par orgueil, mais d’un irrésistible élan. À l’approche de l’adversaire, il s’emporte, non de crainte mais de haine. Il est né pour la guerre ; chaque détour de sa route sera marqué d’un flot de sang.

Pléiade, p. 147

En un combat douteux

Ce combat, modèle de tous les combats à venir dans la vie de l’abbé Donissan, il est aisé d’en distinguer les phases. La première victoire que marque l’adversaire se situe au moment où le prêtre se trouve dans l’impossibilité d’implorer le secours divin. Cette impossibilité en effet correspond à une attitude profonde — et involontaire de refus : « la volonté déjà cabrée échappe à la main qui la sollicite : une autre s’en empare, dont il ne faut attendre ni pitié ni merci » (Pléiade, p. 147). Et, sous l’impulsion de cette volonté démoniaque, Donissan s’acharne contre les dons mêmes de Dieu. Contre la joie d’abord :

Cependant, la joie mystérieuse, comme à la pointe de l’esprit veille encore, à peine troublée, petite flamme claire dans le vent… Et c’est contre elle, ô folie ! qu’il va se tourner présent.

Pléiade, p. 147

Celui qui est désormais présent à l’âme de Donissan l’empêche de comprendre, d’accepter dans sa simplicité l’amour de Dieu et le « bonheur d’une paix sans victoire ». Une sorte d’orgueil dément pousse le jeune prêtre à refuser de goûter les fruits de sa paix sans avoir combattu. Au fond, il refuse la gratuité d’un don qui ne se mérite point, ne se conquiert point par les travaux et les combats car :

Si le Seigneur ne bâtit la maison
En vain peinent les maçons 
;
Si le Seigneur ne garde la ville,
en vain la garde veille.
En vain vous levez-vous matin, vous couchez-vous tard et
mangez-vous le pain de la douleur :
Dieu donne plus à son bien-aimé tandis qu’il dort.

Psaume 127, 2

Donissan, lui, refuse de moissonner ce qu’il n’a pas semé et méconnaît l’invitation du maître de la moisson. Ainsi va-t-il s’acharner, avec une sorte de masochisme car les fruits de Satan sont fruits de haine, et c’est d’abord la haine de la créature contre elle-même — détruire ce qu’il prend pour une dangereuse illusion : « il lui faut déraciner cette joie ». Et la fureur démoniaque se résout dans une sorte d’accès de rage contre lui-même.

Mais en s’acharnant contre lui-même, il s’acharne aussi contre son adversaire. Dans un premier temps, lorsqu’il reconnaît la puissance étrangère, Donissan regarde son propre visage dans un miroir : Satan prend, pour ainsi dire, l’apparence de l’homme qu’il tente. Donissan se tourne-t-il vers lui-même, son adversaire pour un instant l’emporte ; se tourne-t-il vers Dieu, son secours, le double dérisoire s’effondre vaincu (c’est ce que l’on voit dans la scène de larencontre avec le maquignon dont Satan a pris les traits (I, 3 ; Pléiade p. 162-184), et où il est vaincu à la prière). De même, dans l’Evangile, Pierre peut marcher sur les eaux tant qu’il regarde le Christ, mais s’enfonce lorsqu’il se regarde lui-même et se voit perdu dans la tempête.

Ce combat livré par Donissan au moment de se mesurer avec la « tentation du désespoir » se retrouve très exactement dans toutes les grandes scènes de tentation du roman. Cette structure permet de souligner l’ambiguïté qui existe, dans la vie de Donissan, entre l’action divine et l’influence satanique.

On a l’impression que Satan triomphe. Mais en fait, la dernière phase de ce combat appartient à l’invisible protagoniste : Dieu arrache chaque fois Donissan à sa rage destructrice.

La miséricorde et la colère

Il y a plus, et l’épisode de Mouchette est à cet égard exemplaire : les fautes mêmes de Donissan apparaissent comme un instrument de la grâce ; de son action dans les âmes que le prêtre croise en chemin.

Dans un premier temps, la lucidité qui fait reconnaître à Donissan la pécheresse, comme il avait reconnu le juste dans le carrier Jean-Marie Boulainville, est la lucidité d’un surnaturel amour. Il voit, pour ainsi dire, Mouchette avec le regard du Dieu de miséricorde, et c’est cette participation à la tendresse divine qu’il traduit par le mot de pitié :

Que voyez-vous ? demandait-on au saint homme. Quand voyez-vous ? Quel avertissement ? Quel signe ? Et il répétait, d’une voix d’enfant studieux auquel échappe le mot du rudiment : « J’ai pitié… j’ai seulement pitié ! » Ainsi, à la vue de la jeune fille, c’est la lumière de la charité qui éblouit son regard.

Quand il avait rencontré MlleMalorthy sur le bord du chemin, une violente pitié était déjà dans son cœur. N’est-ce point ainsi qu’une mère s’éveille en sursaut, sachant de toute certitude que son enfant est en péril ? La charité des grandes âmes, leur fraternelle compassion semblent les porter d’un coup au plus intime des êtres. La charité, comme la raison, est un des éléments de notre connaissance. Mais si elle a ses lois, ses déductions sont foudroyantes, et l’esprit qui veut les suivre n’en aperçoit que l’éclair.

I, 3 ; Pléiade p. 198

Dans l’affrontement de Donissan et de Mouchette où s’affrontent la haine et l’amour Satan et Dieu —, Donissan surnaturellement voit la vie de Mouchette dans sa vérité : digne d’une infinie pitié plus que de colère ou de mépris. C’est bien cette révélation qui bouleverse la jeune fille : lorsque le prêtre achève de lui conter son histoire, elle est comme dépossédée du souvenir qu’elle conservait jalousement comme un unique et dérisoire trésor : son crime. C’est pour échapper à cette dépossession qu’elle se débat 1. Elle voudrait au moins penser que c’est elle qui a fait l’aveu du meurtre, non qu’elle est livrée transparente à cet amour inconnu. Devant cette pitié débordante, Mouchette la mal-aimée se révolte dans un misérable sursaut d’orgueil.

À ce moment devrait s’achever le rôle de Donissan : la vision surnaturelle lui est en effet retirée. Mais une fois de plus, le jeune prêtre se refuse à s’abandonner humblement à la volonté de Dieu, à partir sans savoir si ses paroles ont, oui ou non, frayé dans le cœur de Mouchette le chemin de l’amour. Une fois de plus, ce refus est un muet appel à celui-là même qui soutenait la révolte de Mouchette chancelante. C’est lui désormais qui semble animer Donissan de cette fureur avec laquelle il s’acharne sur sa misérable victime. Ses premières paroles n’étaient sans doute pas moins violentes mais alors l’animaient le zèle de Dieu, la sainte jalousie pour le Christ, et l’immense pitié pour une âme qui passe à côté de l’amour. À présent, il s’acharne comme furieux d’avoir perdu l’étrange grâce. Il clame maintenant ce don qui lui fut fait, comme pour se mieux convaincre de sa réalité :

Je t’ai vue ! Je t’ai vue comme peut-être aucune créature telle que toi ne fut vue ici-bas. Je t’ai vue de telle manière que tu ne peux m’échapper…

I, 3 ; Pléiade p. 203

Alors, il reconquiert la vision un moment perdue, mais l’origine de ce don n’est plus la même. Cette fois, ce n’est plus la vision de l’amour mais de la haine. Il voit le péché comme en lui-même, dans sa hideur, toute bassesse lui devient transparente.

Et déjà montait dans ses yeux la même lueur de lucidité surhumaine, cette fois dépouillée de toute pitié. Le don périlleux, il l’avait donc conquis de nouveau, par force, dans un élan désespéré capable de faire violence même au ciel. La grâce de Dieu s’était faite visible à ses yeux mortels : ils ne découvraient plus maintenant que l’ennemi, vautré dans sa proie.

I, 3 ; Pléiade p. 204

À ce moment, Donissan se trouve véritablement sous le soleil de Satan. Car c’est bien une lumière qui lui est donnée, mais une lumière glacée. De même Mouchette voyait clairement la misère morale de son amant Gallet. La lumière que donne Satan est comme issue d’un astre qui dessèche tout dans l’impitoyable clarté d’un midi sans ombres, sans reliefs et sans profondeur, soleil aux armes sans pitié. C’est la claritas sine caritate (clarté sans charité), éclatante et inhabitable. Apparemment, il est donné à Donissan de pénétrer une seconde fois au plus profond de l’être, mais en fait, il ne voit pas ce qui fait le fond même : dans le dernier des pécheurs, l’image, défigurée, mais chère encore au cœur du Père, du Fils bien-aimé.

L’offrande à Satan

En apparence donc, Satan, cette fois, a gagné : dans le cœur de Donissan d’abord, ivre de haine et de mépris, mais surtout dans le cœur de Mouchette : n’est-elle pas, cette fois, au fond du désespoir ? Dépossédée de tout ce qui lui donnait l’illusion d’une existence singulière, d’un poids sur la terre, dépouillée, réduite à rien, la voici qui appelle au secours son abominable amant :

C’est alors qu’elle appela du plus profond, du plus intime, d’un appel qui était comme un don d’elle-même — Satan […]. La voici sous nos yeux, cette mystique ingénue, petite servante de Satan, sainte Brigitte du néant… Sa vie est un secret entre elle et son maître, ou plutôt le seul secret de son maître.

Satan alors répond à l’appel de la désespérée, et Mouchette comble la mesure du mal en se donnant la mort (I, 3 ; Pléiade p. 212-213). Cet appel qui est comme un don est parodie de la grâce comme attrait et comme don. Seule la créature humaine peut le faire (et non Satan) en pervertissant la grâce divine. On se livre à Satan parce que Dieu nous donne le pouvoir de nous donner ; Satan ne se donne pas, n’a rien à donner. C’est en quoi la possession diffère du « lui en moi et moi en lui ». Bernanos atteint peut-être ici une limite en tous cas, Sous le soleil de Satan l’atteint il y a un « don offert et reçu » de Satan (p. 213).

L’enfer de la charité

Mais en fait, l’histoire de Mouchette ne s’arrête pas au moment où elle se tranche la gorge devant son miroir c’est une fois de plus Satan qui prend possession du pécheur absorbé dans la contemplation de sa propre image. Bernanos laisse, il est vrai, planer une ambiguïté complète sur la réalité de cette conversion in articulo mortis mise en doute par les autorités ecclésiastiques. Néanmoins, le romancier semble bien suggérer au lecteur que Mouchette est finalement sauvée. Singulier salut, dira-t-on, puisque la conversion passe par un suicide suicide dont Donissan apparaît bien responsable. Mais la condition même du salut de Mouchette n’était-elle pas qu’elle passe par ce dépouillement suprême, par ce comble de pauvreté où l’ont réduite les paroles du prêtre ? Mouchette revenait errer près du château de Cadignan, lieu de son crime, comme pour mieux se convaincre de la réalité du souvenir. Or c’est de ce crime même que Donissan la dépouille et en quelque manière l’absout (absoudre signifie : délier). Après cette étrange « confession » où le prêtre a conté à la pénitente muette sa propre histoire, Mouchette est comme vidée de sa folle illusion. Il ne reste pour ainsi dire plus rien d’elle-même, rien sur quoi Satan puisse assurer sa prise. Celle qui « n’a porté que de faux crimes » n’a plus de rempart à dresser contre la grâce.

Ainsi peut-on penser que l’enfer si constamment présent dans la vie et dans la pensée de Donissan n’y est peut-être que parce que l’étrange prêtre est, dans la main de Dieu, l’instrument de la grâce qui doit vaincre l’enfer même. La vocation propre de Donissan est d’arracher le pécheur à son péché et c’est pourquoi sans doute les puissances de l’ombre tentent de conquérir à la fois le pasteur et son troupeau. Mais jamais, jusqu’au dernier moment, il n’est de sûre victoire.

Un aspect essentiel de la vie de Donissan, c’est une sorte de sacrifice de lui-même offert pour les pécheurs qui lui sont confiés. On sait d’ailleurs quelle tentation il finit par avouer l’abbé Menou-Segrais :

La possession de tant d’âmes par le péché […] m’a souvent transporté de haine contre l’ennemi […]. Pour leur salut, j’ai offert tout ce que j’avais ou posséderais jamais, ma vie d’abord cela est si peu de chose ! — …les consolations de l’Esprit Saint, …mon salut si Dieu le veut !

I, 4 ; Pléiade p. 227

Ainsi la Jeanne d’Arc de Péguy commence par s’écrier :

Ah ! s’il faut, pour sauver de la flamme éternelle
Les corps des morts damnés affolés de souffrance,
Livrer aussi mon corps
à la flamme éternelle,
Mon Dieu, livrez mon corps
à la flamme éternelle.

Et s’il faut, pour sauver de l’absence éternelle
Les âmes des damnés s’affolant de l’absence,
Livrer mon âme même
à l’absence éternelle,
Mon Dieu, livrez mon âme
à l’absence éternelle !

On voit ce qu’un tel vœu peut avoir de blasphématoire : comment en effet la damnation pourrait-elle racheter la damnation ? L’enfer n’est pas une punition que l’on pourrait subir à la place du damné, mais le péché lui-même se voulant lui-même et ne voulant connaître que soi, enfermé en soi. En enfer, « jamais l’innocence ne souffre, car la souffrance elle-même est une faute » (Hegel), celle de voir le feu de l’amour divin comme feu infernal. Comment d’autre part offrir, non pas sa vie, mais la volonté divine de grâce sur nôtre âme, qui nous appartient si peu qu’elle nous destine à lui 2

Pourtant Dieu ne fait point fi de cet amour en délire. On pourrait montrer comment, dans le récit de Bernanos, la vie de l’abbé Donissan reproduit, mais avec un côté lumineux, la nocturne existence de Mouchette. Donissan va jusqu’à vivre lui-même une sorte de suicide spirituel, lorsqu’il s’acharne à détruire en lui-même la flamme de l’espérance. Ainsi, il y a une sorte d’échange, de rachat, par lequel Donissan, le serviteur de Dieu, en vivant lui-même l’enfer, paie rançon pour la « petite servante de Satan ». Sa prière sacrilège, Dieu l’exauce en la tournant de telle sorte qu’elle ne soit plus une offense à l’amour divin : Donissan implorait l’enfer en échange des âmes, il lui est donné de se tenir en enfer sur la terre.

L’histoire de l’abbé Donissan est l’histoire d’une âme qui, tout au long de son cheminement, est l’objet d’un débat entre la haine et l’amour. Aussi est-ce l’histoire d’un combat. Ce combat, le prêtre, même lorsqu’il croit aspirer à la paix, l’appelle, au fond, de son vœu le plus cher, en soldat de Dieu. Mais surtout, il l’appelle par son désir passionné de s’offrir en sacrifice pour les âmes ; jusque dans les dangereux excès où il semble près d’être vaincu par l’ennemi, il reste le berger qui veut donner sa vie pour ses brebis. Le danger est pour lui d’offrir plus que sa vie terrestre : sa vie éternelle, et de se perdre ainsi avec eux qu’il voulait sauver, dans un désespoir fraternel avec Mouchette la suicidée. Il faut toute une vie à ce violent pour apprendre que le ciel ne souffre violence que de l’amour.

Martine Bottino, in Résurrection n°40 (1972)

1. Un magnifique passage (I, 3 ; Pléiade p. 204-207) nous fait assister à une sorte d’autopsie des traces du péché originel chez Mouchette. Son péché est pris dans la toile des péchés de tous ses ancêtres. La solidarité dans le péché est l’envers de la communion des saints, qui seule peut la défaire. À partir du Christ ressuscité, l’exultation devant le Dieu-avec-nous remonte les générations (par exemple jusqu’à Abraham, cf. saint Irénée, Contre les Hérésies, IV, 7, 1), et, avec la joie de la résurrection, la lumière aimante du jugement.

2. On remarquera l’emploi du verbe posséder dans la citation de Bernanos et l’accumulation des possessifs dans celle de Péguy.

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En combattant… Martine Bottino, La lucidité satanique chez Bernanos

« Depuis un moment, il n’est plus seul. Quelqu’un marche à ses côtés ». Cette phrase pourrait scander comme un leitmotiv chaque moment de la vie de l’abbé Donissan. Dans son pèlerinage sur la terre, le héros de Bernanos n’est pas seul : près de lui chaque jour marche son double d’ombre, et pas un instant il n’échappe au nocturne compagnonnage. Mais avec lui aussi marche le compagnon de lumière, le Dieu d’amour que le psalmiste chante :

Il donne mission à ses anges
de te garder sur tous tes chemins 
;
de ses mains il te portera
pour que ton pied ne heurte pierre…

Psaume 91, 11

Le héros de Sous le soleil de Satan apparaît comme l’enjeu d’un combat sans mesure : Dieu et le mal, le ciel et l’enfer se disputent cette âme. On pense au prologue du livre de Job où nous voyons Dieu accorder à l’Ange déchu le pouvoir de tenter son serviteur fidèle. Ainsi la vie de Donissan est-elle sans cesse traversée par des éclairs de grâce, mais d’une grâce qui, jusqu’au dernier jour, reste ambiguë : grâce du ciel ou vertige de l’abîme ? Lumière de charité ou soleil de Satan ?

La déclaration de guerre

En effet, le chemin que parcourt l’abbé Donissan passe véritablement par l’enfer. Et l’enfer, dans le monde romanesque de Bernanos, est une présence. La première fois que Donissan éprouve cette présence, sans encore la reconnaître, c’est au moment où, pour la première fois, il éprouve la joie. Cette joie, il la ressent comme une tentation, et sans doute est-ce là une subtile ruse du maître trompeur. La possibilité était alors, semble-t-il, donnée au vicaire de Campagne d’échapper au combat harassant qui commence. Bernanos suggère qu’il eût pu choisir une voie d’abandon total et, en ce sens, il y a là sans doute un premier refus, un péché. Car la voie de l’humble abandon, la simplicité du consentement, n’était-ce pas à ce moment la vraie voie d’amour ?

Nous citerons longuement le récit de cette première rencontre avec le tentateur, car elle donne le schéma désormais constant des tentations de Donissan.

Il y a d’abord le don d’une grâce (ici la joie), grâce ressentie comme incompréhensible par le bénéficiaire :

Ainsi les mille voies de la contradiction qui grondaient, sifflaient, grinçaient au cœur de l’abbé Donissan avec une rage damnée se turent ensemble. La tentation ne s’apaisait pas : elle n’était plus. La volonté de l’abbé Donissan, à la limite de son effort, sentit l’obstacle se dérober, et cette détente fut si brusque que le pauvre prêtre crut la ressentir jusque dans ses muscles, comme si le sol eût manqué sous lui. Mais cette dernière épreuve ne dura qu’un instant, et l’homme qui tout à l’heure se débattait sans espoir sous un poids sans cesse accru, s’éveilla plus léger qu’un petit enfant, perdit la conscience même de vivre, dans un vide délicieux.

I, 2 ; Pléiade, p. 144

Don singulier que cette joie, pour un être habitué aux tourments d’une véritable agonie spirituelle. Notons l’expression : « plus léger qu’un petit enfant ». Il semble que Donissan par cette grâce inattendue retrouve la douceur qu’il avait connue une première fois dans son enfance. Or cette douceur, déjà il l’avait repoussée avec inquiétude comme trop facile. Ici encore, l’origine de ce don de la joie reste ambigu. En fait, le récit donne l’impression qu’aux yeux du romancier, cette joie vient réellement de Dieu. Mais Donissan, lui, n’est pas prêt à accepter cette grâce qui invite à l’abandon, à la dépossession de sa volonté de combattant. Il attend autre chose, et ce qui vient ce que par son attente même il appelle c’est le combat. Ou plutôt son attente, inconsciemment, appelait quelqu’un : l’adversaire, et celui-ci vient aussitôt.

Il semble donc bien qu’il y ait eu un choix : la paix était vraiment offerte, mais dans ce don, l’homme n’a vu qu’une trêve dangereuse par sa douceur même, il l’a vécue dans l’attente muette de la guerre d’avance désirée.

La vie de cet homme étrange, qui ne fut qu’une lutte forcenée, terminée par une mort amère, qu’eût-elle été, si, de ce coup, la ruse déjouée, il se fût abandonné sans effort à la miséricorde s’il eût appelé au secours ? Fût-il devenu un de ces saints dont l’histoire ressemble à un conte, de ces doux qui possèdent la terre, avec un sourire d’enfant roi ?… Mais à quoi bon rêver ? Au moment décisif, il accepte le combat, non par orgueil, mais d’un irrésistible élan. À l’approche de l’adversaire, il s’emporte, non de crainte mais de haine. Il est né pour la guerre ; chaque détour de sa route sera marqué d’un flot de sang

Pléiade, p. 147

En un combat douteux

Ce combat, modèle de tous les combats à venir dans la vie de l’abbé Donissan, il est aisé d’en distinguer les phases. La première victoire que marque l’adversaire se situe au moment où le prêtre se trouve dans l’impossibilité d’implorer le secours divin. Cette impossibilité en effet correspond à une attitude profonde — et involontaire de refus : « la volonté déjà cabrée échappe à la main qui la sollicite : une autre s’en empare, dont il ne faut attendre ni pitié ni merci » (Pléiade, p. 147). Et, sous l’impulsion de cette volonté démoniaque, Donissan s’acharne contre les dons mêmes de Dieu. Contre la joie d’abord :

Cependant, la joie mystérieuse, comme à la pointe de l’esprit veille encore, à peine troublée, petite flamme claire dans le vent… Et c’est contre elle, ô folie ! qu’il va se tourner présent.

Pléiade, p. 147

Celui qui est désormais présent à l’âme de Donissan l’empêche de comprendre, d’accepter dans sa simplicité l’amour de Dieu et le « bonheur d’une paix sans victoire ». Une sorte d’orgueil dément pousse le jeune prêtre à refuser de goûter les fruits de sa paix sans avoir combattu. Au fond, il refuse la gratuité d’un don qui ne se mérite point, ne se conquiert point par les travaux et les combats car :

Si le Seigneur ne bâtit la maison
En vain peinent les maçons 
;
Si le Seigneur ne garde la ville,
en vain la garde veille.
En vain vous levez-vous matin, vous couchez-vous tard et
mangez-vous le pain de la douleur :
Dieu donne plus à son bien-aimé tandis qu’il dort.

Psaume 127, 2

Donissan, lui, refuse de moissonner ce qu’il n’a pas semé et méconnaît l’invitation du maître de la moisson. Ainsi va-t-il s’acharner, avec une sorte de masochisme car les fruits de Satan sont fruits de haine, et c’est d’abord la haine de la créature contre elle-même — détruire ce qu’il prend pour une dangereuse illusion : « il lui faut déraciner cette joie ». Et la fureur démoniaque se résout dans une sorte d’accès de rage contre lui-même.

Mais en s’acharnant contre lui-même, il s’acharne aussi contre son adversaire. Dans un premier temps, lorsqu’il reconnaît la puissance étrangère, Donissan regarde son propre visage dans un miroir : Satan prend, pour ainsi dire, l’apparence de l’homme qu’il tente. Donissan se tourne-t-il vers lui-même, son adversaire pour un instant l’emporte ; se tourne-t-il vers Dieu, son secours, le double dérisoire s’effondre vaincu (c’est ce que l’on voit dans la scène de la rencontre avec le maquignon dont Satan a pris les traits (I, 3 ; Pléiade p. 162-184), et où il est vaincu à la prière). De même, dans l’Évangile, Pierre peut marcher sur les eaux tant qu’il regarde le Christ, mais s’enfonce lorsqu’il se regarde lui-même et se voit perdu dans la tempête.

Ce combat livré par Donissan au moment de se mesurer avec la « tentation du désespoir » se retrouve très exactement dans toutes les grandes scènes de tentation du roman. Cette structure permet de souligner l’ambiguïté qui existe, dans la vie de Donissan, entre l’action divine et l’influence satanique.

On a l’impression que Satan triomphe. Mais en fait, la dernière phase de ce combat appartient à l’invisible protagoniste : Dieu arrache chaque fois Donissan à sa rage destructrice.

La miséricorde et la colère

Il y a plus, et l’épisode de Mouchette est à cet égard exemplaire : les fautes mêmes de Donissan apparaissent comme un instrument de la grâce ; de son action dans les âmes que le prêtre croise en chemin.

Dans un premier temps, la lucidité qui fait reconnaître à Donissan la pécheresse, comme il avait reconnu le juste dans le carrier Jean-Marie Boulainville, est la lucidité d’un surnaturel amour. Il voit, pour ainsi dire, Mouchette avec le regard du Dieu de miséricorde, et c’est cette participation à la tendresse divine qu’il traduit par le mot de pitié :

Que voyez-vous ? demandait-on au saint homme. Quand voyez-vous ? Quel avertissement ? Quel signe ? Et il répétait, d’une voix d’enfant studieux auquel échappe le mot du rudiment : « J’ai pitié… j’ai seulement pitié ! » Ainsi, à la vue de la jeune fille, c’est la lumière de la charité qui éblouit son regard.

Quand il avait rencontré MlleMalorthy sur le bord du chemin, une violente pitié était déjà dans son cœur. N’est-ce point ainsi qu’une mère s’éveille en sursaut, sachant de toute certitude que son enfant est en péril ? La charité des grandes âmes, leur fraternelle compassion semblent les porter d’un coup au plus intime des êtres. La charité, comme la raison, est un des éléments de notre connaissance. Mais si elle a ses lois, ses déductions sont foudroyantes, et l’esprit qui veut les suivre n’en aperçoit que l’éclair.

Pléiade I, 3 ; p. 198

Dans l’affrontement de Donissan et de Mouchette où s’affrontent la haine et l’amour Satan et Dieu —, Donissan surnaturellement voit la vie de Mouchette dans sa vérité : digne d’une infinie pitié plus que de colère ou de mépris. C’est bien cette révélation qui bouleverse la jeune fille : lorsque le prêtre achève de lui conter son histoire, elle est comme dépossédée du souvenir qu’elle conservait jalousement comme un unique et dérisoire trésor : son crime. C’est pour échapper à cette dépossession qu’elle se débat 1. Elle voudrait au moins penser que c’est elle qui a fait l’aveu du meurtre, non qu’elle est livrée transparente à cet amour inconnu. Devant cette pitié débordante, Mouchette la mal-aimée se révolte dans un misérable sursaut d’orgueil.

À ce moment devrait s’achever le rôle de Donissan : la vision surnaturelle lui est en effet retirée. Mais une fois de plus, le jeune prêtre se refuse à s’abandonner humblement à la volonté de Dieu, à partir sans savoir si ses paroles ont, oui ou non, frayé dans le cœur de Mouchette le chemin de l’amour. Une fois de plus, ce refus est un muet appel à celui-là même qui soutenait la révolte de Mouchette chancelante. C’est lui désormais qui semble animer Donissan de cette fureur avec laquelle il s’acharne sur sa misérable victime. Ses premières paroles n’étaient sans doute pas moins violentes mais alors l’animaient le zèle de Dieu, la sainte jalousie pour le Christ, et l’immense pitié pour une âme qui passe à côté de l’amour. À présent, il s’acharne comme furieux d’avoir perdu l’étrange grâce. Il clame maintenant ce don qui lui fut fait, comme pour se mieux convaincre de sa réalité :

Je t’ai vue ! Je t’ai vue comme peut-être aucune créature telle que toi ne fut vue ici-bas. Je t’ai vue de telle manière que tu ne peux m’échapper…

Pléiade I, 3 ; p. 203

Alors, il reconquiert la vision un moment perdue, mais l’origine de ce don n’est plus la même. Cette fois, ce n’est plus la vision de l’amour mais de la haine. Il voit le péché comme en lui-même, dans sa hideur, toute bassesse lui devient transparente.

Et déjà montait dans ses yeux la même lueur de lucidité surhumaine, cette fois dépouillée de toute pitié. Le don périlleux, il l’avait donc conquis de nouveau, par force, dans un élan désespéré capable de faire violence même au ciel. La grâce de Dieu s’était faite visible à ses yeux mortels : ils ne découvraient plus maintenant que l’ennemi, vautré dans sa proie.

Pléiade I, 3 ; p. 204

À ce moment, Donissan se trouve véritablement sous le soleil de Satan. Car c’est bien une lumière qui lui est donnée, mais une lumière glacée. De même Mouchette voyait clairement la misère morale de son amant Gallet. La lumière que donne Satan est comme issue d’un astre qui dessèche tout dans l’impitoyable clarté d’un midi sans ombres, sans reliefs et sans profondeur, soleil aux armes sans pitié. C’est la claritas sine caritate (clarté sans charité), éclatante et inhabitable. Apparemment, il est donné à Donissan de pénétrer une seconde fois au plus profond de l’être, mais en fait, il ne voit pas ce qui fait le fond même : dans le dernier des pécheurs, l’image, défigurée, mais chère encore au cœur du Père, du Fils bien-aimé.

L’offrande à Satan

En apparence donc, Satan, cette fois, a gagné : dans le cœur de Donissan d’abord, ivre de haine et de mépris, mais surtout dans le cœur de Mouchette : n’est-elle pas, cette fois, au fond du désespoir ? Dépossédée de tout ce qui lui donnait l’illusion d’une existence singulière, d’un poids sur la terre, dépouillée, réduite à rien, la voici qui appelle au secours son abominable amant :

C’est alors qu’elle appela du plus profond, du plus intime, d’un appel qui était comme un don d’elle-même — Satan […]. La voici sous nos yeux, cette mystique ingénue, petite servante de Satan, sainte Brigitte du néant… Sa vie est un secret entre elle et son maître, ou plutôt le seul secret de son maître.

Satan alors répond à l’appel de la désespérée, et Mouchette comble la mesure du mal en se donnant la mort (Pléiade I, 3 ; p. 212-213). Cet appel qui est comme un don est parodie de la grâce comme attrait et comme don. Seule la créature humaine peut le faire (et non Satan) en pervertissant la grâce divine. On se livre à Satan parce que Dieu nous donne le pouvoir de nous donner ; Satan ne se donne pas, n’a rien à donner. C’est en quoi la possession diffère du « lui en moi et moi en lui ». Bernanos atteint peut-être ici une limite en tous cas, Sous le soleil de Satan l’atteint il y a un « don offert et reçu » de Satan (p. 213).

L’enfer de la charité

Mais en fait, l’histoire de Mouchette ne s’arrête pas au moment où elle se tranche la gorge devant son miroir c’est une fois de plus Satan qui prend possession du pécheur absorbé dans la contemplation de sa propre image. Bernanos laisse, il est vrai, planer une ambiguïté complète sur la réalité de cette conversion in articulo mortis mise en doute par les autorités ecclésiastiques. Néanmoins, le romancier semble bien suggérer au lecteur que Mouchette est finalement sauvée. Singulier salut, dira-t-on, puisque la conversion passe par un suicide suicide dont Donissan apparaît bien responsable. Mais la condition même du salut de Mouchette n’était-elle pas qu’elle passe par ce dépouillement suprême, par ce comble de pauvreté où l’ont réduite les paroles du prêtre ? Mouchette revenait errer près du château de Cadignan, lieu de son crime, comme pour mieux se convaincre de la réalité du souvenir. Or c’est de ce crime même que Donissan la dépouille et en quelque manière l’absout (absoudre signifie : délier). Après cette étrange « confession » où le prêtre a conté à la pénitente muette sa propre histoire, Mouchette est comme vidée de sa folle illusion. Il ne reste pour ainsi dire plus rien d’elle-même, rien sur quoi Satan puisse assurer sa prise. Celle qui « n’a porté que de faux crimes » n’a plus de rempart à dresser contre la grâce.

Ainsi peut-on penser que l’enfer si constamment présent dans la vie et dans la pensée de Donissan n’y est peut-être que parce que l’étrange prêtre est, dans la main de Dieu, l’instrument de la grâce qui doit vaincre l’enfer même. La vocation propre de Donissan est d’arracher le pécheur à son péché et c’est pourquoi sans doute les puissances de l’ombre tentent de conquérir à la fois le pasteur et son troupeau. Mais jamais, jusqu’au dernier moment, il n’est de sûre victoire.

Un aspect essentiel de la vie de Donissan, c’est une sorte de sacrifice de lui-même offert pour les pécheurs qui lui sont confiés. On sait d’ailleurs quelle tentation il finit par avouer l’abbé Menou-Segrais :

La possession de tant d’âmes par le péché […] m’a souvent transporté de haine contre l’ennemi […]. Pour leur salut, j’ai offert tout ce que j’avais ou posséderais jamais, ma vie d’abord cela est si peu de chose ! — …les consolations de l’Esprit Saint, …mon salut si Dieu le veut !

Pléiade I, 4 ; p. 227

Ainsi la Jeanne d’Arc de Péguy commence par s’écrier :

Ah ! s’il faut, pour sauver de la flamme éternelle
Les corps des morts damnés affolés de souffrance,
Livrer aussi mon corps
à la flamme éternelle,
Mon Dieu, livrez mon corps
à la flamme éternelle.

Et s’il faut, pour sauver de l’absence éternelle
Les âmes des damnés s’affolant de l’absence,
Livrer mon âme même
à l’absence éternelle,
Mon Dieu, livrez mon âme
à l’absence éternelle !

On voit ce qu’un tel vœu peut avoir de blasphématoire : comment en effet la damnation pourrait-elle racheter la damnation ? L’enfer n’est pas une punition que l’on pourrait subir à la place du damné, mais le péché lui-même se voulant lui-même et ne voulant connaître que soi, enfermé en soi. En enfer, « jamais l’innocence ne souffre, car la souffrance elle-même est une faute » (Hegel), celle de voir le feu de l’amour divin comme feu infernal. Comment d’autre part offrir, non pas sa vie, mais la volonté divine de grâce sur nôtre âme, qui nous appartient si peu qu’elle nous destine à lui 2

Pourtant Dieu ne fait point fi de cet amour en délire. On pourrait montrer comment, dans le récit de Bernanos, la vie de l’abbé Donissan reproduit, mais avec un côté lumineux, la nocturne existence de Mouchette. Donissan va jusqu’à vivre lui-même une sorte de suicide spirituel, lorsqu’il s’acharne à détruire en lui-même la flamme de l’espérance. Ainsi, il y a une sorte d’échange, de rachat, par lequel Donissan, le serviteur de Dieu, en vivant lui-même l’enfer, paie rançon pour la « petite servante de Satan ». Sa prière sacrilège, Dieu l’exauce en la tournant de telle sorte qu’elle ne soit plus une offense à l’amour divin : Donissan implorait l’enfer en échange des âmes, il lui est donné de se tenir en enfer sur la terre.

L’histoire de l’abbé Donissan est l’histoire d’une âme qui, tout au long de son cheminement, est l’objet d’un débat entre la haine et l’amour. Aussi est-ce l’histoire d’un combat. Ce combat, le prêtre, même lorsqu’il croit aspirer à la paix, l’appelle, au fond, de son vœu le plus cher, en soldat de Dieu. Mais surtout, il l’appelle par son désir passionné de s’offrir en sacrifice pour les âmes ; jusque dans les dangereux excès où il semble près d’être vaincu par l’ennemi, il reste le berger qui veut donner sa vie pour ses brebis. Le danger est pour lui d’offrir plus que sa vie terrestre : sa vie éternelle, et de se perdre ainsi avec eux qu’il voulait sauver, dans un désespoir fraternel avec Mouchette la suicidée. Il faut toute une vie à ce violent pour apprendre que le ciel ne souffre violence que de l’amour.

Martine Bottino, in Résurrection n°40 (1972)

1. Un magnifique passage (1,3 ; Pléiade, p. 204-207) nous fait assister à une sorte d’autopsie des traces du péché originel chez Mouchette. Son péché est pris dans la toile des péchés de tous ses ancêtres. La solidarité dans le péché est l’envers de la communion des saints, qui seule peut la défaire. À partir du Christ ressuscité, l’exultation devant le Dieu-avec-nous remonte les générations (par exemple jusqu’à Abraham, cf. saint Irénée, Contre les Hérésies, IV, 7, 1), et, avec la joie de la résurrection, la lumière aimante du jugement.

2. On remarquera l’emploi du verbe posséder dans la citation de Bernanos et l’accumulation des possessifs dans celle de Péguy.

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Nécessité d’un message apologétique

La prière du Christ sur la Croix qui disait « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font » (Lc 23, 34) conserve toute son actualité aujourd’hui. Que de fois aujourd’hui, le Christ et son Église sont raillés, moqués, critiqués par simple ignorance… cette inculture religieuse profonde et généralisée permet de charrier tout un flux de […]

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En Trinitant… Abbé Georges Périé, Baptisez les nations au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit

La première manière de parler de Dieu, c’est de reconnaître notre ignorance, l’impossibilité de dire quoi que ce soit de véritable au sujet de Dieu. Un peu comme quand on aime quelqu’un. Les religions parlent de Dieu comme de la source de ce qui existe mais avec des images terrestres qui sont toujours imparfaites.
De Jésus, nous parlons cependant comme d’un homme qui sait qu’il est Dieu se déclame égal de Dieu mais comme Fils Unique. Il établit donc une distinction entre Dieu Père et lui-même. Cependant, il répète qu’il n’est que la Parole exacte de tout ce que veut le Père. Si Jésus n’était pas pleinement Dieu, il ne serait qu’un intermédiaire que l’on pourrait contester. Et si Jésus est Dieu c’est que Dieu nous parle d’une manière humaine avec toute la difficulté et la pauvreté de notre vocabulaire.

Le mot Esprit Saint n’appartient pas à ce vocabulaire familial. S’il est une troisième réalité mystérieuse de Dieu, c’est qu’il procèdeà la fois et du Père et du Fils.

Il est à la fois l’Esprit du Père et l’Esprit du Fils puisqu’il est le seul amour qui les unit comme la respiration est inséparablement un donner et un recevoir, un aller et retour, une volonté et une action commune. Dieu est bien Uniqueet totalement parfait. Pourtant il y a en lui quelque chose que nos philosophes ne prévoient pas, une surabondance de présence et d’amour. Il est à la foi un MOI et un TOI et un NOUS ; que nous avons appelés des Personnes. Pourquoi ?

Nous comprenons que nous sommes une personne quand nous parlons à quelqu’un à qui nous pouvons dire « je suis moi et je ne suis pas toi ». C’est vrai aussi de toutes les autres relations qui ne sont pas une parole. Ainsi nous nous sentons reconnus comme semblables et comme différents. En alliance ou en conflit, Dieu est-il une personne comme cela ? Oui puisqu’il est une Parolepour nous. Il est capable de parler à un autre que lui-même, même à quelqu’un qu’il a créé lui-même. Mais nous ne savons pas comment lui répondre. Seule la voix humaine de Jésus peut répondre au Père. Et l’Évangile nous dit que cette réponse, au nom de l’humanité, est dans la logique de la relation en Dieu entre le Père et le Fils. Comme si quelque chose de l’amour qui est en Dieu avait un reflet dans notre vie humaine. Comme si notre amour pouvait avoir un caractère sacré.

Comment peut-on parler de Dieu comme Trois Personnes en un Dieu unique ? En latin le mot personna désignait le masque que portaient les acteurs dans les théâtres pour se faire reconnaître de loin et cela servait aussi de porte-voix. Mais on ne peut pas dire que Dieu joue trois personnages différents en restant le même, il y a une vérité plus profonde. Nous pouvons comprendre qu’il y a en Dieu trois manières d’aimer distinctes et inséparables, comme pour nous à notre très petite échelle quand nous sommes aimés, quand nous donnons à l’autre de l’amour et quand cet amour se voit par une action, un changement de vie, un bonheur nouveau. Il y a comme une histoire qui se déroule : d’abord, la certitude que Dieu nous aime le premier comme un Père ; Ensuite, que nous pouvons répondre à cet amour par Jésus ; Enfin, que l’Esprit de Dieu nous fait vivre cela.

« Soyez baptisés » dit Jésus, dans cet amour qui se montre avec trois visages ou plutôt qui nous pousse en lui dans une histoire. Le Père n’en finit pas de nous créer à son image. Le Fils n’en finit pas de se donner à nous pour nous donner au Père. L’Esprit n’en finit pas de nous réveiller pour aller travailler à la vigne du Père. Le péché s’efforce d’obscurcir tout cela, comme quelqu’un qui dirait : « Mon Dieu faites que ceux que j’aime voient leurs désirs et leur prières se réaliser sans que j’aie à m’en occuper ».

Abbé Georges Périé
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En Trinitant… Abbé Georges Périé, Baptisez les nations au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit

La première manière de parler de Dieu, c’est de reconnaître notre ignorance, l’impossibilité de dire quoi que ce soit de véritable au sujet de Dieu. Un peu comme quand on aime quelqu’un. Les religions parlent de Dieu comme de la source de ce qui existe mais avec des images terrestres qui sont toujours imparfaites.
De Jésus, nous parlons cependant comme d’un homme qui sait qu’il est Dieu se déclame égal de Dieu mais comme Fils Unique. Il établit donc une distinction entre Dieu Père et lui-même. Cependant, il répète qu’il n’est que la Parole exacte de tout ce que veut le Père. Si Jésus n’était pas pleinement Dieu, il ne serait qu’un intermédiaire que l’on pourrait contester. Et si Jésus est Dieu c’est que Dieu nous parle d’une manière humaine avec toute la difficulté et la pauvreté de notre vocabulaire.

Le mot Esprit Saint n’appartient pas à ce vocabulaire familial. S’il est une troisième réalité mystérieuse de Dieu, c’est qu’il procèdeà la fois et du Père et du Fils.

Il est à la fois l’Esprit du Père et l’Esprit du Fils puisqu’il est le seul amour qui les unit comme la respiration est inséparablement un donner et un recevoir, un aller et retour, une volonté et une action commune. Dieu est bien Uniqueet totalement parfait. Pourtant il y a en lui quelque chose que nos philosophes ne prévoient pas, une surabondance de présence et d’amour. Il est à la foi un MOI et un TOI et un NOUS ; que nous avons appelés des Personnes. Pourquoi ?

Nous comprenons que nous sommes une personne quand nous parlons à quelqu’un à qui nous pouvons dire « je suis moi et je ne suis pas toi ». C’est vrai aussi de toutes les autres relations qui ne sont pas une parole. Ainsi nous nous sentons reconnus comme semblables et comme différents. En alliance ou en conflit, Dieu est-il une personne comme cela ? Oui puisqu’il est une Parolepour nous. Il est capable de parler à un autre que lui-même, même à quelqu’un qu’il a créé lui-même. Mais nous ne savons pas comment lui répondre. Seule la voix humaine de Jésus peut répondre au Père. Et l’Évangile nous dit que cette réponse, au nom de l’humanité, est dans la logique de la relation en Dieu entre le Père et le Fils. Comme si quelque chose de l’amour qui est en Dieu avait un reflet dans notre vie humaine. Comme si notre amour pouvait avoir un caractère sacré.

Comment peut-on parler de Dieu comme Trois Personnes en un Dieu unique ? En latin le mot personna désignait le masque que portaient les acteurs dans les théâtres pour se faire reconnaître de loin et cela servait aussi de porte-voix. Mais on ne peut pas dire que Dieu joue trois personnages différents en restant le même, il y a une vérité plus profonde. Nous pouvons comprendre qu’il y a en Dieu trois manières d’aimer distinctes et inséparables, comme pour nous à notre très petite échelle quand nous sommes aimés, quand nous donnons à l’autre de l’amour et quand cet amour se voit par une action, un changement de vie, un bonheur nouveau. Il y a comme une histoire qui se déroule : d’abord, la certitude que Dieu nous aime le premier comme un Père ; Ensuite, que nous pouvons répondre à cet amour par Jésus ; Enfin, que l’Esprit de Dieu nous fait vivre cela.

« Soyez baptisés » dit Jésus, dans cet amour qui se montre avec trois visages ou plutôt qui nous pousse en lui dans une histoire. Le Père n’en finit pas de nous créer à son image. Le Fils n’en finit pas de se donner à nous pour nous donner au Père. L’Esprit n’en finit pas de nous réveiller pour aller travailler à la vigne du Père. Le péché s’efforce d’obscurcir tout cela, comme quelqu’un qui dirait : « Mon Dieu faites que ceux que j’aime voient leurs désirs et leur prières se réaliser sans que j’aie à m’en occuper ».

Abbé Georges Périé

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