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juillet 2016

L’urgence du long terme

Entretien paru dans Le Point du 28 juillet 2016. Propos recueillis par Saïd Mahrane. Pour les terroristes de l’Etat islamique, tout est permis – jusqu’à égorger un prêtre – précisément parce que Dieu existe. Que peut-on opposer, en dehors des minutes de silence et des appels à l’union nationale, à ce nihilisme d’un nouveau genre ? Peut-être …

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Aux JMJ pour “retrouver“ la foi ?

« Je ne sais plus si je crois en Dieu. » Confidence étonnante entendue à plusieurs reprises. Étonnante car reçue de la par de jeunes qui participent au JMJ.

Ce n’est pas rien de prendre 15…

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« Le désespoir n’est pas une option. »

Entretien paru dans le Figaro du 27 juillet 2016. Deux islamistes ont pris mardi matin en otage un curé, deux sœurs et deux fidèles à Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen. Le prêtre a été assassiné. Après Nice, que vous inspire ce nouvel acte de terreur ? Il y a quelque chose de pire que l’horreur, c’est la répétition de l’horreur. Il …

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En régénérant… Mark Shepard, De l’agriculture à la permaculture


MESSAGE AUX NOUVEAUX PIONNIERS DE L’AGRICULTURE PÉRENNE

Je vois des millions de vertes collines recouvertes d’arbres fructifiant et des millions de fermes familiales bien ordonnées blotties dans ces collines. Ces belles fermes forestières occupent les collines de Boston à Austin, d’Atlanta à Des Moines. Dans ma vision, les exploitations agricoles sont adaptées à ces collines et remplacent les pâturages pauvres, les ravines, et les terrains abandonnés qui caractérisent aujourd’hui de si nombreuses collines. Les terres non labourées sont partiellement ombragées par des arbres fruitiers (mûriers, plaqueminiers, féviers, noyers noirs greffés, noyers du Japon greffés, caryers greffés, chênes greffés, et autres arbres donnant des fruits. L’herbe sous ces arbres est meilleure que celle qui recouvre les collines aujourd’hui.

J. Russell Smith, in Tree Crops : A Permanent Agriculture (1929)

Je suis persuadé qu’une révolution peut commencer partir de ce brin de paille. Au premier coup d’œil, ce brin de riz peut sembler léger et insignifiant. Peu de gens croiraient qu’il peut initier une révolution. Mais je me suis rendu compte du poids et du pouvoir de ce brin de paille. Pour moi, cette révolution est bien réelle.

Masanobu Fukuoka, in La Révolution d’un seul brin de paille : Une introduction à l’agriculture sauvage
(2005
en France, 1975 au Japon, 1985 aux États-Unis)

Dans un monde où nous sommes en train de perdre forêts, espèces, et écosystèmes entiers, il y a trois réponses concomitantes et parallèles pour l’environnement :

–> Soigner les ensembles naturels survivants pour que la nature sauvage puisse se guérir elle-même.

–> Réhabiliter les terres dégradées ou érodées à l’aide d’espèces pionnières et d’ensembles de plantes vivaces (arbres, arbustes, plantes couvre-sol).

–> Créer nos propres environnements complexes de vie grâce à toutes les espèces que nous pouvons sauver ou dont nous avons besoin, de quelque endroit du monde qu’elles viennent.

Ce qui est nouveau et qu’on néglige souvent, c’est que n’importe quel système conçu avec du bon sens, au service des communautés humaines, est révolutionnaire.

Bill Mollison in A Designer’s Manual (1988)

L’humanité, et toute la planète, est à un tournant aujourd’hui, au début du XXIesiècle. Les données recueillies partout montrent que nous sommes entrés dans la sixième grande extinction massive des espèces. Et pourtant, certains continuent à le nier et affirment que le changement global qui nous entoure n’est qu’une moyenne statistique à long terme, et qu’on ne peut pas prouver que ce sont les activités humaines qui causent ces extinctions massives d’espèces et sont en train de transformer l’atmosphère en quelque chose que notre planète n’a jamais connu de toute son histoire. Pour les besoins de la discussion, admettons. L’homme n’est peut-être pas à l’origine de la plus grande extinction des espèces depuis l’âge des dinosaures et peut-être que le CO2 émis par l’utilisation des combustibles fossiles n’est pas la cause des perturbations climatiques, mais nous pouvons affirmer que… depuis les débuts des civilisations humaines modernes, les hommes ont anéanti des centaines de millions de kilomètres carrés d’écosystèmes de la planète en dénudant le sol pour planter les semences de nos plantes annuelles. Certains citent la sagesse d’anciens manuscrits pour affirmer que c’est le droit et l’objectif de l’humanité de « soumettre et d’assujettir les oiseaux du ciel et les animaux des champs »1. Mais c’est ainsi que l’homme a tout détruit au lieu de les rendre inoffensifs, en oubliant opportunément les responsabilités qui vont de pair avec une domination bienveillante.

Nous avons une responsabilité vis-à-vis de toute vie sur notre planète. Notre statut privilégié d’êtres pensants doués de conscience et capables de créer des formes sociales complexes, des véhicules qui peuvent aller sur la lune, ou des armes capables de détruire cinq millions d’âmes en un clin d’œil, s’accompagne d’une responsabilité ultime. Nous sommes responsables, non seulement de la vie humaine, mais aussi de la santé et du bien-être de toute la vie sur terre, et pas seulement de la vie humaine. Ce qui nous ramène à l’une des interprétations des principes premiers de la permaculture : la seule décision éthique que nous pouvons prendre est d’être responsables de notre propre existence et de celle de nos enfants.

Oui, nous sommes à un tournant. Nous arrivons à un moment de l’histoire où les technologies évoluent plus vite que jamais. Nous vivons à une époque où les populations humaines n’ont jamais été aussi grandes et où la majeure partie de l’humanité vit dans des villes plutôt que dans des milieux naturels. Et de fait, nous vivons une époque où très peu de milieux peuvent être considérés comme naturels. Le vent emporte des sacs en plastique qui se retrouvent au sommet de montagnes les plus isolés du monde. La radioactivité des armes nucléaires et de la fission des centrales électriques se retrouve en Antarctique et dans la graisse des animaux marins. La tâche qui nous attend est énorme mais elle n’est pas impossible.

Elle n’est pas impossible parce que nous sommes là, nous qui avons atteint le stade où, livre en main, nous allons agir. Nous allons nous charger de redonner la santé, la vitalité et la productivité à notre planète. Nous, les fermiers en agriculture de régénération, nous le ferons tout en créant des entreprises durables et rentables.

Nous venons peut-être de milieux socio-économiques différents, nous n’avons peut-être pas la même couleur de peau ni les mêmes points de vue religieux ou politiques, mais nous avons une chose en commun : nous agissons. Quand il s’agit de créer des écosystèmes pour garantir l’abondance du futur, il n’est plus temps de tergiverser : plantez, s’il vous plaît, des tas de pacaniers 2 !

Nous devons tous manger. Nous mangeons tous et, quel que soit l’endroit où nous vivons, nous pouvons tous prendre la responsabilité de restaurer des polycultures pérennes productrices d’aliments. Nous pouvons nous charger, personnellement, de transformer les milieux naturels qui nous entourent en plantant des systèmes d’arbres, d’arbustes, de plantes grimpantes, de fruits à tiges, de champignons, du fourrage, et élever des animaux, qui fourniront à peu de frais des récoltes abondantes d’aliments hautement nutritifs pour l’humanité, pour l’éternité.

Qui va faire tout cela ? Vous et moi.

Nous ne pouvons plus nous permettre d’attendre que les universités ou les gouvernements, ou n’importe qui d’autre s’y mettent. Nous ne pouvons plus attendre que d’autres études se fassent ou qu’on trouve les variétés optimales. Nous ne pouvons pas attendre des incitations ou des programmes à coûts partagés qui peuvent très bien ne jamais arriver et dont la paperasserie bureaucratique risque de nous paralyser. Nous ne pouvons pas renoncer au pouvoir révolutionnaire de chacun d’entre nous et attendre qu’une organisation parfaite, que nous appelons de nos vœux, se mette en place.

C’est à nous de le faire, et c’est maintenant. Nous sommes tous embarqués, en tant que fermiers, colons ou propriétaires terriens, dans un voyage qui durera le restant de nos jours.

Nous devons convertir nos exploitations d’annuelles en écosystèmes de polycultures pérennes. Un arbre après l’autre. Une plante grimpante après l’autre. Encore et encore, aussi longtemps que nous vivrons (je ne lâcherai mon plantoir que lorsqu’on détachera de sa poignée mes doigts engourdis par la mort). C’est un voyage d’un millier de miles qui commence par un seul pas. Mettez un pied devant l’autre et ne vous arrêtez pas.

En tant que producteurs de nourriture, nous gérons bien plus de terres que nos frères des zones urbaines et périurbaines. Nous sommes donc à même de produire des tonnes de surplus alimentaire pour nourrir les cités. Nous détenons le pouvoir de gestion sur des centaines de milliers d’acres, par conséquent, nous avons la capacité d’initier un changement écologique à grande échelle. Eh oui, l’augmentation du nombre de fermiers qui mettent en œuvre les méthodes d’agriculture de régénération permettra de constater que rivières, lacs, et cours d’eau d’Amérique du Nord deviennent véritablement plus propres, et que les zones mortes du golfe du Mexique, de la Chesapeake Bay, et dans d’autres endroits pollués diminuent spectaculairement. Les fruits de mer et les poissons d’eau douce seront plus abondants et en meilleure santé. Les coûts des productions agricoles baisseront dans tout le pays. Notre dépendance sur les combustibles fossiles diminuera. Les pollinisateurs sauvages auront plus d’espace pour s’épanouir, et les oiseaux migrateurs insectivores trouveront plus de nourriture et auront plus de couloirs de migration.

Prenons par exemple une ferme carréede 160 acres (env. 64 ha). Son périmètre est de 2 miles (3,2 km). Si on divise cette surface en 4 carrés de 40 acres (env. 16 ha), elle donnerait encore un mile (1,6 km) de lignes de clôtures intérieures où l’on pourrait planter des polycultures vivaces. Si nous nous contentions de planter un seul rang de polycultures vivaces sur chaque parcelle de 40 acres à la place des 95 millions d’acres (environ 38 millions d’ha) de soja cultivés aux Etats-Unis, cela ferait quasiment 2 millions de miles (3,2 millions de km) de systèmes pérennes de production alimentaire. Deux millions de miles ! Des systèmes linéaires de ce gabarit formeraient une ligne continue de polyculture pérenne qui sillonnerait le pays près de 650 fois. Le pouvoir multiplicateur de l’agriculture de régénération pour la ruralité du pays est réellement renversant.

Cependant, puisque la plupart des états-uniens ne vivent pas à la campagne mais plutôt dans les banlieues et les villes, que peuvent faire les citadins ?

« Nous sommes ce que nous mangeons ». Il semblerait, à l’heure actuelle, que la majorité des états-uniens soient des poulets ! (et la plupart des poulets sont faits de maïs et de soja génétiquement modifiés). Il faut oser et ne pas avoir peur. Nous planterons des systèmes alimentaires écologiques pérennes dans tous les coins et recoins de toutes les parcelles périurbaines et urbaines, et beaucoup partiront de là pour planter dans les parcelles abandonnées, les espaces entre les voies de chemins de fer, dans les ruelles, et partout où un noisetier, un noyer, ou un framboisier peut trouver sa place. Même s’il n’y trouve pas sa place, nous le laisserons libre de faire son chemin. Quand nous nous serons entourés de tous côtés par des systèmes de production alimentaire pérennes, nous aurons fait un grand pas vers plus de sécurité alimentaire en tant que nation. Pourquoi est-ce que des gens parfaitement bien intentionnés restent assis à discuter pour savoir comment résoudre le problème des déserts alimentaires urbains au lieu d’être dehors à planter de la nourriture dans les déserts en question ?

Tous ! Partout !

Si vous ne plantez pas des systèmes de production alimentaire partout, échangez votre régime d’annuelles contre un régime de vivaces, en mangeant surtout des aliments produits par des fermiers en agriculture de régénération. Votre alimentation créera la demande du marché qui tire les méthodes de production. Allez chez votre épicier du coin et demandez-lui de vendre des aliments pérennes, surtout les aliments produits par les fermiers permaculturels en agriculture de régénération. Ou, encore mieux, trouvez près de chez vous un fermier en agriculture de régénération et achetez directement chez lui ou, à tout le moins, faites connaissance et présentez l’épicier au fermier pour qu’ils puissent entamer le duo qui transformera et la façon dont nous nous nourrissons et l’écologie de notre planète.

L’augmentation des ventes à l’épicerie incitera les fermiers à planter plus de systèmes ligneux pérennes. L’argent que vous dépensez pour vous nourrir est essentiel pour créer la nouvelle dynamique vers l’agriculture pérenne. Au lieu d’acheter des haricots et du riz, achetez plus de fruits des vergers, des noix, des baies, des jus de fruits au lieu de lait, et des produits issus d’animaux nourris à l’herbe.

Créer une organisation à but non lucratif pour attirer l’attention sur nos problèmes de production alimentaire n’est utile que si cette cause est ancrée dans la réalité du terrain. Ces derniers temps, le monde est submergé de coquilles vides à but non lucratif qui ne font que parler ou faire prendre conscience d’un problème. Elles n’ont aucune réalité concrète sur le terrain pour montrer à quoi le monde ressemblerait s’il fonctionnait selon les méthodes qu’elles préconisent. Si vous connaissez une de ces organisations ou si vous en faites partie vous-même, il est temps d’en faire quelque chose de concret. Faites de votre vision d’un avenir sain, abondant, et verdoyant, une réalité sur le terrain. Pas à pas, encore et encore. Rien d’autre.

Growing Power, fondé par Will Allen à Milwaukee, Wisconsin, est un exemple remarquable d’une vraie organisation à but non lucratif. Au lieu de se contenter de parler des déserts alimentaires et de la faim dans les villes, Growing Power bâtit des serres et des jardins dans lesquels on élève des chèvres, des volailles, des vers de terre, des légumes et du poisson, dans des systèmes fortement intégrés au cœur des villes. Growing Power a pris aujourd’hui une envergure nationale surtout parce que, je crois, elle fait réellement quelque chose. Elle fait vraiment pousser de la nourriture et elle forme des gens pour qu’ils le fassent en milieu urbain. Elle ne fait pas que d’en parler, elle aide à résoudre le problème des déserts alimentaires.

Les auteurs de blogs sans contenu ne comprennent pas non plus tout à fait ce qu’est l’agriculture de régénération même si ce qu’ils écrivent donne l’impression que si. Et même, de nombreux blogs sur la permaculture et sur l’agriculture de régénération ne comprennent pas la situation. Des douzaines de blogueurs très populaires commentent la permaculture et l’agriculture de régénération sans avoir l’expérience du terrain. Je connais même quelques auteurs qui ont écrit des livres et des matériels pédagogiques, résultats de longues années de recherches minutieuses. Ils donnent des conférences sur le sujet, puis s’assoient pour manger un sandwich au falafel certifié bio, fait avec des céréales annuelles. Ils ne font même pas pousser un plant de brocoli vivace ni un buisson de noisetiers dans le jardin devant leur immeuble.

Sur notre planète aujourd’hui la réalité concrète doit prendre le pas sur la réalité virtuelle. L’urgence de la situation exige que nous ne nous contentions pas d’être, mais de faire, et surtout, de ne pas nous contenter de parler. Quand vous aurez implanté votre système, vous aurez de quoi parler. À partir du moment où vous aurez planté votre premier arbre, vous trouverez à tout instant des gens de tous niveaux de compétence et à diverses étapes de succession en agriculture de régénération avec qui échanger.

L’urgence de la situation demande que nous plantions des systèmes de polyculture partout et de ne plus résister, procrastiner, discuter à n’en plus finir, ou à trouver des excuses pour notre inaction. Nous devons faire ce que nous prêchons.

Faites-le d’abord et parlez-en ensuite, pas le contraire.

Nous devons commencer tout de suite, là où nous nous sommes, avec les ressources dont nous disposons. Un arbre après l’autre, inlassablement, pour l’éternité.

Si, après avoir lu ce livre, vous décidez de ne pas mettre en application au moins quelques-unes des stratégies qu’il présente, faites un trou, jetez le dedans, et plantez un pécanier par-dessus. Ce livre aura au moins servi à cela. Mieux encore, donnez-le à quelqu’un qui fera quelque chose.

Quand nous aurons commencé, nous nous organiserons et collaborerons pour appliquer cette agriculture à une grande échelle. Il faut que les producteurs ruraux s’organisent s’ils veulent transformer de manière efficace leurs produits ligneux comestibles pour en faire des aliments à valeur ajoutée pour la consommation de leurs partenaires urbains et périurbains. La relation entre producteurs et consommateurs d’aliments est une symbiose qui permet de recréer des écologies pérennes de produits alimentaires sains. Oui, on peut à la fois avoir une planète verte et saine et manger des chips de noisettes au fromage !

Il fut un temps, avant que l’histoire soit écrite, où le monde était dominé par des reptiles géants, les dinosaures. À l’époque de leur gloire, avant leur disparition définitive, les dinosaures étaient vraiment extraordinaires. Certains étaient aussi grands qu’un immeuble de deux étages, et d’autres aussi longs qu’un wagon. Il fallait donc, juste à cause de sa taille, qu’un dinosaure consomme littéralement des tonnes de nourriture rien que pour se maintenir en vie. C’est un bon exemple d’un système d’organisation linéaire descendante de dimensions titanesques. Le fonctionnement de l’économie globalisée et de ses organes gouvernementaux se rapproche beaucoup aujourd’hui de ce qu’était un dinosaure. Un tout petit cerveau, avec l’aide peut-être de quelques autres cerveaux minuscules le long de sa colonne vertébrale, mène la barque. Il faut une quantité phénoménale d’énergie juste pour faire marcher la machine, et tout changement prend une éternité. La majorité des dinosaures se spécialisa, autant dans leur nourriture que dans leurs habitats. De même, les gouvernements d’aujourd’hui semblent voir les choses uniquement à partir de leur propre perspective, pas de celle du commun des mortels. Les dinosaures n’avaient qu’une connaissance limitée de leur propre niche écologique, et leurs fossiles prouvent qu’ils ne pouvaient pas s’adapter facilement aux changements.

Les mammifères ont commencé à apparaître vers la fin du règne des dinosaures. Ces petites créatures, qui ressemblaient à des souris et qui se déplaçaient rapidement, s’adaptèrent aux nouvelles conditions de vie. Au lieu d’être une créature de 3 tonnes de biomasse avec un cerveau de la taille d’une noix, 3 tonnes de souris correspondaient probablement à 20 000 ou 30 000 individus avec chacun son propre cerveau pour prendre des décisions et pour interagir au niveau collectif. Nous connaissons tous cette histoire. Les souris finirent par prendre le dessus et les dinosaures disparurent, à l’exception de quelques espèces reliques ou, peut-être, d’un monstre marin non encore découvert. Il a suffi qu’une météorite s’écrase au Mexique pour modifier les conditions du système à une telle vitesse que les dinosaures ne purent s’adapter. En revanche, l’intelligence décentralisée et en réseau des multitudes de souris leur permit de s’adapter. Prise individuellement, chacune des souris n’aurait peut-être pas su s’adapter, mais la population dans son ensemble pouvait le faire et elle l’a fait. Elle a survécu.

Le monde des organisations hiérarchiques, de commandement et de contrôle descendants, touche à sa fin. L’époque où des rois régnaient sur des royaumes entiers a cédé la place dans de nombreux endroits à la démocratie, et dans d’autres à des ploutocraties et des kleptocraties. L’époque des entreprises géantes fonctionnant avec la hiérarchie descendante faite de PDG, d’équipes dirigeantes, d’équipes de cadres, de personnels administratifs, de fabrication et de distribution, vit ses derniers jours.

Même au faîte de leur gloire, quand ils étaient les plus gros et les plus féroces, les dinosaures étaient condamnés d’avance. Leur règne s’est achevé. Les souris avaient gagné. La nature a montré, souvent et toujours, que le gigantisme n’a qu’une efficacité limitée. Dès qu’un organisme devient trop gros et trop spécialisé, il devient mortellement vulnérable au moindre changement dans le système écologique et son extinction devient certaine. Les anthropologues ont montré maintes et maintes fois qu’une organisation hiérarchique qui devient trop étendue et trop complexe finit par atteindre un point où l’énergie nécessaire à l’entretenir dépasse de loin les avantages que le gigantisme pouvait lui apporter.

L’économie globale a atteint ce point. Bien des raisons définissent ce point, mais la principale dont nous traitons dans ce livre, c’est qu’aucun système fondé sur la destruction et l’extraction ne peut persister longtemps. L’économie mondiale actuelle se nourrit d’un système d’agriculture annuelle qui, de par sa nature, est obligée de détruire des écosystèmes pour planter du riz, du blé, du maïs, des haricots, etc., et la liste est longue. Ce processus hautement spécialisé, borné et à court-terme, a toujours entraîné l’effondrement des sociétés qui l’ont adopté. La perte de terre arable, qui entraîne la perte de fertilité du sol, a pour résultat de produire des aliments de plus en plus pauvres en nutriments pour des populations qui vivent dans des sociétés de plus en plus complexes, qui consomment plus d’énergie pour se maintenir qu’elles n’en gagnent grâce à ce processus de maintenance. Les résultats scolaires baissent ? L’obésité et le diabète infantiles augmentent ? Ces problèmes ne sont pas causés par le conservatisme ou le progressisme 3. Ils sont dus à une trop grande spécialisation, au gigantisme, à la complexité sociétale excessive, et se nourrissent des calories creuses qu’apportent les annuelles cultivées dans des sols de plus en plus toxiques et de plus en plus stériles.

Cela aussi, passera… C’est terminé. L’agriculture dinosaure, industrielle, Big-Ag, qui cultive des monocultures, est en train de se tordre de douleur et vit ses dernières heures. Espérons que ses dernières convulsions ne seront pas trop traumatisantes. Le système simpliste et réducteur des cultures annuelles est en voie d’être supplanté par l’étape suivante de succession. Comme la gravitation, rien n’arrêtera le processus de succession naturelle. La vie sur terre est en train de prendre le virage. Les mauvaises herbes annuelles (qu’on appelle récoltes) céderont la place à des herbages vivaces qui nourriront de multitudes de formes de vie. Les arbustes et les arbres qui aiment le soleil et qui donnent des fruits à coques et autres seront légions. Les plantes grimpantes et à tiges ployant sous les fruits grimperont sur les jeunes arbres et sur les débris du passé à venir. Vous ne pouvez pas arrêter les successions. Vous le savez, vous, parce que dans vos jardins, vous n’avez jamais pu empêcher les mauvaises herbes de proliférer.

Je sais que le tournant a été pris. Le vieux monde est mort et la nouvelle planète, luxuriante et vivante, est en train de naître. Je le sais parce que cette petite souris que je suis… plante des arbres. Vous joindrez-vous à moi ?

Tout commence avec vous.

1. Résumé un peu déformé d’un verset de la Bible (Genèse 1, 28). [NdT]

2. Carya illinoinensis, le pacanier vient comme son nom latin l’indique d’Illinois, et donne les noix de pécan, appelées aussi… pacanes. [NdVI]

3. L’auteur parle du libéralisme, ce qui en Amérique du Nord, équivaut presque à extrême gauche. [NdT]

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En régénérant… Mark Shepard, De l’agriculture à la permaculture


MESSAGE AUX NOUVEAUX PIONNIERS DE L’AGRICULTURE PÉRENNE

Je vois des millions de vertes collines recouvertes d’arbres fructifiant et des millions de fermes familiales bien ordonnées blotties dans ces collines. Ces belles fermes forestières occupent les collines de Boston à Austin, d’Atlanta à Des Moines. Dans ma vision, les exploitations agricoles sont adaptées à ces collines et remplacent les pâturages pauvres, les ravines, et les terrains abandonnés qui caractérisent aujourd’hui de si nombreuses collines. Les terres non labourées sont partiellement ombragées par des arbres fruitiers (mûriers, plaqueminiers, féviers, noyers noirs greffés, noyers du Japon greffés, caryers greffés, chênes greffés, et autres arbres donnant des fruits. L’herbe sous ces arbres est meilleure que celle qui recouvre les collines aujourd’hui.

J. Russell Smith, in Tree Crops : A Permanent Agriculture (1929)

Je suis persuadé qu’une révolution peut commencer partir de ce brin de paille. Au premier coup d’œil, ce brin de riz peut sembler léger et insignifiant. Peu de gens croiraient qu’il peut initier une révolution. Mais je me suis rendu compte du poids et du pouvoir de ce brin de paille. Pour moi, cette révolution est bien réelle.

Masanobu Fukuoka, in La Révolution d’un seul brin de paille : Une introduction à l’agriculture sauvage
(2005
en France, 1975 au Japon, 1985 aux États-Unis)

Dans un monde où nous sommes en train de perdre forêts, espèces, et écosystèmes entiers, il y a trois réponses concomitantes et parallèles pour l’environnement :

–> Soigner les ensembles naturels survivants pour que la nature sauvage puisse se guérir elle-même.

–> Réhabiliter les terres dégradées ou érodées à l’aide d’espèces pionnières et d’ensembles de plantes vivaces (arbres, arbustes, plantes couvre-sol).

–> Créer nos propres environnements complexes de vie grâce à toutes les espèces que nous pouvons sauver ou dont nous avons besoin, de quelque endroit du monde qu’elles viennent.

Ce qui est nouveau et qu’on néglige souvent, c’est que n’importe quel système conçu avec du bon sens, au service des communautés humaines, est révolutionnaire.

Bill Mollison in A Designer’s Manual (1988)

L’humanité, et toute la planète, est à un tournant aujourd’hui, au début du XXIesiècle. Les données recueillies partout montrent que nous sommes entrés dans la sixième grande extinction massive des espèces. Et pourtant, certains continuent à le nier et affirment que le changement global qui nous entoure n’est qu’une moyenne statistique à long terme, et qu’on ne peut pas prouver que ce sont les activités humaines qui causent ces extinctions massives d’espèces et sont en train de transformer l’atmosphère en quelque chose que notre planète n’a jamais connu de toute son histoire. Pour les besoins de la discussion, admettons. L’homme n’est peut-être pas à l’origine de la plus grande extinction des espèces depuis l’âge des dinosaures et peut-être que le CO2 émis par l’utilisation des combustibles fossiles n’est pas la cause des perturbations climatiques, mais nous pouvons affirmer que… depuis les débuts des civilisations humaines modernes, les hommes ont anéanti des centaines de millions de kilomètres carrés d’écosystèmes de la planète en dénudant le sol pour planter les semences de nos plantes annuelles. Certains citent la sagesse d’anciens manuscrits pour affirmer que c’est le droit et l’objectif de l’humanité de « soumettre et d’assujettir les oiseaux du ciel et les animaux des champs »1. Mais c’est ainsi que l’homme a tout détruit au lieu de les rendre inoffensifs, en oubliant opportunément les responsabilités qui vont de pair avec une domination bienveillante.

Nous avons une responsabilité vis-à-vis de toute vie sur notre planète. Notre statut privilégié d’êtres pensants doués de conscience et capables de créer des formes sociales complexes, des véhicules qui peuvent aller sur la lune, ou des armes capables de détruire cinq millions d’âmes en un clin d’œil, s’accompagne d’une responsabilité ultime. Nous sommes responsables, non seulement de la vie humaine, mais aussi de la santé et du bien-être de toute la vie sur terre, et pas seulement de la vie humaine. Ce qui nous ramène à l’une des interprétations des principes premiers de la permaculture : la seule décision éthique que nous pouvons prendre est d’être responsables de notre propre existence et de celle de nos enfants.

Oui, nous sommes à un tournant. Nous arrivons à un moment de l’histoire où les technologies évoluent plus vite que jamais. Nous vivons à une époque où les populations humaines n’ont jamais été aussi grandes et où la majeure partie de l’humanité vit dans des villes plutôt que dans des milieux naturels. Et de fait, nous vivons une époque où très peu de milieux peuvent être considérés comme naturels. Le vent emporte des sacs en plastique qui se retrouvent au sommet de montagnes les plus isolés du monde. La radioactivité des armes nucléaires et de la fission des centrales électriques se retrouve en Antarctique et dans la graisse des animaux marins. La tâche qui nous attend est énorme mais elle n’est pas impossible.

Elle n’est pas impossible parce que nous sommes là, nous qui avons atteint le stade où, livre en main, nous allons agir. Nous allons nous charger de redonner la santé, la vitalité et la productivité à notre planète. Nous, les fermiers en agriculture de régénération, nous le ferons tout en créant des entreprises durables et rentables.

Nous venons peut-être de milieux socio-économiques différents, nous n’avons peut-être pas la même couleur de peau ni les mêmes points de vue religieux ou politiques, mais nous avons une chose en commun : nous agissons. Quand il s’agit de créer des écosystèmes pour garantir l’abondance du futur, il n’est plus temps de tergiverser : plantez, s’il vous plaît, des tas de pacaniers 2 !

Nous devons tous manger. Nous mangeons tous et, quel que soit l’endroit où nous vivons, nous pouvons tous prendre la responsabilité de restaurer des polycultures pérennes productrices d’aliments. Nous pouvons nous charger, personnellement, de transformer les milieux naturels qui nous entourent en plantant des systèmes d’arbres, d’arbustes, de plantes grimpantes, de fruits à tiges, de champignons, du fourrage, et élever des animaux, qui fourniront à peu de frais des récoltes abondantes d’aliments hautement nutritifs pour l’humanité, pour l’éternité.

Qui va faire tout cela ? Vous et moi.

Nous ne pouvons plus nous permettre d’attendre que les universités ou les gouvernements, ou n’importe qui d’autre s’y mettent. Nous ne pouvons plus attendre que d’autres études se fassent ou qu’on trouve les variétés optimales. Nous ne pouvons pas attendre des incitations ou des programmes à coûts partagés qui peuvent très bien ne jamais arriver et dont la paperasserie bureaucratique risque de nous paralyser. Nous ne pouvons pas renoncer au pouvoir révolutionnaire de chacun d’entre nous et attendre qu’une organisation parfaite, que nous appelons de nos vœux, se mette en place.

C’est à nous de le faire, et c’est maintenant. Nous sommes tous embarqués, en tant que fermiers, colons ou propriétaires terriens, dans un voyage qui durera le restant de nos jours.

Nous devons convertir nos exploitations d’annuelles en écosystèmes de polycultures pérennes. Un arbre après l’autre. Une plante grimpante après l’autre. Encore et encore, aussi longtemps que nous vivrons (je ne lâcherai mon plantoir que lorsqu’on détachera de sa poignée mes doigts engourdis par la mort). C’est un voyage d’un millier de miles qui commence par un seul pas. Mettez un pied devant l’autre et ne vous arrêtez pas.

En tant que producteurs de nourriture, nous gérons bien plus de terres que nos frères des zones urbaines et périurbaines. Nous sommes donc à même de produire des tonnes de surplus alimentaire pour nourrir les cités. Nous détenons le pouvoir de gestion sur des centaines de milliers d’acres, par conséquent, nous avons la capacité d’initier un changement écologique à grande échelle. Eh oui, l’augmentation du nombre de fermiers qui mettent en œuvre les méthodes d’agriculture de régénération permettra de constater que rivières, lacs, et cours d’eau d’Amérique du Nord deviennent véritablement plus propres, et que les zones mortes du golfe du Mexique, de la Chesapeake Bay, et dans d’autres endroits pollués diminuent spectaculairement. Les fruits de mer et les poissons d’eau douce seront plus abondants et en meilleure santé. Les coûts des productions agricoles baisseront dans tout le pays. Notre dépendance sur les combustibles fossiles diminuera. Les pollinisateurs sauvages auront plus d’espace pour s’épanouir, et les oiseaux migrateurs insectivores trouveront plus de nourriture et auront plus de couloirs de migration.

Prenons par exemple une ferme carréede 160 acres (env. 64 ha). Son périmètre est de 2 miles (3,2 km). Si on divise cette surface en 4 carrés de 40 acres (env. 16 ha), elle donnerait encore un mile (1,6 km) de lignes de clôtures intérieures où l’on pourrait planter des polycultures vivaces. Si nous nous contentions de planter un seul rang de polycultures vivaces sur chaque parcelle de 40 acres à la place des 95 millions d’acres (environ 38 millions d’ha) de soja cultivés aux Etats-Unis, cela ferait quasiment 2 millions de miles (3,2 millions de km) de systèmes pérennes de production alimentaire. Deux millions de miles ! Des systèmes linéaires de ce gabarit formeraient une ligne continue de polyculture pérenne qui sillonnerait le pays près de 650 fois. Le pouvoir multiplicateur de l’agriculture de régénération pour la ruralité du pays est réellement renversant.

Cependant, puisque la plupart des états-uniens ne vivent pas à la campagne mais plutôt dans les banlieues et les villes, que peuvent faire les citadins ?

« Nous sommes ce que nous mangeons ». Il semblerait, à l’heure actuelle, que la majorité des états-uniens soient des poulets ! (et la plupart des poulets sont faits de maïs et de soja génétiquement modifiés). Il faut oser et ne pas avoir peur. Nous planterons des systèmes alimentaires écologiques pérennes dans tous les coins et recoins de toutes les parcelles périurbaines et urbaines, et beaucoup partiront de là pour planter dans les parcelles abandonnées, les espaces entre les voies de chemins de fer, dans les ruelles, et partout où un noisetier, un noyer, ou un framboisier peut trouver sa place. Même s’il n’y trouve pas sa place, nous le laisserons libre de faire son chemin. Quand nous nous serons entourés de tous côtés par des systèmes de production alimentaire pérennes, nous aurons fait un grand pas vers plus de sécurité alimentaire en tant que nation. Pourquoi est-ce que des gens parfaitement bien intentionnés restent assis à discuter pour savoir comment résoudre le problème des déserts alimentaires urbains au lieu d’être dehors à planter de la nourriture dans les déserts en question ?

Tous ! Partout !

Si vous ne plantez pas des systèmes de production alimentaire partout, échangez votre régime d’annuelles contre un régime de vivaces, en mangeant surtout des aliments produits par des fermiers en agriculture de régénération. Votre alimentation créera la demande du marché qui tire les méthodes de production. Allez chez votre épicier du coin et demandez-lui de vendre des aliments pérennes, surtout les aliments produits par les fermiers permaculturels en agriculture de régénération. Ou, encore mieux, trouvez près de chez vous un fermier en agriculture de régénération et achetez directement chez lui ou, à tout le moins, faites connaissance et présentez l’épicier au fermier pour qu’ils puissent entamer le duo qui transformera et la façon dont nous nous nourrissons et l’écologie de notre planète.

L’augmentation des ventes à l’épicerie incitera les fermiers à planter plus de systèmes ligneux pérennes. L’argent que vous dépensez pour vous nourrir est essentiel pour créer la nouvelle dynamique vers l’agriculture pérenne. Au lieu d’acheter des haricots et du riz, achetez plus de fruits des vergers, des noix, des baies, des jus de fruits au lieu de lait, et des produits issus d’animaux nourris à l’herbe.

Créer une organisation à but non lucratif pour attirer l’attention sur nos problèmes de production alimentaire n’est utile que si cette cause est ancrée dans la réalité du terrain. Ces derniers temps, le monde est submergé de coquilles vides à but non lucratif qui ne font que parler ou faire prendre conscience d’un problème. Elles n’ont aucune réalité concrète sur le terrain pour montrer à quoi le monde ressemblerait s’il fonctionnait selon les méthodes qu’elles préconisent. Si vous connaissez une de ces organisations ou si vous en faites partie vous-même, il est temps d’en faire quelque chose de concret. Faites de votre vision d’un avenir sain, abondant, et verdoyant, une réalité sur le terrain. Pas à pas, encore et encore. Rien d’autre.

Growing Power, fondé par Will Allen à Milwaukee, Wisconsin, est un exemple remarquable d’une vraie organisation à but non lucratif. Au lieu de se contenter de parler des déserts alimentaires et de la faim dans les villes, Growing Power bâtit des serres et des jardins dans lesquels on élève des chèvres, des volailles, des vers de terre, des légumes et du poisson, dans des systèmes fortement intégrés au cœur des villes. Growing Power a pris aujourd’hui une envergure nationale surtout parce que, je crois, elle fait réellement quelque chose. Elle fait vraiment pousser de la nourriture et elle forme des gens pour qu’ils le fassent en milieu urbain. Elle ne fait pas que d’en parler, elle aide à résoudre le problème des déserts alimentaires.

Les auteurs de blogs sans contenu ne comprennent pas non plus tout à fait ce qu’est l’agriculture de régénération même si ce qu’ils écrivent donne l’impression que si. Et même, de nombreux blogs sur la permaculture et sur l’agriculture de régénération ne comprennent pas la situation. Des douzaines de blogueurs très populaires commentent la permaculture et l’agriculture de régénération sans avoir l’expérience du terrain. Je connais même quelques auteurs qui ont écrit des livres et des matériels pédagogiques, résultats de longues années de recherches minutieuses. Ils donnent des conférences sur le sujet, puis s’assoient pour manger un sandwich au falafel certifié bio, fait avec des céréales annuelles. Ils ne font même pas pousser un plant de brocoli vivace ni un buisson de noisetiers dans le jardin devant leur immeuble.

Sur notre planète aujourd’hui la réalité concrète doit prendre le pas sur la réalité virtuelle. L’urgence de la situation exige que nous ne nous contentions pas d’être, mais de faire, et surtout, de ne pas nous contenter de parler. Quand vous aurez implanté votre système, vous aurez de quoi parler. À partir du moment où vous aurez planté votre premier arbre, vous trouverez à tout instant des gens de tous niveaux de compétence et à diverses étapes de succession en agriculture de régénération avec qui échanger.

L’urgence de la situation demande que nous plantions des systèmes de polyculture partout et de ne plus résister, procrastiner, discuter à n’en plus finir, ou à trouver des excuses pour notre inaction. Nous devons faire ce que nous prêchons.

Faites-le d’abord et parlez-en ensuite, pas le contraire.

Nous devons commencer tout de suite, là où nous nous sommes, avec les ressources dont nous disposons. Un arbre après l’autre, inlassablement, pour l’éternité.

Si, après avoir lu ce livre, vous décidez de ne pas mettre en application au moins quelques-unes des stratégies qu’il présente, faites un trou, jetez le dedans, et plantez un pécanier par-dessus. Ce livre aura au moins servi à cela. Mieux encore, donnez-le à quelqu’un qui fera quelque chose.

Quand nous aurons commencé, nous nous organiserons et collaborerons pour appliquer cette agriculture à une grande échelle. Il faut que les producteurs ruraux s’organisent s’ils veulent transformer de manière efficace leurs produits ligneux comestibles pour en faire des aliments à valeur ajoutée pour la consommation de leurs partenaires urbains et périurbains. La relation entre producteurs et consommateurs d’aliments est une symbiose qui permet de recréer des écologies pérennes de produits alimentaires sains. Oui, on peut à la fois avoir une planète verte et saine et manger des chips de noisettes au fromage !

Il fut un temps, avant que l’histoire soit écrite, où le monde était dominé par des reptiles géants, les dinosaures. À l’époque de leur gloire, avant leur disparition définitive, les dinosaures étaient vraiment extraordinaires. Certains étaient aussi grands qu’un immeuble de deux étages, et d’autres aussi longs qu’un wagon. Il fallait donc, juste à cause de sa taille, qu’un dinosaure consomme littéralement des tonnes de nourriture rien que pour se maintenir en vie. C’est un bon exemple d’un système d’organisation linéaire descendante de dimensions titanesques. Le fonctionnement de l’économie globalisée et de ses organes gouvernementaux se rapproche beaucoup aujourd’hui de ce qu’était un dinosaure. Un tout petit cerveau, avec l’aide peut-être de quelques autres cerveaux minuscules le long de sa colonne vertébrale, mène la barque. Il faut une quantité phénoménale d’énergie juste pour faire marcher la machine, et tout changement prend une éternité. La majorité des dinosaures se spécialisa, autant dans leur nourriture que dans leurs habitats. De même, les gouvernements d’aujourd’hui semblent voir les choses uniquement à partir de leur propre perspective, pas de celle du commun des mortels. Les dinosaures n’avaient qu’une connaissance limitée de leur propre niche écologique, et leurs fossiles prouvent qu’ils ne pouvaient pas s’adapter facilement aux changements.

Les mammifères ont commencé à apparaître vers la fin du règne des dinosaures. Ces petites créatures, qui ressemblaient à des souris et qui se déplaçaient rapidement, s’adaptèrent aux nouvelles conditions de vie. Au lieu d’être une créature de 3 tonnes de biomasse avec un cerveau de la taille d’une noix, 3 tonnes de souris correspondaient probablement à 20 000 ou 30 000 individus avec chacun son propre cerveau pour prendre des décisions et pour interagir au niveau collectif. Nous connaissons tous cette histoire. Les souris finirent par prendre le dessus et les dinosaures disparurent, à l’exception de quelques espèces reliques ou, peut-être, d’un monstre marin non encore découvert. Il a suffi qu’une météorite s’écrase au Mexique pour modifier les conditions du système à une telle vitesse que les dinosaures ne purent s’adapter. En revanche, l’intelligence décentralisée et en réseau des multitudes de souris leur permit de s’adapter. Prise individuellement, chacune des souris n’aurait peut-être pas su s’adapter, mais la population dans son ensemble pouvait le faire et elle l’a fait. Elle a survécu.

Le monde des organisations hiérarchiques, de commandement et de contrôle descendants, touche à sa fin. L’époque où des rois régnaient sur des royaumes entiers a cédé la place dans de nombreux endroits à la démocratie, et dans d’autres à des ploutocraties et des kleptocraties. L’époque des entreprises géantes fonctionnant avec la hiérarchie descendante faite de PDG, d’équipes dirigeantes, d’équipes de cadres, de personnels administratifs, de fabrication et de distribution, vit ses derniers jours.

Même au faîte de leur gloire, quand ils étaient les plus gros et les plus féroces, les dinosaures étaient condamnés d’avance. Leur règne s’est achevé. Les souris avaient gagné. La nature a montré, souvent et toujours, que le gigantisme n’a qu’une efficacité limitée. Dès qu’un organisme devient trop gros et trop spécialisé, il devient mortellement vulnérable au moindre changement dans le système écologique et son extinction devient certaine. Les anthropologues ont montré maintes et maintes fois qu’une organisation hiérarchique qui devient trop étendue et trop complexe finit par atteindre un point où l’énergie nécessaire à l’entretenir dépasse de loin les avantages que le gigantisme pouvait lui apporter.

L’économie globale a atteint ce point. Bien des raisons définissent ce point, mais la principale dont nous traitons dans ce livre, c’est qu’aucun système fondé sur la destruction et l’extraction ne peut persister longtemps. L’économie mondiale actuelle se nourrit d’un système d’agriculture annuelle qui, de par sa nature, est obligée de détruire des écosystèmes pour planter du riz, du blé, du maïs, des haricots, etc., et la liste est longue. Ce processus hautement spécialisé, borné et à court-terme, a toujours entraîné l’effondrement des sociétés qui l’ont adopté. La perte de terre arable, qui entraîne la perte de fertilité du sol, a pour résultat de produire des aliments de plus en plus pauvres en nutriments pour des populations qui vivent dans des sociétés de plus en plus complexes, qui consomment plus d’énergie pour se maintenir qu’elles n’en gagnent grâce à ce processus de maintenance. Les résultats scolaires baissent ? L’obésité et le diabète infantiles augmentent ? Ces problèmes ne sont pas causés par le conservatisme ou le progressisme 3. Ils sont dus à une trop grande spécialisation, au gigantisme, à la complexité sociétale excessive, et se nourrissent des calories creuses qu’apportent les annuelles cultivées dans des sols de plus en plus toxiques et de plus en plus stériles.

Cela aussi, passera… C’est terminé. L’agriculture dinosaure, industrielle, Big-Ag, qui cultive des monocultures, est en train de se tordre de douleur et vit ses dernières heures. Espérons que ses dernières convulsions ne seront pas trop traumatisantes. Le système simpliste et réducteur des cultures annuelles est en voie d’être supplanté par l’étape suivante de succession. Comme la gravitation, rien n’arrêtera le processus de succession naturelle. La vie sur terre est en train de prendre le virage. Les mauvaises herbes annuelles (qu’on appelle récoltes) céderont la place à des herbages vivaces qui nourriront de multitudes de formes de vie. Les arbustes et les arbres qui aiment le soleil et qui donnent des fruits à coques et autres seront légions. Les plantes grimpantes et à tiges ployant sous les fruits grimperont sur les jeunes arbres et sur les débris du passé à venir. Vous ne pouvez pas arrêter les successions. Vous le savez, vous, parce que dans vos jardins, vous n’avez jamais pu empêcher les mauvaises herbes de proliférer.

Je sais que le tournant a été pris. Le vieux monde est mort et la nouvelle planète, luxuriante et vivante, est en train de naître. Je le sais parce que cette petite souris que je suis… plante des arbres. Vous joindrez-vous à moi ?

Tout commence avec vous.

1. Résumé un peu déformé d’un verset de la Bible (Genèse 1, 28). [NdT]

2. Carya illinoinensis, le pacanier vient d’Illinois et donne les noix de… pécan. [NdVI]

3. L’auteur parle du libéralisme, ce qui en Amérique du Nord, équivaut presque à extrême gauche. [NdT]

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NOTRE SAUVEUR À LA DERNIÈRE CÈNE,

LA NUIT OÙ IL ÉTAIT LIVRÉ,

INSTITUA LE SACRIFICE EUCHARISTIQUE

DE SON CORPS DE SON SANG,

POUR PERPÉTUER LE SACRIFICE DE LA CROIX,

AU LONG DES SIÈCLES,

JUSQU’À CE QU’IL VIENNE ;

ET  EN OUTRE POUR CONFIER À L’ÉGLISE,

SON ÉPOUSE BIEN-AIMÉE,

LE MÉMORIAL DE SA MORT & DE SA RÉSURRECTION :

SACREMENT DE L’AMOUR,

SIGNE DE L’UNITÉ,

LIEN DE LA CHARITÉ,

BANQUET PASCAL DANS LEQUEL LE CHRIST EST MANGÉ,

L’ÂME EST COMBLÉE DE GRÂCE

ET LE GAGE DE LA GLOIRE FUTURE NOUS EST DONNÉ.

CONCILE VATICAN II

LA SAINTE LITURGIE, 47

L’Eucharistie est par excellence le sacrement de l’amourIl est le don suprême que Jésus fait à son Église et il nous introduit au cœur de la vie de Dieu.

Parce que « Dieu est amour » (1 Jn 4, 16), toutes ses œuvres portent cette empreinte, mais particulièrement l’homme, créé son image et à sa ressemblance » (Gen 1, 26) intelligent et libre. Dieu a inscrit en lui la loi de l’amour comme vocation particulière. « Tu aimeras » (Deut 6, 5), c’est à dire tu répondras par l’amour à l’amour premier de Dieu et aussi tu aimeras, tu montreras aux autres, par tout ton comportement, le visage de l’amour.

En restant fidèle à cette vocation, l’homme découvre le sens de sa vie, il marche vers un destin de bonheur et de gloire. Mais il ne peut le faire sans hésitation ni dangers, car la volonté libre est sans cesse affrontée à des choix : l’homme, maître de son destin, est soumis à la tentation.

Il a donc la possibilité de mal user de sa liberté. Il peut quitter la voie de l’amour et du don de soi pour suivre la convoitise de son égoïsme dans ce cas, il méprise orgueilleusement la loi de Dieu inscrite en son cœur. C’est le péché, qui détache l’homme de Dieu et provoque des ruptures en chaîne : difficultés et blessures, antagonismes, violences et haines, souffrance et mort.

Chacun, depuis Adam, fait plus ou moins l’expérience du péché et peut en constater autour de lui les effets pervers. Chacun aussi entend la voix de sa conscience, qui porte sur ses actes un jugement de valeur morale.

Les sacrifices

Les hommes ont toujours cherché à compenser leurs fautes en offrant à Dieu des sacrifices d’expiation. Qu’on se souvienne du Temple de Jérusalem où les Juifs immolaient chaque jour tant d’animaux Ce n’est pourtant ni le nombre, ni la valeur matérielle des sacrifices qui comptent aux yeux du Créateur c’est l’esprit de celui qui les offre. Dieu regarde la conversion du pécheur, son humilité et son repentir, le fait qu’il revient vers lui en esprit d’obéissance filiale. Or, sur ce plan spirituel, il est manifeste qu’il y a toujours un manque. S’étant volontairement détournée de Dieu, la créature ne peut plus lui offrir un amour d’une qualité suffisante, car elle reste engluée dans la convoitise des biens terrestres. ni une compensation vraiment adéquate, l’offense à l’amour de Dieu étant infinie. L’écart est devenu trop grand pour que l’homme puisse le corriger par lui-même. C’est le sentiment universel de cette déficience qu’exprime dans l’Ancien Testament la multiplicité des sacrifices.

‘unique sacrifice de Jésus

Dieu, dont la miséricorde est infinie comme son amour, vient au secours de l’humanité blessée. Au jour de l’Annonciation, il propose à Marie d’être la mère du Sauveur. L’enfant qui naît d’elle est vraiment le Fils de Dieu, mais tout aussi réellement il est le frère des hommes. Absolument pur de tout péché, Jésus peut offrir à Dieu cet amour filial parfait qui manque chez l’homme pécheur et qui donne au sacrifice toute sa valeur. Jésus est devant son Père comme un agneau immolé pour les péchés du monde entier. Il assume volontairement la souffrance et la mort. Il les accepte même, lui l’Innocent, dans leurs formes les plus dures, faisant ainsi des conséquences du péché des instruments de rédemption.

Une humanité nouvelle

Sur la croix, Jésus, par son amour du Père et des hommes, a surmonté et vaincu le mal du péché. La mort ne pourra pas le garder, car il est La Vie (Jn 14, 6). « Premier né d’entre les morts » (Col 1, 18), il ouvre, par sa résurrection la nuit de Pâques, la voie de la vie éternelle. Dans le livre de l’Apocalypse, saint Jean le décrit dans le ciel, agneau vivant et victorieux. Il porte la marque des clous et du coup de lance, mais ces marques sont maintenant glorieuses et rayonnantes. Elles attirent dans leur lumière une humanité renouvelée, tous ceux qui adhèrent au Christ Jésus comme l’unique Sauveur. Mort et vie, souffrance et gloire se rejoignent donc dans la joie de Pâques : c’est un mystère unique, le Mystère Pascal dont l’eucharistie perpétue parmi nous la présence.

La Cène du Seigneur

«  Je suis le pain vivant, descendu du ciel. Qui mangera ce pain vivra à jamais. Et le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde » (Jn 6,  51). Ces paroles étonnantes de Jésus ont trouvé leur réalisation pendant le repas Pascal qu’il prit avec ses disciples la veille du Jeudi Saint. Au moment d’entrer librement dans sa Passion, Jésusdans un geste d’amour, offre au Père tout ce qu’il va souffrir. « Prenant du pain, dit Luc (Luc 22, 19-20), il rendit grâces, le rompit et le leur donna en disant : ‘Ceci est mon corps, donné pour vous : faites ceci en mémoire de moi’. Il fit de même pour la coupe après le repas, disant : ‘Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang, versé pour vous’ ». Par ce geste et par ces paroles, Jésus offre sa vie, son corps et son sang sous des signes séparés, pour de nouveaux rapports d’amour, pour une nouvelle alliance entre Dieu et les hommes, En même temps, il se donne à ses disciples en nourriture spirituelle sous les apparences du pain et du vin. Tout le mystère pascal est ici présent : le sacrifice offert au Père pour les péchés du monde, et la Vie nouvelle dans l’amour, gage d’immortalité que donne Jésus, le pain vivant.
L’Église et la messe

« Faites ceci en mémoire de moi » : l’Église, appelée et purifiée par son Sauveur, reçoit la mission de refaire le geste, de redire les paroles qui assurent la présence de l’Agneau de Dieu parmi les siens, dans le mystère de l’unique sacrifice de Jésus, celui de la Croix. Mais en même temps l’Église, épouse attentive, y joint chaque jour son propre sacrifice, invitant chaque fidèle à faire aussi avec Jésus l’offrande de sa propre vie. C’est pourquoi elle convoque à la messe tout le peuple des baptisés pour célébrer dans la joie le triomphe de Jésus sur le péché et sur la mort. Nous atteignons là le cœur et le but de toute la liturgie : sous l’impulsion de l’Esprit d’amour, tout rassembler dans le Christ pour élever vers le Père l’hommage éternel de l’adoration et de l’action de grâces.

Dieu habitait au milieu du peuple hébreu pendant la traversée du désert : une nuée couvrait la tente où Il conversait avec Moïse. Sur les rudes chemins de son pèlerinage terrestre, l’Église, et chacun de nous, a la présence vivante de Jésus-Hostie, centre de la vie de prière, lien visible de l’unité ecclésiale et source de toute fécondité missionnaire.

In La messe, Abbaye de Solesmes
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LA NUIT OÙ IL ÉTAIT LIVRÉ,

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DE SON CORPS DE SON SANG,

POUR PERPÉTUER LE SACRIFICE DE LA CROIX,

AU LONG DES SIÈCLES,

JUSQU’À CE QU’IL VIENNE ;

ET  EN OUTRE POUR CONFIER À L’ÉGLISE,

SON ÉPOUSE BIEN-AIMÉE,

LE MÉMORIAL DE SA MORT & DE SA RÉSURRECTION :

SACREMENT DE L’AMOUR,

SIGNE DE L’UNITÉ,

LIEN DE LA CHARITÉ,

BANQUET PASCAL DANS LEQUEL LE CHRIST EST MANGÉ,

L’ÂME EST COMBLÉE DE GRÂCE

ET LE GAGE DE LA GLOIRE FUTURE NOUS EST DONNÉ.

CONCILE VATICAN II

LA SAINTE LITURGIE, 47

L’Eucharistie est par excellence le « sacrement de l’amour »II est le don suprême que Jésus fait à son Église et il nous introduit au cœur de la vie de Dieu.

Parce que « Dieu est amour » (1 Jn 4, 16), toutes ses œuvres portent cette empreinte, mais particulièrement l’homme, créé son image et à sa ressemblance » (Gen 1, 26) intelligent et libre. Dieu a inscrit en lui la loi de l’amour comme vocation particulière. « Tu aimeras » (Deut 6, 5), c’est à dire tu répondras par l’amour à l’amour premier de Dieu et aussi tu aimeras, tu montreras aux autres, par tout ton comportement, le visage de l’amour.

En restant fidèle à cette vocation, l’homme découvre le sens de sa vie, il marche vers un destin de bonheur et de gloire. Mais il ne peut le faire sans hésitation ni dangers, car la volonté libre est sans cesse affrontée à des choix : l’homme, maître de son destin, est soumis à la tentation.

Il a donc la possibilité de mal user de sa liberté. Il peut quitter la voie de l’amour et du don de soi pour suivre la convoitise de son égoïsme dans ce cas, il méprise orgueilleusement la loi de Dieu inscrite en son cœur. C’est le péché, qui détache l’homme de Dieu et provoque des ruptures en chaîne : difficultés et blessures, antagonismes, violences et haines, souffrance et mort.

Chacun, depuis Adam, fait plus ou moins l’expérience du péché et peut en constater autour de lui les effets pervers. Chacun aussi entend la voix de sa conscience, qui porte sur ses actes un jugement de valeur morale.

Les sacrifices

Les hommes ont toujours cherché à compenser leurs fautes en offrant à Dieu des sacrifices d’expiation. Qu’on se souvienne du Temple de Jérusalem où les Juifs immolaient chaque jour tant d’animaux Ce n’est pourtant ni le nombre, ni la valeur matérielle des sacrifices qui comptent aux yeux du Créateur c’est l’esprit de celui qui les offre. Dieu regarde la conversion du pécheur, son humilité et son repentir, le fait qu’il revient vers lui en esprit d’obéissance filiale. Or, sur ce plan spirituel, il est manifeste qu’il y a toujours un manque. S’étant volontairement détournée de Dieu, la créature ne peut plus lui offrir un amour d’une qualité suffisante, car elle reste engluée dans la convoitise des biens terrestres. ni une compensation vraiment adéquate, l’offense à l’amour de Dieu étant infinie. L’écart est devenu trop grand pour que l’homme puisse le corriger par lui-même. C’est le sentiment universel de cette déficience qu’exprime dans l’Ancien Testament la multiplicité des sacrifices.

‘unique sacrifice de Jésus

Dieu, dont la miséricorde est infinie comme son amour, vient au secours de l’humanité blessée. Au jour de l’Annonciation, il propose à Marie d’être la mère du Sauveur. L’enfant qui naît d’elle est vraiment le Fils de Dieu, mais tout aussi réellement il est le frère des hommes. Absolument pur de tout péché, Jésus peut offrir à Dieu cet amour filial parfait qui manque chez l’homme pécheur et qui donne au sacrifice toute sa valeur. Jésus est devant son Père comme un agneau immolé pour les péchés du monde entier. Il assume volontairement la souffrance et la mort. Il les accepte même, lui l’Innocent, dans leurs formes les plus dures, faisant ainsi des conséquences du péché des instruments de rédemption.

Une humanité nouvelle

Sur la croix, Jésus, par son amour du Père et des hommes, a surmonté et vaincu le mal du péché. La mort ne pourra pas le garder, car il est La Vie ( Jn 14, 6). « Premier né d’entre les morts » (Col 1, 18), il ouvre, par sa résurrection la nuit de Pâques, la voie de la vie éternelle. Dans le livre de l’Apocalypse, saint Jean le décrit dans le ciel, agneau vivant et victorieux. Il porte la marque des clous et du coup de lance mais ces marques sont maintenant glorieuses et rayonnantes. Elles attirent dans leur lumière une humanité renouvelée, tous ceux qui adhèrent au Christ jésus comme l’unique Sauveur. Mort et vie, souffrance et gloire se rejoignent donc dans la joie de Pâques : c’est un mystère unique, le Mystère Pascal dont l’eucharistie perpétue parmi nous la présence.

La Cène du Seigneur

«  Je suis le pain vivant, descendu du ciel. Qui mangera ce pain vivra à jamais. Et le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde » (Jn 6,  51)). Ces paroles étonnantes de Jésus ont trouvé leur réalisation pendant le repas Pascal qu’il prit avec ses disciples ta veille du Jeudi Saint. Au moment d’entrer librement dans sa Passion, Jésusdans un geste d’amour, offre au Père tout ce qu’il va souffrir. « Prenant du pain, dit Luc (Luc 22, 19-20), il rendit grâces, le rompit et le leur donna en disant : « Ceci est mon corps, donné pour vous : faites ceci en mémoire de moi ». Il fit de même pour la coupe après le repas, disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang, versé pour vous ». Par ce geste et par ces paroles, Jésus offre sa vie, son corps et son sang sous des signes séparés, pour de nouveaux rapports d’amour, pour une nouvelle alliance entre Dieu et les hommes, En même temps, il se donne à ses disciples en nourriture spirituelle sous les apparences du pain et du vin. Tout le mystère pascal est ici présent : le sacrifice offert au Père pour les péchés du monde, et la Vie nouvelle dans l’amour, gage d’immortalité que donne Jésus, le pain vivant.

L’Église et la messe

« Faites ceci en mémoire de moi » : l’Église, appelée et purifiée par son Sauveur, reçoit la mission de refaire le geste, de redire les paroles qui assurent la présence de l’Agneau de Dieu parmi les siens, dans le mystère de l’unique sacrifice de Jésus, celui de la Croix. Mais en même temps l’Église, épouse attentive, y joint chaque jour son propre sacrifice, invitant chaque fidèle à faire aussi avec Jésus l’offrande de sa propre vie. C’est pourquoi elle convoque à la messe tout le peuple des baptisés pour célébrer dans la joie le triomphe de Jésus sur le péché et sur la mort. Nous atteignons là le cœur et le but de toute la liturgie : sous l’impulsion de l’Esprit d’amour, tout rassembler dans le Christ pour élever vers le Père l’hommage éternel de l’adoration et de l’action de grâces.

Dieu habitait au milieu du peuple hébreu pendant la traversée du désert : une nuée couvrait la tente où Il conversait avec Moïse. Sur les rudes chemins de son pèlerinage terrestre, l’Église, et chacun de nous, a la présence vivante de Jésus-Hostie, centre de la vie de prière, lien visible de l’unité ecclésiale et source de toute fécondité missionnaire.

In La messe, Abbaye de Solesmes
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C’était comme une relecture d’annonce

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C’était comme un murmure,
Le murmure un peu sourd, un peu caché, de l’onde se frayant un chemin capricant… L’onde vive, qui va, à chaque ressac, plus loin, qui creuse plus profondément la pierre à chaque passage.
Sillons d’eau comme sillons de vie cherchant à irriguer la profondeur. 

 

C’était comme un murmure qui d’un coup était passé à plein volume sonore : des écailles de mes yeux et de mon coeur étaient tombées.
Pas assez, mais suffisamment pour entendre clairement, du murmure, émerger une Parole. 

 

C’était comme un murmure toujours présent dans ma vie, qui sourdait, toujours plus fort, jusqu’à faire éclater tous les barrages bien construits, faits de sécurité et de certitudes. 

 

C’était devenu en réalité comme un torrent,
Le torrent du murmure de Sa joie,
Parole qui murmure en nos vies, n’attendant qu’accueil,
Parole qui n’attend chaque jour plus que notre « oui », comme adhésion à Son amoureux imprévu,
Pour se déverser à plein régime,
Pour offrir au monde comme un ru supplémentaire d’eau vive, où transparaît malgré les pierres le reflet irrisé de Sa joie. 

 

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C’était comme une relecture d’annonce

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C’était comme un murmure,
Le murmure un peu sourd, un peu caché, de l’onde se frayant un chemin capricant… L’onde vive, qui va, à chaque ressac, plus loin, qui creuse plus profondément la pierre à chaque passage.
Sillons d’eau comme sillons de vie cherchant à irriguer la profondeur. 

 

C’était comme un murmure qui d’un coup était passé à plein volume sonore : des écailles de mes yeux et de mon coeur étaient tombées.
Pas assez, mais suffisamment pour entendre clairement, du murmure, émerger une Parole. 

 

C’était comme un murmure toujours présent dans ma vie, qui sourdait, toujours plus fort, jusqu’à faire éclater tous les barrages bien construits, faits de sécurité et de certitudes. 

 

C’était devenu en réalité comme un torrent,
Le torrent du murmure de Sa joie,
Parole qui murmure en nos vies, n’attendant qu’accueil,
Parole qui n’attend chaque jour plus que notre « oui », comme adhésion à Son amoureux imprévu,
Pour se déverser à plein régime,
Pour offrir au monde comme un ru supplémentaire d’eau vive, où transparaît malgré les pierres le reflet irrisé de Sa joie. 

 

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