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octobre 2016

Apostolat des laïcs – Vatican II reloaded ?

Des pôles missionnaires pour des disciples-missionnaires

Il y a quelques jours, notre évêque nous a parlé du sens des « pôles missionnaires », ces regroupements de paroisses progressivement mis en place dans plusieurs diocèses français. Un point m’a interpelé : ces pôles ne sont pas une nouvelle structure, sorte de pendant ecclésial des communautés de communes, mais d’abord une nouvelle façon de vivre en catholiques. Ce qui importe n’est pas la structure – le fonctionnel et l’organisationnel nous dessèchent spirituellement et deviennent si vite autoréférentiels, dans l’Eglise comme dans l’entreprise ou l’administration. Non, ce qui importe est que chaque paroissien devienne disciple-missionnaire au sein d’une communauté missionnaire. Plus possible de rester un « catholique du dimanche », un « pratiquant occasionnel » : soit l’on est dedans, engagés pour la mission, soit l’on refuse d’entrer. Ce qui importe est de mettre en place – selon des modalités propres à chaque communauté, en fonction de sa géographie, son histoire, de ses capacités, etc. – un nouveau mode d’être au monde comme Église du Christ, dans un lieu donné, pour une population donnée. Arrêtons de « faire fonctionner nos paroisses » pour nous demander « comment cette paroisse fait-elle naître des disciples du Christ ? ».

Feue la paroisse d’antan

Ce n’est donc pas une simple mutualisation de moyens entre paroisses qui se profile, mais la fin de ce modèle paroissial tel qu’il a fonctionné depuis des siècles. Ce modèle d’un maillage territorial fin, où le plus important était l’administration des sacrements sous la houlette du pasteur : sacrements de l’initiation chrétienne et catéchisme, messes dominicales, mariages, funérailles. Un maillage qui, par ailleurs, a pu aller de pair dans les siècles passés avec un contrôle de type disciplinaire : la paroisse comme panoptique, où le curé de sa chaire peut surveiller et corriger les mœurs. Ce modèle, cliniquement mort depuis déjà peut-être 40 ans, continue néanmoins à imprégner les comportements et les imaginaires, à l’image de ces personnages de dessins animés courant dans le vide sans s’en rendre compte une fois la falaise dépassée. Bonne nouvelle : l’Eglise nous propose maintenant un nouveau modèle pastoral, impulsé par le pape François dès sa première exhortation apostolique, La Joie de l’Evangile. Un modèle encore largement à construire, où la communion fraternelle et la mission seront comme les deux faces d’un même vécu spirituel.

Vatican II, des laïcs tournés vers le monde

Ce nouveau modèle élargit et nuance un petit peu, me semble-t-il, la place des laïcs telle que spécifiée lors du Concile Vatican II. Dans la constitution dogmatique sur l’Eglise (Lumen Gentium) [1], tout comme dans le décret sur l’apostolat des laïcs (Apostolicam Actuositatem) [2], la mission des laïcs est présentée comme principalement tournée vers le monde, à travers leur famille, leur vie professionnelle, afin que les valeurs chrétiennes se diffusent peu à peu dans les différentes dimensions de la vie sociale – l’action caritative et les mouvements d’Action catholique étant cités en exemples. Les ministres ordonnés (évêques, prêtres) sont eux présentés comme davantage tournés par leur vocation propre [3] vers la vie liturgique et la célébration des sacrements, ainsi que vers le gouvernement des âmes en vue de leur sanctification. Dans le décret sur le ministère et la vie des prêtres (Presbyterorum Ordinis), ils sont présentés comme exerçant trois principales fonctions : « ministres de la Parole de Dieu » (PO 4), « ministre des sacrements et de l’eucharistie » (PO 5) et « chefs du peuple de Dieu » (PO 6). En somme, dans l’ecclésiologie de Vatican II, les laïcs semblent davantage tournés vers le monde, exerçant un apostolat vers l’extérieur de l’Eglise – ad extra ; et les ministres ordonnés tournés davantage vers le peuple de Dieu, exerçant leur ministère sacramentel vers l’intérieur de l’Eglise – ad intra. Les diacres permanents jouant en quelque sorte sur les deux tableaux, consacrés à la fois pour un rôle sacramentel et pour une mission vers le monde.

Aujourd’hui, un apostolat par la communauté chrétienne vivante

La pastorale en pôle missionnaire apporte ici, me semble-t-il, si ce n’est un changement du moins une inflexion, une remise en cause de cette stricte différenciation entre un apostolat orienté vers l’intérieur ou vers l’extérieur de l’Eglise, ad-intra ou ad-extra. Non pas au sens d’une cléricalisation des laïcs, qui conduirait à les faire travailler ad-intra pour « faire tourner la boutique ». Mais au contraire dans le respect de la vocation propre de chacun, avec la conviction que cette frontière entre apostolat intérieur et extérieur s’estompe, se brouille. Dans une France où l’Eglise est à la fois quantitativement et culturellement minoritaire, la vie paroissiale sacramentelle ne peut plus être un simple lieu de ressourcement en vue d’un apostolat extérieur. Elle devient elle-même un lieu d’apostolat. Elle devient notre meilleure surface de contact avec le monde. Elle devient le lieu à travers lequel nos concitoyens vont entendre parler des chrétiens, les rencontrer, voir comme ils s’aiment et comme ils les aiment (voir par exemple ce témoignage)… Ainsi, la célébration des sacrements ne peut plus être simplement le fait du prêtre, mais devrait être portée par toute la communauté pour toucher réellement les cœurs – y compris pour les célébrations où la plupart des participants ne sont pas pratiquants (baptêmes, mariages, funérailles). Ainsi, l’annonce de la Parole dans le monde doit s’accompagner d’une invitation à la découverte de la vie sacramentelle. Ne pouvant plus reposer sur des fondations culturelles préexistantes pour la soutenir, elle ne peut plus simplement rappeler le message évangélique, mais doit faire découvrir le Christ présent dans son Eglise.
Aujourd’hui, l’on ne vient plus guère au Christ par l’intellect, par une réflexion sur soi-même, les illusions de l’amour-propre, sur le monde ou la nature – chemin pour lequel la lecture de Pascal fut un guide emblématique jusqu’à il y a peut-être une soixantaine d’années, dans une autre culture, encore imprégnée des humanités et pétrie par les classiques. Non, désormais on vient au Christ par le cœur. Par l’amour. A la fois par la chaleur d’une rencontre humaine avec ses témoins, et par celle de la rencontre directe avec le Christ, dans notre monde si froid. Ainsi, dans les parcours Alpha, les moments les plus forts qui ressortent en bilan sont souvent les repas : se sentir accueilli gratuitement, dans son corps (le repas) et son âme (les échanges). Et les catéchumènes nous parlent souvent de leur rencontre avec Dieu en des termes emplis d’affects. La vie liturgique est par elle-même catéchétique, à condition d’être vécue dans une communauté vivante – accueillante, fraternelle, missionnaire.

D’une logique gestionnaire à une logique missionnaire

Aujourd’hui, la logique de nos paroisses ne peut plus rester celle de la gestion, mais doit davantage devenir celle de la mission, une mission adaptée à chaque terrain, en fonction des charismes présents dans chaque communauté et qui rendent chacune unique. Passer d’une logique de gestion, où l’essentiel était d’assurer la « permanence des sacrements » et ce qui en découlait (catéchisme, etc.) à une logique missionnaire, où l’essentiel est que la communauté suscite de nouveaux disciples du Christ. Encore peut-être une inflexion par rapport au concile Vatican II. Alors que le décret sur l’activité missionnaire de l’Eglise (Ad Gentes) semble considérer la mission comme un processus fini, avec un début (l’arrivée de missionnaires) et une fin (l’établissement d’églises locales), tourné vers l’extérieur de l’Eglise, la mission est désormais perçue [4] comme faisant partie à la fois de l’être même de l’Eglise et de celui de chaque baptisé. Comme une facette indispensable de l’agir-en-chrétien.

Grandir en sainteté

Bref, les pôles missionnaires vont certes permettre de regrouper les bonnes volontés ; mais ils ne seront fructueux que si nous allons plus loin que cela. Si nous passons d’une logique territoriale à une logique nouvelle, où ad-intra et ad-extra se rejoignent en un même ad-omnes, vers tous. Si chaque pôle missionnaire devient localement la communauté des amoureux du Christ, qui vont ensemble célébrer, annoncer et servir. Une communauté qui donne envie, par sa vie fraternelle, par son unité dans la diversité des personnes qui la composent, etc. Une communauté en croissance de Sainteté, qui sait que la mission n’est pas sa propriété, mais d’abord l’affaire du Seigneur. Une communauté où chaque membre grandit dans sa vie spirituelle et humaine en participant à l’annonce de la bonne nouvelle.

« L’évangélisation est la tâche de l’Église. Mais ce sujet de l’évangélisation est bien plus qu’une institution organique et hiérarchique, car avant tout c’est un peuple qui est en marche vers Dieu… Chaque baptisé, quels que soient sa fonction dans l’Église et le niveau d’instruction de sa foi, est un sujet actif de l’évangélisation, et il serait inadéquat de penser à un schéma d’évangélisation utilisé pour des acteurs qualifiés, où le reste du peuple fidèle serait seulement destiné à bénéficier de leurs actions. La nouvelle évangélisation doit impliquer que chaque baptisé soit protagoniste d’une façon nouvelle. Cette conviction se transforme en un appel adressé à chaque chrétien, pour que personne ne renonce à son engagement pour l’évangélisation » (La Joie de l’Evangile, 120)

1 « La vocation propre des laïcs consiste à chercher le règne de Dieu précisément à travers la gérance des choses temporelles qu’ils ordonnent selon Dieu… C’est à eux qu’il revient… d’éclairer et d’orienter toutes les réalités temporelles auxquelles ils sont étroitement unis, de telle sorte qu’elles se fassent et prospèrent constamment selon le Christ… » (LG 31)
2 « Les laïcs doivent assumer comme leur tâche propre le renouvellement de l’ordre temporel… Membres de la cité, ils ont à coopérer avec les autres citoyens suivant leur compétence particulière en assumant leur propre responsabilité et à chercher partout et en tout la justice du Royaume de Dieu » (AA 7)
3 « La fonction des prêtres, en tant qu’elle est unie à l’ordre épiscopal, participe à l’autorité par laquelle le Christ édifie, sanctifie et gouverne son Corps… C’est par le ministère des prêtres que se consomme le sacrifice spirituel des chrétiens, en union avec le sacrifice du Christ… » (PO 2)
4 « La mission évangélisatrice, continuation de l’œuvre voulue par le Seigneur Jésus, est pour l’Eglise nécessaire et irremplaçable, expression de sa nature même. » (Benoit XVI, Motu Proprio Ubicumque et semper, instituant le conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation)
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Que signifie le titre « Jésus Fils de Dieu » ?

En 2010, le sociologue Frédéric Lenoir publie un ouvrage intitulé Comment Jésus est devenu Dieu ? dans lequel il défend la thèse que la « divinisation », ou la reconnaissance de la divinité de Jésus, ne commencerait à se manifester qu’au IIème siècle et qu’elle s’affirmerait seulement ensuite par la volonté politique de l’empereur Constantin. La publicité qui est… Read More »

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