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octobre 2016

Zachette ?

Pour les besoins de l’école de prière jeunes du diocèse de Nanterre dont je reviens, j’ai incarné le premier jour Zachette, lointaine descendante de Zachée narrant l’histoire de son aïeul alors qu’elle se refusait à plonger dans l’océan de la Miséricorde ! Puisque j’ai mis ce petit conte d’évangile par écrit et que c’était l’évangile d’hier dimanche, je vous le partage. Il ne s’agit que du récit lui-même… d’un autre point de vue ! 

http://4.bp.blogspot.com/-IIZ7vpAeZHg/UZQHN3s1JtI/AAAAAAAAHnI/vDTuxg4RJH8/s1600/zachee-et-le-sycomore.jpg

Ils sont gentils là, ces deux copains qui m’invitent à plonger dans l’océan de la Miséricorde mais ils ne me connaissent pas ! Ca a toujours été comme ça dans ma famille d’ailleurs : une sorte de mélange entre l’envie de se bouger et de faire le bien et… un terrible manque de confiance. 

Je m’appelle Zachette. On s’est toujours moqué de moi à cause de drôle de prénom… Vous imaginez ? Là, disons que je me décide à y aller dans cet océan de la miséricorde et que je n’arrive pas à plonger, que je reste à flotter ? Vous ferez un mauvais jeu de mots et vous direz encore une fois que je suis une Zachette de thé, je suis sûre ! 

En vrai, je m’appelle comme ça à cause d’un de mes ancêtres. Lui et moi, on se ressemble beaucoup. Il s’appelait Zachée. Il était tout petit et lui, les gens ne se moquaient pas de lui à cause de son prénom mais bien parce qu’il était collecteur d’impôts. A l’époque des Juifs, les collecteurs d’impôts, c’étaient des vrais voleurs ! Oh, je ne crois pas que mon ancêtre faisait vraiment le mal pour le mal mais il avait peur. Peur de manquer. Alors, il volait dans les caisses et, de vol en vol, il était devenu riche. Très riche. Mais personne ne prenait au sérieux un type pareil ! 

Il habitait à Jéricho, une ville célèbre pour ses murailles, ses trompes et trompettes. Et on raconte qu’un jour c’est en grande pompe que Jésus, le célèbre Jésus a traversé cette ville ! Ca a été de la folie ! Tout le monde voulait le voir ! Ce n’est pas que c’était une star, c’était bien plus fort… C’était qu’il disait des paroles qui touchaient les coeurs au plus profond. Et qu’il guérissait des malades. C’est simple : certains allaient jusqu’à dire qu’il était le Messie, l’Envoyé de Dieu ! Alors tout le monde voulait le voir, l’entendre, le toucher, lui présenter des malades… Personne n’avait jamais vu une telle cohue à Jéricho ! 

Et mon ancêtre Zachée, il était bien embêté. Il avait tellement envie de voir Jésus ! Mais il était si petit… Et il était tellement considéré comme un sale type que personne ne le laisserait passer ! 

Alors, vous savez ce qu’il a fait ? Moi, j’hésite à plonger là, eh bien, lui, son « plongeon de confiance », ça a été l’inverse : de grimper dans un arbre ! Je l’imagine en train de monter sur cet arbre si touffu qu’est le sycomore… Mais le plus incroyable, c’est ce qui est arrivé quand Jésus est passé : non seulement il l’a vu mais surtout, il l’a appelé par son nom ! « Zachée, descends vite : aujourd’hui, il faut que j’aille demeurer chez toi ! ». 

Ce Jésus, c’était bien Dieu : il connaît le nom de chacun. Il connaît ton nom, il connaît mon nom. Alors comment ne pas ouvrir son coeur à la confiance après cela ? Quand on est connu, aimé, appelé, désiré ? 

Oh, les autres ont râlé, c’est clair… Mais mon ancêtre, il a été changé. A jamais. Il a tout de suite dit qu’il allait donner la moitié de sa fortune et rétablir dans leur bon droit tous ceux à qui il avait fait du mal… C’était se mettre en danger : ça a été son deuxième plongeon de confiance mais un plongeon à vie. Le seigneur Jésus lui a bien dit qu’Il lui offrait le Salut, Sa miséricorde… Alors, comment ne pas plonger ? Comment ne pas faire confiance ? 

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Zachette ?

Pour les besoins de l’école de prière jeunes du diocèse de Nanterre dont je reviens, j’ai incarné le premier jour Zachette, lointaine descendante de Zachée narrant l’histoire de son aïeul alors qu’elle se refusait à plonger dans l’océan de la Miséricorde ! Puisque j’ai mis ce petit conte d’évangile par écrit et que c’était l’évangile d’hier dimanche, je vous le partage. Il ne s’agit que du récit lui-même… d’un autre point de vue ! 

http://4.bp.blogspot.com/-IIZ7vpAeZHg/UZQHN3s1JtI/AAAAAAAAHnI/vDTuxg4RJH8/s1600/zachee-et-le-sycomore.jpg

Ils sont gentils là, ces deux copains qui m’invitent à plonger dans l’océan de la Miséricorde mais ils ne me connaissent pas ! Ca a toujours été comme ça dans ma famille d’ailleurs : une sorte de mélange entre l’envie de se bouger et de faire le bien et… un terrible manque de confiance. 

Je m’appelle Zachette. On s’est toujours moqué de moi à cause de drôle de prénom… Vous imaginez ? Là, disons que je me décide à y aller dans cet océan de la miséricorde et que je n’arrive pas à plonger, que je reste à flotter ? Vous ferez un mauvais jeu de mots et vous direz encore une fois que je suis une Zachette de thé, je suis sûre ! 

En vrai, je m’appelle comme ça à cause d’un de mes ancêtres. Lui et moi, on se ressemble beaucoup. Il s’appelait Zachée. Il était tout petit et lui, les gens ne se moquaient pas de lui à cause de son prénom mais bien parce qu’il était collecteur d’impôts. A l’époque des Juifs, les collecteurs d’impôts, c’étaient des vrais voleurs ! Oh, je ne crois pas que mon ancêtre faisait vraiment le mal pour le mal mais il avait peur. Peur de manquer. Alors, il volait dans les caisses et, de vol en vol, il était devenu riche. Très riche. Mais personne ne prenait au sérieux un type pareil ! 

Il habitait à Jéricho, une ville célèbre pour ses murailles, ses trompes et trompettes. Et on raconte qu’un jour c’est en grande pompe que Jésus, le célèbre Jésus a traversé cette ville ! Ca a été de la folie ! Tout le monde voulait le voir ! Ce n’est pas que c’était une star, c’était bien plus fort… C’était qu’il disait des paroles qui touchaient les coeurs au plus profond. Et qu’il guérissait des malades. C’est simple : certains allaient jusqu’à dire qu’il était le Messie, l’Envoyé de Dieu ! Alors tout le monde voulait le voir, l’entendre, le toucher, lui présenter des malades… Personne n’avait jamais vu une telle cohue à Jéricho ! 

Et mon ancêtre Zachée, il était bien embêté. Il avait tellement envie de voir Jésus ! Mais il était si petit… Et il était tellement considéré comme un sale type que personne ne le laisserait passer ! 

Alors, vous savez ce qu’il a fait ? Moi, j’hésite à plonger là, eh bien, lui, son « plongeon de confiance », ça a été l’inverse : de grimper dans un arbre ! Je l’imagine en train de monter sur cet arbre si touffu qu’est le sycomore… Mais le plus incroyable, c’est ce qui est arrivé quand Jésus est passé : non seulement il l’a vu mais surtout, il l’a appelé par son nom ! « Zachée, descends vite : aujourd’hui, il faut que j’aille demeurer chez toi ! ». 

Ce Jésus, c’était bien Dieu : il connaît le nom de chacun. Il connaît ton nom, il connaît mon nom. Alors comment ne pas ouvrir son coeur à la confiance après cela ? Quand on est connu, aimé, appelé, désiré ? 

Oh, les autres ont râlé, c’est clair… Mais mon ancêtre, il a été changé. A jamais. Il a tout de suite dit qu’il allait donner la moitié de sa fortune et rétablir dans leur bon droit tous ceux à qui il avait fait du mal… C’était se mettre en danger : ça a été son deuxième plongeon de confiance mais un plongeon à vie. Le seigneur Jésus lui a bien dit qu’Il lui offrait le Salut, Sa miséricorde… Alors, comment ne pas plonger ? Comment ne pas faire confiance ? 

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Apostolat des laïcs – Vatican II reloaded ?

Des pôles missionnaires pour des disciples-missionnaires

Il y a quelques jours, notre évêque nous a parlé du sens des « pôles missionnaires », ces regroupements de paroisses progressivement mis en place dans plusieurs diocèses français. Un point m’a interpelé : ces pôles ne sont pas une nouvelle structure, sorte de pendant ecclésial des communautés de communes, mais d’abord une nouvelle façon de vivre en catholiques. Ce qui importe n’est pas la structure – le fonctionnel et l’organisationnel nous dessèchent spirituellement et deviennent si vite autoréférentiels, dans l’Eglise comme dans l’entreprise ou l’administration. Non, ce qui importe est que chaque paroissien devienne disciple-missionnaire au sein d’une communauté missionnaire. Plus possible de rester un « catholique du dimanche », un « pratiquant occasionnel » : soit l’on est dedans, engagés pour la mission, soit l’on refuse d’entrer. Ce qui importe est de mettre en place – selon des modalités propres à chaque communauté, en fonction de sa géographie, son histoire, de ses capacités, etc. – un nouveau mode d’être au monde comme Église du Christ, dans un lieu donné, pour une population donnée. Arrêtons de « faire fonctionner nos paroisses » pour nous demander « comment cette paroisse fait-elle naître des disciples du Christ ? ».

Feue la paroisse d’antan

Ce n’est donc pas une simple mutualisation de moyens entre paroisses qui se profile, mais la fin de ce modèle paroissial tel qu’il a fonctionné depuis des siècles. Ce modèle d’un maillage territorial fin, où le plus important était l’administration des sacrements sous la houlette du pasteur : sacrements de l’initiation chrétienne et catéchisme, messes dominicales, mariages, funérailles. Un maillage qui, par ailleurs, a pu aller de pair dans les siècles passés avec un contrôle de type disciplinaire : la paroisse comme panoptique, où le curé de sa chaire peut surveiller et corriger les mœurs. Ce modèle, cliniquement mort depuis déjà peut-être 40 ans, continue néanmoins à imprégner les comportements et les imaginaires, à l’image de ces personnages de dessins animés courant dans le vide sans s’en rendre compte une fois la falaise dépassée. Bonne nouvelle : l’Eglise nous propose maintenant un nouveau modèle pastoral, impulsé par le pape François dès sa première exhortation apostolique, La Joie de l’Evangile. Un modèle encore largement à construire, où la communion fraternelle et la mission seront comme les deux faces d’un même vécu spirituel.

Vatican II, des laïcs tournés vers le monde

Ce nouveau modèle élargit et nuance un petit peu, me semble-t-il, la place des laïcs telle que spécifiée lors du Concile Vatican II. Dans la constitution dogmatique sur l’Eglise (Lumen Gentium) [1], tout comme dans le décret sur l’apostolat des laïcs (Apostolicam Actuositatem) [2], la mission des laïcs est présentée comme principalement tournée vers le monde, à travers leur famille, leur vie professionnelle, afin que les valeurs chrétiennes se diffusent peu à peu dans les différentes dimensions de la vie sociale – l’action caritative et les mouvements d’Action catholique étant cités en exemples. Les ministres ordonnés (évêques, prêtres) sont eux présentés comme davantage tournés par leur vocation propre [3] vers la vie liturgique et la célébration des sacrements, ainsi que vers le gouvernement des âmes en vue de leur sanctification. Dans le décret sur le ministère et la vie des prêtres (Presbyterorum Ordinis), ils sont présentés comme exerçant trois principales fonctions : « ministres de la Parole de Dieu » (PO 4), « ministre des sacrements et de l’eucharistie » (PO 5) et « chefs du peuple de Dieu » (PO 6). En somme, dans l’ecclésiologie de Vatican II, les laïcs semblent davantage tournés vers le monde, exerçant un apostolat vers l’extérieur de l’Eglise – ad extra ; et les ministres ordonnés tournés davantage vers le peuple de Dieu, exerçant leur ministère sacramentel vers l’intérieur de l’Eglise – ad intra. Les diacres permanents jouant en quelque sorte sur les deux tableaux, consacrés à la fois pour un rôle sacramentel et pour une mission vers le monde.

Aujourd’hui, un apostolat par la communauté chrétienne vivante

La pastorale en pôle missionnaire apporte ici, me semble-t-il, si ce n’est un changement du moins une inflexion, une remise en cause de cette stricte différenciation entre un apostolat orienté vers l’intérieur ou vers l’extérieur de l’Eglise, ad-intra ou ad-extra. Non pas au sens d’une cléricalisation des laïcs, qui conduirait à les faire travailler ad-intra pour « faire tourner la boutique ». Mais au contraire dans le respect de la vocation propre de chacun, avec la conviction que cette frontière entre apostolat intérieur et extérieur s’estompe, se brouille. Dans une France où l’Eglise est à la fois quantitativement et culturellement minoritaire, la vie paroissiale sacramentelle ne peut plus être un simple lieu de ressourcement en vue d’un apostolat extérieur. Elle devient elle-même un lieu d’apostolat. Elle devient notre meilleure surface de contact avec le monde. Elle devient le lieu à travers lequel nos concitoyens vont entendre parler des chrétiens, les rencontrer, voir comme ils s’aiment et comme ils les aiment (voir par exemple ce témoignage)… Ainsi, la célébration des sacrements ne peut plus être simplement le fait du prêtre, mais devrait être portée par toute la communauté pour toucher réellement les cœurs – y compris pour les célébrations où la plupart des participants ne sont pas pratiquants (baptêmes, mariages, funérailles). Ainsi, l’annonce de la Parole dans le monde doit s’accompagner d’une invitation à la découverte de la vie sacramentelle. Ne pouvant plus reposer sur des fondations culturelles préexistantes pour la soutenir, elle ne peut plus simplement rappeler le message évangélique, mais doit faire découvrir le Christ présent dans son Eglise.
Aujourd’hui, l’on ne vient plus guère au Christ par l’intellect, par une réflexion sur soi-même, les illusions de l’amour-propre, sur le monde ou la nature – chemin pour lequel la lecture de Pascal fut un guide emblématique jusqu’à il y a peut-être une soixantaine d’années, dans une autre culture, encore imprégnée des humanités et pétrie par les classiques. Non, désormais on vient au Christ par le cœur. Par l’amour. A la fois par la chaleur d’une rencontre humaine avec ses témoins, et par celle de la rencontre directe avec le Christ, dans notre monde si froid. Ainsi, dans les parcours Alpha, les moments les plus forts qui ressortent en bilan sont souvent les repas : se sentir accueilli gratuitement, dans son corps (le repas) et son âme (les échanges). Et les catéchumènes nous parlent souvent de leur rencontre avec Dieu en des termes emplis d’affects. La vie liturgique est par elle-même catéchétique, à condition d’être vécue dans une communauté vivante – accueillante, fraternelle, missionnaire.

D’une logique gestionnaire à une logique missionnaire

Aujourd’hui, la logique de nos paroisses ne peut plus rester celle de la gestion, mais doit davantage devenir celle de la mission, une mission adaptée à chaque terrain, en fonction des charismes présents dans chaque communauté et qui rendent chacune unique. Passer d’une logique de gestion, où l’essentiel était d’assurer la « permanence des sacrements » et ce qui en découlait (catéchisme, etc.) à une logique missionnaire, où l’essentiel est que la communauté suscite de nouveaux disciples du Christ. Encore peut-être une inflexion par rapport au concile Vatican II. Alors que le décret sur l’activité missionnaire de l’Eglise (Ad Gentes) semble considérer la mission comme un processus fini, avec un début (l’arrivée de missionnaires) et une fin (l’établissement d’églises locales), tourné vers l’extérieur de l’Eglise, la mission est désormais perçue [4] comme faisant partie à la fois de l’être même de l’Eglise et de celui de chaque baptisé. Comme une facette indispensable de l’agir-en-chrétien.

Grandir en sainteté

Bref, les pôles missionnaires vont certes permettre de regrouper les bonnes volontés ; mais ils ne seront fructueux que si nous allons plus loin que cela. Si nous passons d’une logique territoriale à une logique nouvelle, où ad-intra et ad-extra se rejoignent en un même ad-omnes, vers tous. Si chaque pôle missionnaire devient localement la communauté des amoureux du Christ, qui vont ensemble célébrer, annoncer et servir. Une communauté qui donne envie, par sa vie fraternelle, par son unité dans la diversité des personnes qui la composent, etc. Une communauté en croissance de Sainteté, qui sait que la mission n’est pas sa propriété, mais d’abord l’affaire du Seigneur. Une communauté où chaque membre grandit dans sa vie spirituelle et humaine en participant à l’annonce de la bonne nouvelle.

« L’évangélisation est la tâche de l’Église. Mais ce sujet de l’évangélisation est bien plus qu’une institution organique et hiérarchique, car avant tout c’est un peuple qui est en marche vers Dieu… Chaque baptisé, quels que soient sa fonction dans l’Église et le niveau d’instruction de sa foi, est un sujet actif de l’évangélisation, et il serait inadéquat de penser à un schéma d’évangélisation utilisé pour des acteurs qualifiés, où le reste du peuple fidèle serait seulement destiné à bénéficier de leurs actions. La nouvelle évangélisation doit impliquer que chaque baptisé soit protagoniste d’une façon nouvelle. Cette conviction se transforme en un appel adressé à chaque chrétien, pour que personne ne renonce à son engagement pour l’évangélisation » (La Joie de l’Evangile, 120)

1 « La vocation propre des laïcs consiste à chercher le règne de Dieu précisément à travers la gérance des choses temporelles qu’ils ordonnent selon Dieu… C’est à eux qu’il revient… d’éclairer et d’orienter toutes les réalités temporelles auxquelles ils sont étroitement unis, de telle sorte qu’elles se fassent et prospèrent constamment selon le Christ… » (LG 31)
2 « Les laïcs doivent assumer comme leur tâche propre le renouvellement de l’ordre temporel… Membres de la cité, ils ont à coopérer avec les autres citoyens suivant leur compétence particulière en assumant leur propre responsabilité et à chercher partout et en tout la justice du Royaume de Dieu » (AA 7)
3 « La fonction des prêtres, en tant qu’elle est unie à l’ordre épiscopal, participe à l’autorité par laquelle le Christ édifie, sanctifie et gouverne son Corps… C’est par le ministère des prêtres que se consomme le sacrifice spirituel des chrétiens, en union avec le sacrifice du Christ… » (PO 2)
4 « La mission évangélisatrice, continuation de l’œuvre voulue par le Seigneur Jésus, est pour l’Eglise nécessaire et irremplaçable, expression de sa nature même. » (Benoit XVI, Motu Proprio Ubicumque et semper, instituant le conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation)
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En exhortant… Mgr David Macaire, Montrer Jésus partout

Aux Curés, au clergé, aux religieux et religieuses, aux responsables des services et mouvements diocésains, aux fidèles engagés dans l’Église, aux chrétiens pratiquants

Chers fidèles diocésains de la Martinique,
Chers sœurs et frères,
La Martinique a peur, elle a besoin d’être délivrée de tout mal, elle attend que Dieu donne la Paix à notre temps, elle aspire à être libérée du péché et rassurée devant les épreuves qui l’accablent. Elle attend le bonheur et l’espérance, l’avènement de Notre Seigneur Jésus-Christ : c’est urgent ! Cette certitude est plus que jamais inscrite en mon âme. Je le sais, je l’ai vu dans les cœurs, entendu sur les lèvres, après avoir fait le tour des communautés et des réalités pastorales et sociales de notre île. Pendant plusieurs mois, le peuple de Dieu a vécu une série de mini-synodes dans les paroisses et les entités pastorales pour accueillir l’évêque et lui présenter sa vie dans le monde et dans l’Esprit-Saint. Oui, l’Église est en marche, et le monde attend son passage. Il y a en Martinique une grande attente vis-à-vis de l’Église Catholique.
Certes, le pape François a affirmé le mois dernier que nous étions entrés dans la troisième guerre mondiale et, en effet, nous sommes dans une lutte sans merci avec l’esprit du monde prêt à dévorer les fils et les filles de Dieu, les familles, les paroisses, les mouvements et les prêtres. Mais votre pasteur ne peut ignorer qu’il a vu un peuple debout, un peuple vaillant, capable non seulement de résister mais, plus encore, de remporter de grandes victoires sur le mystère d’iniquité qui croît mystérieusement en ce monde.
Notre communauté diocésaine a donc les moyens d’engager enfin ce « renouveau ecclésial qu’on ne peut différer », auquel le pape François nous invite :

J’imagine, dit-il, un choix missionnaire capable de transformer toute chose, afin que les habitudes, les styles, les horaires, le langage et toute structure ecclésiale deviennent un canal adéquat pour l’évangélisation du monde actuel, plus que pour l’auto-préservation. La réforme des structures, qui exige la conversion pastorale, ne peut se comprendre qu’en ce sens : faire en sorte qu’elles deviennent toutes plus missionnaires, que la pastorale ordinaire en toutes ses instances soit plus expansive et ouverte, qu’elle mette les agents pastoraux en constante attitude de “sortie” et favorise ainsi la réponse positive de tous ceux auxquels Jésus offre son amitié (Evangelii Gaudium n°27).

C’est pourquoi, plein d’Espérance, j’ai décidé de vous proposer de prolonger la première année de démarche synodale par un plan pastoral en vue d’une conversion missionnaire de toute la vie de l’Église : ECCLESIA’M 2020 !

Le mot d’ordre…

La Sainte Écriture affirme que « l’Esprit et l’Épouse disent : « Viens ! Viens, Seigneur Jésus » » (Apocalypse 22,17). L’Esprit, c’est l’Esprit-Saint ; l’Épouse, c’est Marie, c’est l’Église, c’est nous : chacun de nous et nous tous ensemble.

Eh bien ! Frères et sœurs, écoutez bien cette nouvelle : À notre prière, Jésus est venu chez nous ! Oui, Jésus est présent en Martinique. Plusieurs fois, vous m’avez montré sa présence et son action. D’ailleurs, qui peut en douter ! ? Nous sommes si nombreux à prier. Il est là, désormais élevé comme un étendard sur ce pays. Le problème, c’est que beaucoup ne le voient pas ; au lieu de tourner les yeux vers le Seigneur, ils baissent le regard, tout tristes, accablés par le mal et leur péché. Dieu merci, le Jubilé de la Miséricorde a permis à beaucoup de relever la tête, de regarder vers Lui et de « resplendir sans ombre ni trouble au visage » (Psaume 33, 6). Mais ce n’est pas fini, la Miséricorde n’a pas dit son dernier mot.

C’est pourquoi je déclare dans l’Esprit-Saint que l’objectif principal qui doit guider désormais chaque baptisé de notre Église est le suivant :

Montrer Jésus partout, en Martinique et au-delà, personnellement et en Église.

Ce mot d’ordre est un principe intégral : il touche tout ce que nous sommes. Désormais, il concerne tous les fidèles baptisés. Guide toutes nos actions. Conditionne la mise en place de toutes les structures d’Église. Il est la raison d’être de nos groupes, de nos mouvements, de nos communautés et de nos ministères. Il façonne notre être et notre agir profonds et fait de nous un peuple de prophètes (Nombres 11, 29). Ce n’est pas une option ! C’est sur cet amour missionnaire que nous serons jugés au soir de notre vie.

En tant que Pasteur, Serviteur de l’Église du Christ qui est en Martinique, je demande au Seigneur « de ne pas donner de sommeil à mes yeux » tant que chaque baptisé ne sera pas devenu un témoin authentique du Christ. Pas simplement un bon catholique pratiquant, sage… et endormi, mais un fou, un témoin joyeux, un prophète de la Miséricorde qui Montre Jésus.

Le projet n’est pas une utopie car il est voulu par Dieu. Envoyé parmi vous, je ne serais pas fidèle à ma vocation si je n’avais pas pour ce diocèse et chacun d’entre vous un projet qui ne peut être réalisé que par la grâce de Jésus. Ce projet prophétique dans l’Esprit est la seule façon de sauver notre pays et ses enfants du dessein destructeur du diable qui a déjà commencé. Nous en avons la conviction, c’est le projet de Dieu pour la Martinique. Si telle est la volonté du Tout-Puissant, ne pas y consentir et y répondre entièrement est un péché mortel.

Les directives pastorales…

L’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique est le Corps du Christ et le Temple de l’Esprit-Saint. Elle est cependant composée à 100% de pécheurs. Cela est normal. Jésus a voulu que son Église soit un hôpital pour des pécheurs et non pas un refuge 4 étoiles pour des saints. À bon droit, des hommes et des femmes reprochent à l’Église des limites bien réelles. La plupart de ces personnes sont sincères, mais ça ne veut pas dire que toutes ces critiques sont toujours dans la Vérité.

N’oublions jamais que, malgré la fragilité des membres (fidèles et pasteurs), l’Église Catholique est seule à rester fidèle depuis l’origine à tous les principaux commandements du Seigneur : elle soigne sur toute la planète les pauvres, les prisonniers, les malades et les ignorants (si elle était une ONG, elle serait de loin la plus grande du monde) (Matthieu 25, 35) ; elle fait œuvre de Miséricorde et remet les péchés au nom de Jésus (Matthieu 18, 18) ; elle marche à la suite de Pierre et ses successeurs (Matthieu 16, 18 ; Jean 21, 17) ; elle maintient le peuple de Dieu dans l’Unité et la Communion Universelle et ne se répand pas en de multiples petites communautés indépendantes (Jean 17, 21) ; elle prie sans cesse et non pas quelques heures par semaine (1 Thessaloniciens 5, 17) ; elle renouvelle le sacrifice du Corps et du Sang en mémoire de Jésus (Luc 22, 19) ; elle mange le Corps et boit le Sang du Seigneur pour avoir la Vie éternelle (Jean 6, 54) ; elle prêche dans toutes les langues (Marc 16, 15) ; elle prend Marie chez elle (Jean 19, 27) et enfin elle est persécutée : chaque jour (oui, chaque jour !), le sang de ses martyrs lui donne de suivre son Seigneur dans sa Pâque et de vivre les Béatitudes (Matthieu 5, 12)…

D’un autre côté, nous ne pouvons ignorer certaines limites qui causent bien des souffrances qui la défigurent et entravent sa mission de montrer Jésus. Des scandales, des incohérences causent même le départ, sinon la perte, de nombreux frères et sœurs. Un prêtre a fait une grande enquête en Amérique latine qui a révélé :

1. que des personnes qui viennent à l’Église ne se sentent pas suffisamment accueillies et aimées. Certaines parfois même se sentent jugées.

2. que les fidèles ne reçoivent pas toujours un enseignement de qualité, c’est-à-dire biblique et doctrinal, capable de changer leur vie. Les pasteurs et prédicateurs ne leur indiquent pas clairement ce qu’ils doivent croire et ce qu’ils doivent faire.

3. que trop peu de catholiques ont fait l’expérience de la rencontre personnelle de Jésus-Christ (en effet, quand on pense à tant de confirmés, de mariés et parents des enfants baptisés qui, malgré les promesses, ne viennent plus à l’Église, ou encore aux contre-témoignages de certains fidèles responsables).

4. que les baptisés de notre Église ne sont pas assez formés et encouragés à devenir systématiquement des missionnaires.

Les gens ne quittent donc pas l’Église du Christ pour des raisons doctrinales (par exemple parce qu’ils rejetteraient l’Eucharistie, le culte de la Vierge Marie et des saints ou le ministère du Pape), mais parce qu’ils n’ont pas fait avec nous, d’abord l’expérience de la communauté, ensuite l’expérience de la foi et enfin l’expérience d’une vie donnée à Dieu et missionnaire. Sans parler d’un certain complexe de supériorité, pour ne pas dire de la vanité, qu’on trouve parfois dans notre Église…

Ces critiques sont fondées, je les fais miennes et j’en déduis trois directives pastorales qui vont mener de façon pratique notre mission de montrer Jésus. Désormais notre pastorale devra permettre à tous les fidèles de faire les trois expériences suivantes, dans l’ordre de priorité :

A- L’expérience de la communauté, qui passera par la Famille

La dimension familiale est fondamentale pour notre vie et pour notre salut. Fondée par Dieu, la famille est haïe par le démon et par le monde. Les Pères du Synode sur la Famille ont rappelé, dans un message au monde, que l’Église est une famille et une famille de familles. Notre Église n’est pas assez familiale, pas suffisamment fraternelle et pas assez fondée sur les familles. Toute communauté, en particulier les paroisses, doivent se considérer comme une famille. Aujourd’hui, nombre de nos paroisses ressemblent plus à des bureaux de douane, à des administrations du religieux, qu’à des familles. Il faudra en repenser le fonctionnement. D’un autre côté, nos familles ne sont pas assez ecclésiales. Si la famille n’est pas une petite Église, elle se détruit et détruit ses membres. On doit donc y prier, y célébrer le Seigneur ; les parents doivent être les pasteurs de cette petite Église, les plus faibles doivent y être soignés et accueillis, les jeunes doivent y être éduqués dans l’Évangile !

B- L’expérience de l’Esprit-Saint, qui se fera par et grâce à l’exercice des ministères

Tous les agents de la pastorale doivent désormais chercher à exercer leur ministère dans l’Esprit-Saint et en vue de préparer des cœurs fervents à l’avènement de ce même Esprit-Saint dans les sacrements. Trop de fidèles (et même des fidèles engagés) vivent comme les johannites d’Éphèse, ces disciples qui connaissaient le baptême de Jean mais qui « ne savaient même pas qu’il y avait un Esprit-Saint » (Actes 19, 2). Les prédications, le catéchisme et l’éducation des jeunes, la proclamation des lectures, la préparation aux sacrements, le soin des pauvres, des malades et des prisonniers, les prières de délivrance, l’animation des funérailles, le secrétariat paroissial, l’écoute, le chant choral, l’enseignement de la sainte Écriture… tous les ministères doivent désormais être repensés de façon charismatique en vue de montrer Jésus et de faire faire l’expérience de l’Esprit-Saint.

C- L’expérience missionnaire, qui doit être au cœur de la préoccupation de chaque baptisé

En effet, c’est une lourde responsabilité pour les héritiers du Royaume de Dieu que de se montrer peu aptes à en faire bénéficier TOUS nos frères, et de laisser les contre-témoignages de certains d’entre nous éloigner du salut les plus fragiles de ceux qui sont venus frapper à notre porte. Alors que l’Esprit-Saint, par le Concile Vatican II, a demandé à l’Église Catholique d’être le Bon Samaritain de ce monde qui se meurt sur le bord du chemin, de s’approcher de lui, de le prendre dans ses bras, de le soigner et même de payer le prix de sa guérison, comment pouvons-nous avoir l’attitude du prêtre et du lévite qui, pour garder leur pureté, passent leur chemin sans toucher le moribond (Luc 10, 25-37) ?
Le temps est venu d’une conversion missionnaire de toute la vie de l’Église pour que chaque baptisé, chaque famille, chaque groupe, chaque mouvement, chaque paroisse n’ait d’autre souci que de montrer Jésus au monde qui l’attend. Saint Jean-Paul II disait :

J’estime que le moment est venu d’engager toutes les forces ecclésiales dans la nouvelle évangélisation et dans la mission ad gentes. Aucun de ceux qui croient au Christ, aucune institution de l’Église ne peut se soustraire à ce devoir suprême : annoncer le Christ à tous les peuples. Redemptoris Missio, n°3, 1990.

Pawol la té bien di ! N’est-ce pas ? Alors, qu’as-tu fait de cette invitation de l’Esprit-Saint ! ?

Le Plan ECCLESIA’M 2020 ! et ses chantiers…

Pour réaliser cet objectif ambitieux – impossible sans la grâce de Jésus, l’amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit-Saint et impensable sans la foi, l’espérance et l’amour – je demande au diocèse de Martinique, à chaque baptisé personnellement, mais aussi à chaque réalité de ce diocèse, de participer à la démarche synodale de ECCLESIA’M 2020 !

1) Cette démarche n’est pas venue d’un vouloir de chair : elle est née dans l’Esprit-Saint le 12 avril 2015 au Stade de Dillon, lorsque le peuple de Martinique s’est rassemblé pour célébrer la Pâques, la Miséricorde et l’ordination d’un nouvel évêque.

2) Elle s’est poursuivie, au cours du Jubilé de la Miséricorde, par les visites pastorales des paroisses, des associations, des mouvements, des hôpitaux, des communautés, des écoles, des familles et les grands rendez-vous jubilaires…

3) Elle continue aujourd’hui avec cette Lettre Pastorale qui détermine :
. Le mot d’ordre : « Montrer Jésus partout en Martinique et au-delà, personnellement et en Église » ;

. les trois directives pastorales (Faire faire l’expérience de la communauté, de l’Esprit-Saint et de la mission à chaque baptisé) ;

. et les 5 chantiers missionnaires et pastoraux composés de différents ateliers à mettre en œuvre d’ici 2020 :

. Accompagner et protéger les familles,

. Convertir la pastorale en Mission du Parvis,

. Bâtir une éducation chrétienne,

. Soigner et délivrer les âmes,

. Guérir le monde par l’Évangile.

4) Cette démarche se poursuivra en 2017 par des assemblées synodales chargées d’organiser les chantiers et les ateliers, de mettre en place les équipes et les plans d’action et le calendrier pour les deux années pastorales 2017-2018 et 2018-2019.

5) En début 2020, viendra le temps des bilans et des conclusions. Une Assemblée Synodale festive rassemblera, je l’espère, le diocèse pour présenter les résultats de ce travail communautaire dans l’Esprit-Saint.

Je confie cette démarche à la Vierge Marie, Mère de l’Église et Notre-Dame de la Délivrance. À son intercession, je suis persuadé que la Divine Providence a déjà désigné tous les serviteurs de ces chantiers et mis en place tous les moyens logistiques et matériels nécessaires. Déjà, à tous, Maman Marie redit : « Faites tout ce qu’Il vous dira ».

Je sais aussi que l’ennemi ne manquera pas de mettre des bâtons dans nos roues (ses « bâtons » favoris étant la division, la jalousie, le découragement, la peur, la procrastination, la critique…), mais je sais aussi que, le cas échéant, Elle saura dire à son Fils : « Ils n’ont plus de vin ».

Alors : « Même pas peur ! »

OUI, n’ayons pas peur !

Au contraire, redisons : « Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je Vous aime, je… ! »

En avant pour ECCLESIA’M 2020 !

Montre Jésus !


À Rome le 8 septembre 2016
En la fête de la Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France

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En exhortant… Mgr David Macaire, Montrer Jésus partout

Aux Curés, au clergé, aux religieux et religieuses, aux responsables des services et mouvements diocésains, aux fidèles engagés dans l’Église, aux chrétiens pratiquants

Chers fidèles diocésains de la Martinique,
Chers sœurs et frères,
La Martinique a peur, elle a besoin d’être délivrée de tout mal, elle attend que Dieu donne la Paix à notre temps, elle aspire à être libérée du péché et rassurée devant les épreuves qui l’accablent. Elle attend le bonheur et l’espérance, l’avènement de Notre Seigneur Jésus-Christ : c’est urgent ! Cette certitude est plus que jamais inscrite en mon âme. Je le sais, je l’ai vu dans les cœurs, entendu sur les lèvres, après avoir fait le tour des communautés et des réalités pastorales et sociales de notre île. Pendant plusieurs mois, le peuple de Dieu a vécu une série de mini-synodes dans les paroisses et les entités pastorales pour accueillir l’évêque et lui présenter sa vie dans le monde et dans l’Esprit-Saint. Oui, l’Église est en marche, et le monde attend son passage. Il y a en Martinique une grande attente vis-à-vis de l’Église Catholique.
Certes, le pape François a affirmé le mois dernier que nous étions entrés dans la troisième guerre mondiale et, en effet, nous sommes dans une lutte sans merci avec l’esprit du monde prêt à dévorer les fils et les filles de Dieu, les familles, les paroisses, les mouvements et les prêtres. Mais votre pasteur ne peut ignorer qu’il a vu un peuple debout, un peuple vaillant, capable non seulement de résister mais, plus encore, de remporter de grandes victoires sur le mystère d’iniquité qui croît mystérieusement en ce monde.
Notre communauté diocésaine a donc les moyens d’engager enfin ce « renouveau ecclésial qu’on ne peut différer », auquel le pape François nous invite :

J’imagine, dit-il, un choix missionnaire capable de transformer toute chose, afin que les habitudes, les styles, les horaires, le langage et toute structure ecclésiale deviennent un canal adéquat pour l’évangélisation du monde actuel, plus que pour l’auto-préservation. La réforme des structures, qui exige la conversion pastorale, ne peut se comprendre qu’en ce sens : faire en sorte qu’elles deviennent toutes plus missionnaires, que la pastorale ordinaire en toutes ses instances soit plus expansive et ouverte, qu’elle mette les agents pastoraux en constante attitude de “sortie” et favorise ainsi la réponse positive de tous ceux auxquels Jésus offre son amitié (Evangelii Gaudium n°27).

C’est pourquoi, plein d’Espérance, j’ai décidé de vous proposer de prolonger la première année de démarche synodale par un plan pastoral en vue d’une conversion missionnaire de toute la vie de l’Église : ECCLESIA’M 2020 !

Le mot d’ordre…

La Sainte Écriture affirme que « l’Esprit et l’Épouse disent : « Viens ! Viens, Seigneur Jésus » » (Apocalypse 22,17). L’Esprit, c’est l’Esprit-Saint ; l’Épouse, c’est Marie, c’est l’Église, c’est nous : chacun de nous et nous tous ensemble.

Eh bien ! Frères et sœurs, écoutez bien cette nouvelle : À notre prière, Jésus est venu chez nous ! Oui, Jésus est présent en Martinique. Plusieurs fois, vous m’avez montré sa présence et son action. D’ailleurs, qui peut en douter ! ? Nous sommes si nombreux à prier. Il est là, désormais élevé comme un étendard sur ce pays. Le problème, c’est que beaucoup ne le voient pas ; au lieu de tourner les yeux vers le Seigneur, ils baissent le regard, tout tristes, accablés par le mal et leur péché. Dieu merci, le Jubilé de la Miséricorde a permis à beaucoup de relever la tête, de regarder vers Lui et de « resplendir sans ombre ni trouble au visage » (Psaume 33, 6). Mais ce n’est pas fini, la Miséricorde n’a pas dit son dernier mot.

C’est pourquoi je déclare dans l’Esprit-Saint que l’objectif principal qui doit guider désormais chaque baptisé de notre Église est le suivant :

Montrer Jésus partout, en Martinique et au-delà, personnellement et en Église.

Ce mot d’ordre est un principe intégral : il touche tout ce que nous sommes. Désormais, il concerne tous les fidèles baptisés. Guide toutes nos actions. Conditionne la mise en place de toutes les structures d’Église. Il est la raison d’être de nos groupes, de nos mouvements, de nos communautés et de nos ministères. Il façonne notre être et notre agir profonds et fait de nous un peuple de prophètes (Nombres 11, 29). Ce n’est pas une option ! C’est sur cet amour missionnaire que nous serons jugés au soir de notre vie.

En tant que Pasteur, Serviteur de l’Église du Christ qui est en Martinique, je demande au Seigneur « de ne pas donner de sommeil à mes yeux » tant que chaque baptisé ne sera pas devenu un témoin authentique du Christ. Pas simplement un bon catholique pratiquant, sage… et endormi, mais un fou, un témoin joyeux, un prophète de la Miséricorde qui Montre Jésus.

Le projet n’est pas une utopie car il est voulu par Dieu. Envoyé parmi vous, je ne serais pas fidèle à ma vocation si je n’avais pas pour ce diocèse et chacun d’entre vous un projet qui ne peut être réalisé que par la grâce de Jésus. Ce projet prophétique dans l’Esprit est la seule façon de sauver notre pays et ses enfants du dessein destructeur du diable qui a déjà commencé. Nous en avons la conviction, c’est le projet de Dieu pour la Martinique. Si telle est la volonté du Tout-Puissant, ne pas y consentir et y répondre entièrement est un péché mortel.

Les directives pastorales…

L’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique est le Corps du Christ et le Temple de l’Esprit-Saint. Elle est cependant composée à 100% de pécheurs. Cela est normal. Jésus a voulu que son Église soit un hôpital pour des pécheurs et non pas un refuge 4 étoiles pour des saints. À bon droit, des hommes et des femmes reprochent à l’Église des limites bien réelles. La plupart de ces personnes sont sincères, mais ça ne veut pas dire que toutes ces critiques sont toujours dans la Vérité.

N’oublions jamais que, malgré la fragilité des membres (fidèles et pasteurs), l’Église Catholique est seule à rester fidèle depuis l’origine à tous les principaux commandements du Seigneur : elle soigne sur toute la planète les pauvres, les prisonniers, les malades et les ignorants (si elle était une ONG, elle serait de loin la plus grande du monde) (Matthieu 25, 35) ; elle fait œuvre de Miséricorde et remet les péchés au nom de Jésus (Matthieu 18, 18) ; elle marche à la suite de Pierre et ses successeurs (Matthieu 16, 18 ; Jean 21, 17) ; elle maintient le peuple de Dieu dans l’Unité et la Communion Universelle et ne se répand pas en de multiples petites communautés indépendantes (Jean 17, 21) ; elle prie sans cesse et non pas quelques heures par semaine (1 Thessaloniciens 5, 17) ; elle renouvelle le sacrifice du Corps et du Sang en mémoire de Jésus (Luc 22, 19) ; elle mange le Corps et boit le Sang du Seigneur pour avoir la Vie éternelle (Jean 6, 54) ; elle prêche dans toutes les langues (Marc 16, 15) ; elle prend Marie chez elle (Jean 19, 27) et enfin elle est persécutée : chaque jour (oui, chaque jour !), le sang de ses martyrs lui donne de suivre son Seigneur dans sa Pâque et de vivre les Béatitudes (Matthieu 5, 12)…

D’un autre côté, nous ne pouvons ignorer certaines limites qui causent bien des souffrances qui la défigurent et entravent sa mission de montrer Jésus. Des scandales, des incohérences causent même le départ, sinon la perte, de nombreux frères et sœurs. Un prêtre a fait une grande enquête en Amérique latine qui a révélé :

1. que des personnes qui viennent à l’Église ne se sentent pas suffisamment accueillies et aimées. Certaines parfois même se sentent jugées.

2. que les fidèles ne reçoivent pas toujours un enseignement de qualité, c’est-à-dire biblique et doctrinal, capable de changer leur vie. Les pasteurs et prédicateurs ne leur indiquent pas clairement ce qu’ils doivent croire et ce qu’ils doivent faire.

3. que trop peu de catholiques ont fait l’expérience de la rencontre personnelle de Jésus-Christ (en effet, quand on pense à tant de confirmés, de mariés et parents des enfants baptisés qui, malgré les promesses, ne viennent plus à l’Église, ou encore aux contre-témoignages de certains fidèles responsables).

4. que les baptisés de notre Église ne sont pas assez formés et encouragés à devenir systématiquement des missionnaires.

Les gens ne quittent donc pas l’Église du Christ pour des raisons doctrinales (par exemple parce qu’ils rejetteraient l’Eucharistie, le culte de la Vierge Marie et des saints ou le ministère du Pape), mais parce qu’ils n’ont pas fait avec nous, d’abord l’expérience de la communauté, ensuite l’expérience de la foi et enfin l’expérience d’une vie donnée à Dieu et missionnaire. Sans parler d’un certain complexe de supériorité, pour ne pas dire de la vanité, qu’on trouve parfois dans notre Église…

Ces critiques sont fondées, je les fais miennes et j’en déduis trois directives pastorales qui vont mener de façon pratique notre mission de montrer Jésus. Désormais notre pastorale devra permettre à tous les fidèles de faire les trois expériences suivantes, dans l’ordre de priorité :

A- L’expérience de la communauté, qui passera par la Famille

La dimension familiale est fondamentale pour notre vie et pour notre salut. Fondée par Dieu, la famille est haïe par le démon et par le monde. Les Pères du Synode sur la Famille ont rappelé, dans un message au monde, que l’Église est une famille et une famille de familles. Notre Église n’est pas assez familiale, pas suffisamment fraternelle et pas assez fondée sur les familles. Toute communauté, en particulier les paroisses, doivent se considérer comme une famille. Aujourd’hui, nombre de nos paroisses ressemblent plus à des bureaux de douane, à des administrations du religieux, qu’à des familles. Il faudra en repenser le fonctionnement. D’un autre côté, nos familles ne sont pas assez ecclésiales. Si la famille n’est pas une petite Église, elle se détruit et détruit ses membres. On doit donc y prier, y célébrer le Seigneur ; les parents doivent être les pasteurs de cette petite Église, les plus faibles doivent y être soignés et accueillis, les jeunes doivent y être éduqués dans l’Évangile !

B- L’expérience de l’Esprit-Saint, qui se fera par et grâce à l’exercice des ministères

Tous les agents de la pastorale doivent désormais chercher à exercer leur ministère dans l’Esprit-Saint et en vue de préparer des cœurs fervents à l’avènement de ce même Esprit-Saint dans les sacrements. Trop de fidèles (et même des fidèles engagés) vivent comme les johannites d’Éphèse, ces disciples qui connaissaient le baptême de Jean mais qui « ne savaient même pas qu’il y avait un Esprit-Saint » (Actes 19, 2). Les prédications, le catéchisme et l’éducation des jeunes, la proclamation des lectures, la préparation aux sacrements, le soin des pauvres, des malades et des prisonniers, les prières de délivrance, l’animation des funérailles, le secrétariat paroissial, l’écoute, le chant choral, l’enseignement de la sainte Écriture… tous les ministères doivent désormais être repensés de façon charismatique en vue de montrer Jésus et de faire faire l’expérience de l’Esprit-Saint.

C- L’expérience missionnaire, qui doit être au cœur de la préoccupation de chaque baptisé

En effet, c’est une lourde responsabilité pour les héritiers du Royaume de Dieu que de se montrer peu aptes à en faire bénéficier TOUS nos frères, et de laisser les contre-témoignages de certains d’entre nous éloigner du salut les plus fragiles de ceux qui sont venus frapper à notre porte. Alors que l’Esprit-Saint, par le Concile Vatican II, a demandé à l’Église Catholique d’être le Bon Samaritain de ce monde qui se meurt sur le bord du chemin, de s’approcher de lui, de le prendre dans ses bras, de le soigner et même de payer le prix de sa guérison, comment pouvons-nous avoir l’attitude du prêtre et du lévite qui, pour garder leur pureté, passent leur chemin sans toucher le moribond (Luc 10, 25-37) ?
Le temps est venu d’une conversion missionnaire de toute la vie de l’Église pour que chaque baptisé, chaque famille, chaque groupe, chaque mouvement, chaque paroisse n’ait d’autre souci que de montrer Jésus au monde qui l’attend. Saint Jean-Paul II disait :

J’estime que le moment est venu d’engager toutes les forces ecclésiales dans la nouvelle évangélisation et dans la mission ad gentes. Aucun de ceux qui croient au Christ, aucune institution de l’Église ne peut se soustraire à ce devoir suprême : annoncer le Christ à tous les peuples. Redemptoris Missio, n°3, 1990.

Pawol la té bien di ! N’est-ce pas ? Alors, qu’as-tu fait de cette invitation de l’Esprit-Saint ! ?

Le Plan ECCLESIA’M 2020 ! et ses chantiers…

Pour réaliser cet objectif ambitieux – impossible sans la grâce de Jésus, l’amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit-Saint et impensable sans la foi, l’espérance et l’amour – je demande au diocèse de Martinique, à chaque baptisé personnellement, mais aussi à chaque réalité de ce diocèse, de participer à la démarche synodale de ECCLESIA’M 2020 !

1) Cette démarche n’est pas venue d’un vouloir de chair : elle est née dans l’Esprit-Saint le 12 avril 2015 au Stade de Dillon, lorsque le peuple de Martinique s’est rassemblé pour célébrer la Pâques, la Miséricorde et l’ordination d’un nouvel évêque.

2) Elle s’est poursuivie, au cours du Jubilé de la Miséricorde, par les visites pastorales des paroisses, des associations, des mouvements, des hôpitaux, des communautés, des écoles, des familles et les grands rendez-vous jubilaires…

3) Elle continue aujourd’hui avec cette Lettre Pastorale qui détermine :
. Le mot d’ordre : « Montrer Jésus partout en Martinique et au-delà, personnellement et en Église » ;

. les trois directives pastorales (Faire faire l’expérience de la communauté, de l’Esprit-Saint et de la mission à chaque baptisé) ;

. et les 5 chantiers missionnaires et pastoraux composés de différents ateliers à mettre en œuvre d’ici 2020 :

. Accompagner et protéger les familles,

. Convertir la pastorale en Mission du Parvis,

. Bâtir une éducation chrétienne,

. Soigner et délivrer les âmes,

. Guérir le monde par l’Évangile.

4) Cette démarche se poursuivra en 2017 par des assemblées synodales chargées d’organiser les chantiers et les ateliers, de mettre en place les équipes et les plans d’action et le calendrier pour les deux années pastorales 2017-2018 et 2018-2019.

5) En début 2020, viendra le temps des bilans et des conclusions. Une Assemblée Synodale festive rassemblera, je l’espère, le diocèse pour présenter les résultats de ce travail communautaire dans l’Esprit-Saint.

Je confie cette démarche à la Vierge Marie, Mère de l’Église et Notre-Dame de la Délivrance. À son intercession, je suis persuadé que la Divine Providence a déjà désigné tous les serviteurs de ces chantiers et mis en place tous les moyens logistiques et matériels nécessaires. Déjà, à tous, Maman Marie redit : « Faites tout ce qu’Il vous dira ».

Je sais aussi que l’ennemi ne manquera pas de mettre des bâtons dans nos roues (ses « bâtons » favoris étant la division, la jalousie, le découragement, la peur, la procrastination, la critique…), mais je sais aussi que, le cas échéant, Elle saura dire à son Fils : « Ils n’ont plus de vin ».

Alors : « Même pas peur ! »

OUI, n’ayons pas peur !

Au contraire, redisons : « Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je Vous aime, je… ! »

En avant pour ECCLESIA’M 2020 !

Montre Jésus !


À Rome le 8 septembre 2016
En la fête de la Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie

+ David Macaire
Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France

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Quand le curé fait sa crise d’ado

Recension initialement parue dans le bulletin paroissial par là >>

http://www.librairie-emmanuel.fr/I-Grande-156818-monsieur-le-cure-fait-sa-crise.net.jpg

Jean Mercier, Monsieur le curé fait sa crise, éd. Quasar, 176 p.

 

            Des fidèles qui s’écharpent entre eux, des querelles de sacristies et de clochers à foison, des paroissiens qui en ont assez de leur curé, ce dernier qui le leur rend bien et qui en plus est excédé par ses confères : oh, mais cela se passe ailleurs… évidemment !

 

            Sujet facile ? Oh, certes, le trait peut paraître outrancier mais il fait sourire : que celui qui ne reconnaît pas ne serait-ce que l’ombre d’un détail lève la main ! Alors, n-ième remontrance pour nous dire « aimez-vous à la fin, garnements ! » ? Non plus ! Dans ce livre, il ne s’agit pas de minimiser nos agacements ecclésiaux, parfois très légitimes : il s’agit de nous laisser recentrer sur l’Essentiel.

 

            Dans ce récit, le curé a fugué… Vous en dire plus sur l’intrigue ? Certainement pas ! Depuis la disparition initiale, chacun va avoir à vivre des conversions. Rappelons-nous avec le proverbe anglais que « là où Dieu a son Église, le diable a sa chapelle » : il s’agit de prendre conscience de ces chapelles où nous laissons régner le diable, diviseur, pour entrer dans une démarche de réconciliation, réelle et grandissante.

 

Alors, si nous lisions ce livre comme une invitation à notre propre conversion, jamais terminée ? Ça vaut le coup et se lit d’une traite : prenons le risque de laisser la grâce du Seigneur irradier dans et à partir de nos faiblesses !

 

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Quand le curé fait sa crise d’ado

Recension initialement parue dans le bulletin paroissial par là >>

http://www.librairie-emmanuel.fr/I-Grande-156818-monsieur-le-cure-fait-sa-crise.net.jpg

Jean Mercier, Monsieur le curé fait sa crise, éd. Quasar, 176 p.

 

            Des fidèles qui s’écharpent entre eux, des querelles de sacristies et de clochers à foison, des paroissiens qui en ont assez de leur curé, ce dernier qui le leur rend bien et qui en plus est excédé par ses confères : oh, mais cela se passe ailleurs… évidemment !

 

            Sujet facile ? Oh, certes, le trait peut paraître outrancier mais il fait sourire : que celui qui ne reconnaît pas ne serait-ce que l’ombre d’un détail lève la main ! Alors, n-ième remontrance pour nous dire « aimez-vous à la fin, garnements ! » ? Non plus ! Dans ce livre, il ne s’agit pas de minimiser nos agacements ecclésiaux, parfois très légitimes : il s’agit de nous laisser recentrer sur l’Essentiel.

 

            Dans ce récit, le curé a fugué… Vous en dire plus sur l’intrigue ? Certainement pas ! Depuis la disparition initiale, chacun va avoir à vivre des conversions. Rappelons-nous avec le proverbe anglais que « là où Dieu a son Église, le diable a sa chapelle » : il s’agit de prendre conscience de ces chapelles où nous laissons régner le diable, diviseur, pour entrer dans une démarche de réconciliation, réelle et grandissante.

 

Alors, si nous lisions ce livre comme une invitation à notre propre conversion, jamais terminée ? Ça vaut le coup et se lit d’une traite : prenons le risque de laisser la grâce du Seigneur irradier dans et à partir de nos faiblesses !

 

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En unifiant… Gustave Thibon, La morale et les mœurs


Il n’est pas de spectacle plus angoissant que celui de la disjonction croissante entre la moralité et les mœurs des hommes.

Entendons-nous d’abord sur le sens des mots. J’appelle mœurs, tout ce qui, dans la conduite humaine, ressortit à la nécessité inconsciente, autrement dit, tout ce qui se fait par instinct, par tradition, par adaptation spontanée au milieu social, etc. J’appelle moralité ce qui se rapporte à l’affectivité spécifiquement consciente. Il n’est pas nécessaire de communier consciemment à un idéal pour avoir des mœurs ; ce l’est pour avoir une morale. On peut parler de mœurs pour les animaux, mais on ne peut parler de moralité que pour les hommes.

Prenons deux cas extrêmes. Voici un vieux paysan avare et retors, toujours prêt à duper ses semblables dans un achat ou dans une vente, mais en même temps attaché au terroir familial et père d’une nombreuse famille qu’il élève avec dévouement. Cet homme n’a pas de morale, mais il a de bonnes mœurs. Voici, d’autre part, un petit bourgeois dévitalisé, très scrupuleux et très digne dans sa conduite, très noble dans son idéal de justice universelle, et qui, par faiblesse, par lâcheté inconsciente et spontanée devant la vie, s’abstient volontairement d’avoir des enfants. La morale de cet homme peut être plus pure que celle du premier ; ses mœurs n’en sont pas moins corrompues.

Il y a, dans tout acte humain, un côté physique (je prends ce mot dans le sens très large d’ontologique) et un côté moral. Un acte moralement mauvais peut être physiquement bon, en d’autres termes, il peut reposer sur de saines bases vitales, être l’expression d’une pureté, d’une spontanéité naturelle, etc. Ainsi, tel exercice illicite de la sexualité, tel mouvement de violence aboutissant à un meurtre, etc., peuvent procéder de facultés parfaitement saines dans leur ordre : le désordre réside seulement ici dans l’illégitimité morale et sociale de ces actes. Inversement, un acte moralement pur peut être physiquement impur. L’homme dévitalisé dont j’ai parlé plus haut peut, pour des raisons morales, se décider à avoir des enfants : sa conduite alors sera très noble, peut-être héroïque : elle manquera tout de même de saines bases naturelles, elle n’aura pas de vraies racines dans la nécessité.

Cette distinction entre la moralité et les mœurs nous permettra de comparer sainement l’état présent et l’état passé de l’humanité. Quand les conservateurs, les laudatores temporis actigémissent sur la décadence morale des hommes, les partisans du progrès ne manquent pas de leur rappeler les ombres terribles du passé, ce long cortège de cruautés, d’exactions, de débauches qui se déroule à travers les siècles défunts. Conclusion : mieux vaut encore vivre aujourd’hui, les hommes sont plus justes et plus doux. Distinguons. Si nous comparons des époques comme le Moyen-âge à la période actuelle, nous arrivons à cette conclusion : du point de vue des mœurs, l’humanité est en pleine décadence ; du point de vue de la moralité (du moins en tant que disposition émotive et qu’idéal universel), elle est certainement en progrès.

Nos ancêtres avaient moins de morale que nous, ils avaient plus de mœurs ; nous avons plus de morale et moins de mœurs. Il n’est pas utile d’ailleurs de remonter au Moyen-âge pour établir cette comparaison. Les paysans d’il y a cent ans étaient dans l’ensemble plus durs, plus retors, plus mesquins et plus processifs que les paysans d’aujourd’hui ; ils étaient moins ouverts à la morale et à l’amour qui en est la base. Leurs petits-fils ont le cœur plus sensible et l’esprit plus large ; les disputes, les procès, les tromperies sont plus rares au village. Mais ces vieux paysans possédaient, malgré l’étroitesse presque immorale de leur âme, un profond capital de traditions religieuses et familiales et de sagesse instinctive : leurs enfants ont dilapidé ce capital. Ils faisaient corps, personnellement et héréditairement, avec la terre qu’ils cultivaient et jouaient ainsi un rôle organique dans la cité : leurs enfants, détachés du sol natal, n’aspirent qu’à devenir des fonctionnaires anonymes et parasites. Ils étaient parfois brutaux avec leurs enfants, mais ils en avaient : leurs fils entourent les leurs de plus de tendresse et de plus de soins, mais ils n’en ont presque plus. Pis encore — et cela permet de mesurer l’ampleur monstrueuse du divorce entre la sensibilité morale et les mœurs profondes — c’est précisément dans ce pays de France où la plupart des hommes sont devenus si doux, si humains et, en particulier, si tendres pour leurs enfants et si incapables de les voir souffrir qu’on compte au bas mot 500.000 1avortements par année, c’est-à-dire 500.000 enfants assassinés ! D’une part on gâte les enfants, de l’autre on les tue : c’est la même main qui massacre les innocents et qui les pourrit de caresses. Il faut que les uns meurent pour que les autres soient plus choyés et plus adorés : on fait des sacrifices humains à ces petits dieux ! J’ai connu une personne qui avait tué quatre enfants dans son sein (non par malice, mais par faiblesse, par manque d’instincts solides et d’encadrement social) et qui trouvait monstrueux qu’on pût frapper un enfant pour le corriger… Cet écart entre la sensibilité affective et les mœurs profondes, c’est la distance entre l’enfant assassiné et l’enfant gâté qui nous en fournit la mesure.

Parce qu’elle n’est pas incarnée dans de saines mœurs, cette moralité reste essentiellement affectée d’impuissance. Faite d’intellectualisme abstrait et d’émotivité superficielle (n’est-ce pas Rousseau qui avait voulu jeter les bases d’une morale sensitive ?), elle ne va pas au delà de la sensation immédiate ou de l’idéal inaccessible. Elle est à la fois terriblement presbyte et terriblement myope elle regarde d’un œil une étoile chimérique qui ne descendra jamais sur la terre, et de l’autre de celui qui dirige l’action concrète elle ne voit que le fruit qui se peut cueillir aujourd’hui. Les hommes possédaient jadis de profonds instincts biologiques et collectifs qui leur faisaient servir à leur insu le bien de l’espèce et le bien de la cité, ils voyaient loin sans en avoir conscience, et leur humble effort personnel, capté par une finalité supérieure à laquelle il s’adaptait spontanément, contribuait à l’édification harmonieuse de la société et de l’avenir. Le grand bienfait des mœurs saines, c’est de rendre faciles et naturelles des choses très difficiles pour la moralité pure de l’individu isolé. Or, la décadence des mœurs a isolé, atomisé les individus. Il faudrait aujourd’hui que chaque homme suppléât, par sa volonté défaillante, par sa sensibilité fugace, aux souffles profonds issus de l’âme animale et de l’âme collective. Cela n’est possible qu’à quelques grandes âmes. Les autres versent fatalement dans le culte exclusif de l’intérêt ou de l’amour sensibles et immédiats. L’homme atomisé a horreur de tout ce qui est pénible et surtout de tout ce qui est lointain. On n’a pas d’enfants : le possible qu’on tue ne se sent pas, mais le repos qu’on se procure se sent très bien ; on ne corrige pas ceux qu’on a : le bien qu’on leur ferait ainsi est trop lointain, il n’est pas sensible, mais leurs larmes et leurs caresses le sont… Les jeunes paysans se ruent en masse vers le fonctionnarisme : comment la vision d’un lointain désastre collectif pourrait-elle balancer en eux l’attrait d’une sécurité immédiate ? Est-ce les instincts et les institutions, ou bien la conscience des individus qui retenaient leurs ancêtres à la terre ?

Cette religion de la facilité issue de l’épuisement des mœurs a donné aussi des résultats positifs. Elle a fait se développer des vertus qui, quoique nourries de faiblesse, ne se confondent pas avec la faiblesse. Les hommes sont trop sensibilisés, ils ont trop besoin de l’aide et de l’estime de leurs semblables 2pour ne pas répudier spontanément les actes d’égoïsme ou de haine qui exigent une trop grande dépense de forces. Dans nos campagnes, par exemple, les procès n’existent presque plus, nul ne poursuit plus de vengeances à longue échéance, et les gens, qui s’envient et se calomnient plus que jamais, ne se disputent plus en face. Même dans le mal, on ne sait plus risquer et prendre sur soi.

Du point de vue strictement moral, la décadence des mœurs ne rend les hommes ni meilleurs ni pires : elle tend seulement à supprimer les manifestations lointaines et difficiles de l’égoïsme et de l’amour.

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Ce que j’appelle ici mœurs (ces mœurs dont je dénonce la régression), c’est en somme, la morale vécue plutôt que représentée, la morale fondue dans la nécessité physique, c’est, dans l’ordre du sentiment et de l’action, un don aussi gratuit et aussi naturel que la santé dans l’ordre du corps et comme une espèce de prolongement de cette dernière (on conçoit que cette santé, portant sur des comportements très simples, à finalité généralement extra-personnelle et visant à assurer la continuité familiale et sociale, puisse laisser place, dans l’ordre des superstructures individuelles, à beaucoup d’immoralités : ainsi s’expliquent les péchés de tant de gens biologiquement et socialement sains. Ce que j’appelle morale (cette morale dont je signale les progrès), c’est la morale représentée et sentie plutôt que vécue et réalisée, la morale source d’émotion et d’idéal plutôt que d’action (on conçoit aussi que cette morale puisse coexister avec une profonde décomposition des substructures affectives). Le caractère de Jean-Jacques Rousseau nous offre un exemple magnifique de ce mélange de moralisme exaspéré et de mœurs pourries. À la naissance de chacun de ses enfants, il repasse dans sa pensée et dans son cœur « les lois de la nature, de la justice et de la raison, et celles de cette religion pure, sainte, éternelle comme son auteur », etc., et cette débauche de haute morale aboutit à, l’abandon de tous ses enfants ! Un homme normal ne pense à rien de tout cela, et il élève les siens…

L’union, dans le même individu, d’un fort idéal moral et de mœurs décadentes constitue un terrible danger social. L’absence de santé dans les mœurs profondes et les réflexes vitaux confère à l’idéal moral je ne sais quoi d’irréel et de morbide qui le rend blessant pour la nature de l’homme. Les péchés d’idéalisme, d’angélisme, qui sont à la base des grandes convulsions culturelles et politiques des temps modernes, dérivent en grande partie de là. Unie à de saines mœurs, la haute moralité fait les saints ; liée à des mœurs croulantes, elle produit des utopistes et des révolutionnaires. Rousseau et Robespierre furent des êtres toujours frémissants d’émotion morale : la prédication de la vertu était en eux comme une espèce de cri d’agonie, de chant du cygne des mœurs ! La vertu, qui n’est pas équilibrée, humanisée par de bonnes mœurs est toujours menacée de devenir la proie d’un idéal chimérique et, par là même, destructeur. Ce n’est pas le moindre bienfait des saines mœurs que d’empêcher la morale de divaguer.

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Un autre écueil (étroitement voisin d’ailleurs de ceux que nous avons déjà signalés) de la moralité sans mœurs, c’est d’aboutir, successivement ou simultanément, à une indignation impure contre le mal et à un consentement impur au mal.

La morale sans mœurs, avons-nous dit, n’est pas incarnée. Le décadent a souvent faim de vertu, mais cette faim ne trouve pas de nourriture à l’intérieur de lui-même. Alors elle la cherche au dehors… Des hommes comme Rousseau ont un idéal, mais cet idéal n’est jamais descendu plus bas que leur cervelle : il ne trouve pas, dans leur être intime, dans leur nature profonde, de quoi manger et prendre corps. Mais ils n’insistent pas de ce côté-là : cela irait trop loin. Cette vertu, dont ils ne portent en eux que la faim, ils en réclament la substance au monde extérieur. Ils lui demandent d’incarner leur idéal ; ils chargent la société de fournir un alibi à leur impuissance ; ils ont besoin de voir sans cesse autour d’eux ce qu’ils sont incapables de vivre en eux. Et quand le monde extérieur faillit à cette mission, quelle rancœur indignée, quels cris hystériques contre le mal ! Les êtres profondément vertueux ceux qui réalisent intérieurement leur idéal sont beaucoup moins sensibles j’entends de cette sensibilité chargée d’amertume et d’irritation — au mensonge et à l’injustice du monde. Ils sentent, dans leur âme et dans le Dieu qui l’emplit, assez de force et de vérité éternelles pour supporter, d’un cœur navré mais égal, le mal qui ronge le monde. Ils savent, d’une science vivante, que la justice aura le dernier mot, et cela supprime bien des scandales. Mais ceux qui appellent, avec de telles crispations d’impatience, le triomphe de leur dieu, montrent par là qu’ils ne sont pas très sûrs de ce triomphe. Esclaves, plus que les autres encore, du monde et du siècle, ils ont besoin, pour ne pas désespérer de leur idéal, de le voir réussir dans ce monde et dans ce siècle, et leur zèle est d’autant plus amer et fiévreux que leur vide intérieur est plus profond. Ainsi Rousseau, père indigne, décerne des récompenses aux femmes qui allaitent leurs enfants et accable les éducateurs de conseils irréalisables. Il demande aux autres l’impossible dans la mesure où il n’a pas soulevé lui-même le petit doigt : cela crée une moyenne ! Les utopies morales et sociales les plus dévorantes sont nées de tels décadents qui unissent, suivant le mot de Montaigne, des « opinions supercélestes à des mœurs souterraines… »

Mais ce dualisme aigu entre la morale et les mœurs, cet état de fièvre et de tension inhérent aux vertus mal incarnées ne saurait se maintenir bien longtemps. L’unité brisée essaie de se rétablir par la confusion. Quand l’idéal est incapable de s’incarner, c’est la chair qui s’idéalise, et l’on voit surgir un nouveau type de décadence : celui des êtres corrompus qui divinisent leur propre corruption. Une nouvelle morale se crée, qui justifie théoriquement l’amoralisme foncier des mœurs malades : Icare déchu goûte ce repos dans la fange promis à tous ceux que l’impossible a tentés. La décadence des mœurs produit, à son premier stade, un moralisme rigide et exalté, à son second stade, un immoralisme érigé en dogme ; elle enfante toujours, tôt ou tard, la pire morale.

Ce dualisme et cette confusion coexistent d’ailleurs en général chez les mêmes hommes et dans les mêmes doctrines. C’est le grand stigmate de toutes les morales de type manichéen que ce mélange de purisme et de laxisme. Un Rousseau, un Gide censurent, avec des raffinements surhumains de pureté, certains maux presque inhérents à la condition humaine et, en même temps, ils accueillent et glorifient les pires désordres. Ils visent simultanément plus haut que l’homme et plus bas que l’animal : leur morale est faite de vaine révolte contre la nécessité et de plate abdication devant le désordre ; elle est spécifiée par l’attrait combiné de l’impossible et de la boue.

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L’homme, pour vivre en homme, a besoin d’harmonie entre la morale et les mœurs. Les mœurs sont faites pour être couronnées par la morale, la morale est faite pour s’incarner dans les mœurs. Le péché moral, d’abord librement choisi, s’infiltre tôt ou tard dans les mœurs, et il les pourrit : nous assistons, depuis la Renaissance, à cette descente du péché dans la nécessité, à cette lente dégradation du mal moral en mal physique. Réciproquement, l’effondrement des mœurs rejaillit sur la morale : la vertu qui ne s’appuie plus sur la santé des instincts et sur celle des institutions dévie de son sillon naturel ; elle tombe, comme les nerfs mal nourris, dans la faiblesse irritable…

La crise morale que tout le monde dénonce aujourd’hui à l’envi est surtout une crise des mœurs. Le péché émigre de plus en plus hors de son lieu propre (la conscience et la liberté individuelles) pour s’installer, d’une part dans le domaine de la vie collective (régimes politiques et climats sociaux malsains), et de l’autre dans celui de la vie inconsciente et presque organique (nerfs faussés, instincts pervertis, etc.). La zone du mal proprement moral s’amenuise toujours davantage, de sorte que le moraliste ne sait plus très bien où finit sa tâche et où commence celle de l’homme d’État ou du médecin. Je n’ignore pas qu’une telle déroute des mœurs constitue un climat idéal pour l’éclosion des vocations héroïques ; elle fait surgir par réaction des êtres dont la pureté morale remonte le courant des mœurs et crée une nouvelle santé toute fondée sur la conscience et sur l’amour, toute portée à la pointe de l’esprit. Qu’on songe par exemple dans quelles conditions biologiques et dans quelle atmosphère sociale se trouve souvent placé aujourd’hui le devoir élémentaire de la procréation et quels tragiques obstacles il doit parfois surmonter. Mais un état de choses qui tend, pour ainsi dire, à suspendre la santé à la sainteté ne va jamais sans dangers (nous avons déjà vu lesquels) ; en tout cas, il exige une force et une grandeur d’âme, qui ne sont pas à la mesure de l’humanité moyenne. Tout système social qui contribue rendre nécessaires, pour la majorité des hommes et dans la conduite ordinaire de leur vie, des vertus essentiellement aristocratiques, s’avère par là malsain. Quant à la pseudo-démocratie issue de l’esprit de 89, elle ajoute l’absurdité à la malfaisance : fondée théoriquement sur la justice et l’amour à l’égard des masses, elle finit par imposer pratiquement aux individus de ces pauvres masses, s’ils veulent accomplir leur humble devoir, un héroïsme qu’il serait à peine raisonnable de demander à je ne sais quel pusillus grex évangélique. Si l’on cherche la raison secrète de la témérité effrayante avec laquelle les esprits révolutionnaires bouleversent des traditions et des mœurs qui ont fait leur preuve, on la trouve dans cette illusion angélique que la moralité peut et doit suffire à suppléer les mœurs détruites. Mais il n’est pas de pire méfait social que d’acculer les masses à la sainteté…

Placé au centre d’une déroute des mœurs encore inédite dans l’histoire, le moraliste doit se défier plus que jamais des constructions idéales, des systèmes universels et de l’enivrement des mots et des songes. L’éréthisme moral a été assez longtemps cultivé : c’est d’une morale motrice que nous avons surtout besoin aujourd’hui. Après tant de stériles débauches intellectuelles et affectives, il est temps d’apprendre aux hommes à faire passer dans leurs mains l’idéal de leur esprit et l’émotion de leur cœur. Il s’agit d’incarner humblement, patiemment, la vérité humaine, de lui donner un corps et une réalité dans la vie de chacun et dans la vie de tous. Le plus noble idéal n’a de sens que dans la mesure où il enfante ce pauvre effort charnel et saignant. Les bases les plus élémentaires de la nature humaine sont ébranlées : l’homme tout entier est à reconstruire. Pour cela, il ne suffit pas de prêcher, à tout le monde et à personne, du faîte de l’édifice branlant ; il faut descendre et en réparer, pierre à pierre, les fondements menacés.

La tâche la plus urgente de la morale consiste donc aujourd’hui à restaurer les mœurs. Il est bien insuffisant de prêcher aux âmes la santé morale, si l’on n’a pas d’yeux pour le climat qui les rend malades. Et cela pose des problèmes biologiques, économiques, politiques, qu’on n’a pas le droit d’éluder. Le moraliste ne peut plus s’isoler dans sa science… Est-ce à dire que la morale soit devenue inutile, comme un faux réalisme voudrait nous l’insinuer ? Elle a besoin au contraire d’être d’autant plus pure, plus profonde et plus délicate qu’elle repose sur des assises moins sûres. Jadis, le moraliste et l’apôtre pouvaient s’offrir le luxe de ne s’occuper que des choses de l’esprit et de la liberté : on n’avait pas à s’inquiéter alors des bases physiques de l’élan moral ni d’un climat social qui, pour être parfois très rude, n’en restait pas moins salubre dans son essence. Aujourd’hui, la morale la plus haute doit apprendre à se pencher sur les plus humbles réalités, il faut qu’elle suive le mal jusqu’au point extrême de son incarnation dans les mœurs, car c’est de là que doit partir le remède. Tous les traitements locaux qu’il s’agisse de sermons moraux, de systèmes politiques ou de plans économiques s’avèrent, pris séparément, plus déficients que jamais. La guérison de l’humanité exige une science totale et un amour total de l’humanité.

Gustave Thibon, in Diagnostics (1946)

1. C’étaient les chiffres que, déjà, avançaient ceux qui voulaient une loi autorisant l’avortement. Les meilleurs esprits s’y sont laissé prendre : ainsi en 1979, 4 ans après la loi de 1975 dépénalisant l’avortement, les évêques de France dans leur Livre Blanc (Faire Vivre), constataient que cette loi avait fait diminuer le nombre d’avortements… En réalité, les différentes projections suggèrent un chiffre aux alentours de 60 000 les années précédant ladite loi. [ndvi]

2. Ceci n’est pas un paradoxe : ils ont besoin de leurs semblables dans la mesure où ils en sont effectivement séparés. C’est celui qui porte en lui la plus profonde réserve d’âme collective qui est le plus capable de vivre à l’écart de ses semblables et de lutter contre eux. Nos ancêtres étaient mieux outillés que nous par la nature pour une certaine profondeur et une certaine  ténacité dans le mal spécifiquement moral.
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