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février 2017

Le Mal dans les Animaux Fantastiques : Harry Potter à l’école du progressisme ?



Les Animaux Fantastiques, long-métrage sorti fin 2016 sur un scénario original de JK Rowling, dit je crois quelque chose de l’esprit de notre temps dans son rapport au mal. Cette nouvelle histoire, précédant de plus d’un demi-siècle les aventures d’Harry Potter, met en scène en effet de nouveau une lutte du bien contre le mal ; ou plus précisément du bien sans prétention contre le Mal radical.


Le camp du Mal


Le mal y est tout d’abord incarné par le sorcier Grindelwald. En quête du pouvoir politique, il souhaite renverser les institutions en place afin que les magiciens puissent dominer les autres humains, les Non-Maj, du fait de leurs capacités supérieures.


Gellert Grindelwald se grime le film durant en un héros positif, Percival Graves, directeur du département de la Justice du congrès magique des Etats-Unis. Ce n’est qu’une dissimulation. En réalité, impossible de le faire dévier de ses plans maléfiques ; inaccessible à la relation, il incarne un Mal radical.




Une autre sorte de mal apparaît dans le film : Croyance. Ce personnage, qui semble sans grande qualité et au comportement quasi-autistique, est en fait un jeune magicien qui n’a jamais pu développer et éduquer ses capacités, car opprimé par sa mère adoptive farouchement opposée à toute forme de magie. 

Croyance refoule de ce fait ses pouvoirs magiques et engendre un obscurus, déchaînement incontrôlé de colère magique qui sème la dévastation dans New York. Ce mal là n’est pourtant pas radical, il pourrait rebasculer du bon côté, et les deux principaux héros du film tentent de s’y employer – alors que Grindelwald essaie de l’attirer à lui pour accroître son propre pouvoir. Croyance est en réalité non un coupable, mais une victime du mal.



Car il est une troisième figure du Mal, celle de Mary-Lou Bellebosse, mère adoptive de Croyance et fondatrice des Fidèles de Salem, secte religieuse en lutte contre les sorciers et la magie. Bellebosse se croit, ou fait mine de se croire, du côté du bien et de l’amour (adoptant des enfants abandonnés, nourrissant des nécessiteux), mais sa conduite est incontestablement celle du Mal. Sa violence envers ses enfants adoptifs, et surtout son hostilité envers ce qui lui apparaît comme différent (ici la magie) conduisent Croyance à basculer dans la haine de sa propre nature. Bellebosse est une autre incarnation du Mal radical : murée dans ses certitudes et dans son intolérance, rien ne peut la faire dévier de sa sinistre conduite, pas même l’intervention de Porpentina pour défendre Croyance.



Ces trois sortes de mal ne dévoilent pas de prime abord leur sombre réalité ; leur véritable nature n’apparaît qu’au cours du film, voire lors de son dénouement. Le mal avance caché, camouflé sous une autre apparence.
incarne

sous l’apparence de

et cherche au quotidien

Grindelwald

le Mal politique

la Justice

le pouvoir (politique)

Bellebosse

le Mal religieux

l’Amour charitable

le pouvoir (religieux)

Croyance

la victime du Mal

l’incapacité

la reconnaissance



Le camp du bien


Dans le camp d’en face, les héros sont eux pleinement positifs, tout entiers du côté du bien. Porpentina Goldstein, policière magique de haut-rang et d’une intégrité à toute épreuve, a été déclassée pour avoir justement voulu défendre Croyance contre sa mère adoptive. 

Norbert Dragonneau, inoffensif zoologiste anglais tout juste arrivé à New York, ne ferait littéralement pas de mal à une mouche – surtout s’il s’agit d’une mouche magique. Les deux héros secondaires, Jacob Kowalski et Queenie Goldstein (sœur de Porpentina) sont également exempts de tout côté obscur, et recherchent principalement les petits plaisirs de la vie (pâtisserie, cuisine, confort, beauté, sentiment amoureux, etc.) – en étant toutefois prêts à se battre pour défendre leurs amis. 

Ils ne sont mus ni les uns ni les autres par une volonté de pouvoir, ou des projets démesurés, mais par des aspirations simples et sans prétention, qui les guident dans leur quotidien.

cherche(nt) au quotidien

Porpentina

la justice

Norbert

l’harmonie écologique entre hommes et animaux

Jacob et Queenie

les (menus) plaisirs de la vie

En somme, entre bien et mal, tout fonctionne dans une étanchéité parfaite : l’un ne peut contaminer l’autre car rien ne leur est commun. Seule la figure de Croyance rappelle que le Mal (notamment ici l’intolérance) peut déformer une nature initialement positive, la rendant alors dangereuse. Le Mal apparaît donc non comme une tentation traversant chacun, mais comme un principe parfaitement externe aux gens de bien.

Un imaginaire familier…


L’imaginaire porté par les Animaux Fantastiques peut donc se résumer ainsi : de braves gens, qui au quotidien agissent pour faire advenir davantage de justice et de respect pour les animaux, tout en profitant des petits plaisirs de la vie, se retrouvent confrontés au mal que génèrent la politique et la religion, camouflées réciproquement derrière les masques de la Justice et de l’Amour. Nos braves gens font également face à une victime que le Mal religieux a rendue nocive par son intolérance et sa violence symbolique, mais qui n’aspire en fait qu’à être reconnue et valorisée dans sa différence, plutôt que d’être considérée comme un pauvre type comme le font ceux qu’il rencontre.


Bref, comment ne pas reconnaître dans cet imaginaire celui du progressisme contemporain ? Un progressisme où l’absolu politique comme religieux est disqualifié au profit de la recherche tranquille d’une vie confortable, tout en se sentant bien sûr très concerné par la justice et la sauvegarde de l’environnement. Un progressisme où, au quotidien, le mal n’existe pas vraiment et ceux qui le commettent ne sont que les victimes de l’intolérance du Mal véritable que sont les puissances politiques et religieuses, multipliée par la bêtise de ceux qui se croient supérieurs ou bien nés.


A ce titre, le film les Animaux Fantastique incarne à merveille l’esprit de notre temps, où, comme le soulignait la péguyste Claire Daudin au détour d’un article sur Bernanos et le mal : 

« Il semble que nous en ayons fini avec ce qui était l’axe majeur de la morale : se considérer soi-même comme source possible du mal ».

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