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février 2017

Parce que demain n’est pas la veille mais quand même

Pour agrémenter le petit-déjeuner crêpier de Chantal ;-) 

 

Nous ne sommes encore que mardi gras mais je vous propose ce beau billet du président du Centre Sèvres qui donne plusieurs pistes pour nous préparer à ces 40 jours : pour que le feu soit vif sous la cendre ! 

http://www.femininbio.com/sites/femininbio.com/files/styles/panoramique/public/images/2012/11/feu_braise_cendre.jpg?itok=6jzU4YaT

 

Bientôt va commencer le temps du Carême. Que faire pour que ces semaines ne soient pas comme les autres, (pour nous qui fréquentons le Centre Sèvres) ? Nous savons bien que le Carême n’est pas ce temps où il faudrait s’acquitter d’un certain nombre de privations et se tenir dans l’austérité pour être en règle avec la loi. Il est le moment où nous nous pouvons prendre conscience de notre finitude, de notre incapacité à aimer par nous mêmes, et de la nécessité vitale de nous tourner vers un autre que nous. Et cela peut être vrai aussi dans le travail de l’intelligence… Nous avons besoin de tels moments pour donner sens aux temps qu’on appelle ordinaires.
Qu’allons-nous vivre durant ces jours ? Quels moyens simples pour réveiller ce qui dort en nous ? A chacun de repérer ce dont il a le plus besoin pour aller vers l’essentiel. Peut-être s’agit-il de retrouver un peu de liberté face à ce qui, dans le quotidien de nos jours, nous tient captifs, nous inquiète et nous referme sur nous-mêmes. Il n’est pas difficile de trouver là où nous avons besoin de gagner en respiration intérieure, nous rendre disponible pour autre chose, pour un Autre, pour les autres. Pas besoin de chercher très loin quel ascétisme pratiquer ; il suffit, pour être décentré, d’être attentif aux appels du quotidien.

Mettons encore une fois notre cœur, notre intelligence et notre corps en éveil, pour entendre tout ce que Dieu veut nous dire. A chacun selon son histoire, il murmurera que nous préparons Pâques dans nos vies et dans ce monde chaque fois que le partage est plus fort que la possession, le désir de fidélité plus grand que celui de tout essayer ou de tout vouloir, la liberté de conscience plus importante que l’embrigadement idéologique, l’écoute intérieure plus insistante que la cacophonie ambiante, la solidarité plus contagieuse que la solitude, la parole plus influente que l’indifférence, le pardon et le respect de la vie plus forts que la haine et la mort.

Seul, nous n’y parviendrons pas. Mais le Christ nous redit en ce début de Carême qu’il s’embarque avec nous pour nous conduire sur les rives pascales.

 

François Boëdec, président du Centre Sèvres

Original par ici >>

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Tu as couvert ma honte (A. Lécu)

 

« Si la nature profonde de Dieu est la miséricorde, cela signifie qu’il ‘ferme les yeux’ sur ce qui nous éloigne de lui. Il recouvre d’un voile, d’un manteau, d’une tunique ce qu’il vaut mieux oublier. Et lui-même oublie. Le péché n’intéresse pas Dieu. Son souci, le saisissement de ses entrailles, vient de ce que nous nous préoccupons plus du péché (le nôtre et celui de notre voisin) que de lui, Dieu, et de ce qui en nous est habité, habillé par lui. » (p. 10)

 

http://www.laprocure.com/cache/couvertures/L9782204107242.jpg

 

            J’ai profité de mon temps de retraite pour lire le splendide petit livre de Sr Anne Lécu, Tu as couvert ma honte, véritable quête, voire enquête policière, dans la Bible de toutes les pelures qui couvrent ou découvrent les personnages, comme autant de moyens d’arriver à la Révélation.

 

            On savoure l’originalité de la démarche à travers vêtements, voiles et dévoilements – qui ne sont pas polémiques ! – et l’on se sent souvent pris au cœur de la justesse des remarques : car il ne s’agit pas d’un cours méthodique du style « les peaux et vêtements dans la Bible : Jésus, premier engagé contre la fourrure animale » mais bien à l’origine d’une retraite… C’est dire si tout est porté par la prière pour porter ensuite à la prière. De nos voiles à nos nudités, il s’agit bien de se reconnaître toujours plus enfants bien-aimés du Père et c’est toujours aussi bouleversant.

 

« Après Jean le Baptiste, après l’immersion de jésus, plus personne n’aura besoin de se vêtir de peau de bête. Le cuir protégeait. Devant le Christ, nous sommes sans protection. Il est notre protection. Le temple désormais, c’est la chair de l’homme. Oui, ami lecteur, toi, moi, sommes le fils bien-aimé du Père. Définitivement ».

 

 

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Ce qui demeure aujourd’hui

 

            Difficile d’oser écrire dans une telle floraison de publications et de réactions diverses… alors même que la plupart de celles-ci me mettent mal à l’aise. C’est que je demeure profondément gênée par ce qui prend le devant de la scène : la « question » du célibat (si, d’ailleurs, il s’agit vraiment de quelque chose de l’ordre d’une « question » ce qui n’est pas certain). D’un côté, les habituelles critiques faciles du célibat consacré, trop souvent ras-de-ceinture et, de l’autre, une exaltation de celui-ci qui ne me semble pas plus saine. Que l’on ne fasse pas de moi trop vite une relativiste : le célibat auquel je me suis engagée récemment pour toujours, je l’aime et j’espère de tout cœur, avec la grâce de Dieu, y être fidèle toute ma vie. Loin d’être un engagement éthéré comme beaucoup l’imaginent, il est une manière d’aimer en nous engageant avec tout notre être, notre corps comme notre cœur, d’une manière différente mais complémentaire de celle dont les époux s’aiment. Mais en même temps, il n’est qu’un moyen, un moyen d’aimer Dieu et donc chacun. Et qui suis-je pour prétendre y être fidèle toute ma vie par avance ? Qui serais-je pour ne pas trembler un peu en l’évoquant ? Quel est l’être qui n’a pas éprouvé un peu de vertige devant son « oui, je le veux » du mariage ou du célibat ? Bref, le célibat n’est pas une cuirasse, c’est une partie intégrante de mon histoire d’amour et comme tout amour vrai, il est aussi un lieu de vulnérabilité. Je pourrais en parler longtemps mais je crois justement que ce n’est pas le sujet.

 

Je suis fille de divorcés et j’ai trop conscience de la fragilité ténue d’un engagement pour oser me gausser ou juger celui qui le brise. Dieu seul « sonde les reins et les cœurs » et l’épître de Jacques nous rappelle très clairement :

 

Frères, cessez de dire du mal les uns des autres ; dire du mal de son frère ou juger son frère, c’est dire du mal de la Loi et juger la loi (…). Pour qui te prends-tu donc, toi qui juges ton prochain ? (Jc 4).

 

Mais j’ai aussi conscience de la grandeur folle de l’engagement. Car, pour moi, il n’est pas question dans cette affaire du célibat : il est question de fidélité… Vous savez, la fidélité, cela vient du mot latin fides, qui veut dire la foi, la confiance. C’est à double sens.

 

C’est reconnaître avant tout que Dieu nous fait confiance, ce qui est incroyable ! A toujours nous aimer, nous attendre, nous espérer…

 

Et, de notre côté, c’est répondre en faisant confiance à cette confiance de Dieu, c’est refaire confiance chaque jour à ce Dieu qui nous a appelés et nous appelle : c’est Lui confier notre Foi comme au premier jour où nous nous sommes jetés à plein être en Lui.

La fidélité, c’est le « oui » de chaque jour, même prononcé dans l’obscurité ou les montagnes russes de la tentation ou du désespoir. C’est Lui dire notre humble espérance d’être fidèles, malgré tout ce qui peut arriver.

 

La fidélité, c’est un combat pour que la grâce mène chaque jour plus le bon combat de l’Amour en nous : et c’est valable pour les personnes mariées comme pour tous les consacrés célibataires.

 

En disant cela, loin de moi l’idée de juger celui qui est parti et j’aime penser à lui en sachant que Dieu ne cessera jamais de lui faire confiance puisqu’Il ne cesse de l’aimer. Mais j’ai la conviction que nous avons à nous entraider sur ce chemin de la fidélité selon notre état de vie, qu’il soit doux ou rugueux selon les jours car Dieu ne saurait se faire girouette de bonheur, pour être vraiment là où Lui et nous, après discernement, avons engagé notre Foi.

 

Finalement, il me semble que, dans ces événements si complexes, il y a probablement mieux à faire que chercher des poux dans la tête de tel ou tel, il y a à prier. Réponse facile me direz-vous… Mais l’avez-vous, l’avons-nous vraiment fait ? Pour David et pour sa communauté, probablement profondément blessée ; pour chacun de nous, pour grandir en fidélité en nos différents états de vie. Car, dans la prière, plus que de chercher à conjoindre deux amours, il est question de tout unifier en Celui qui est Amour : et prier, c’est simplement grandir en foi, en espérance et en charité. Id est en fidélité ?

 

Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai parfaitement, comme j’ai été connu. Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c’est la charité. (1 Co 12-13).

 

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Le Mal dans les Animaux Fantastiques : Harry Potter à l’école du progressisme ?



Les Animaux Fantastiques, long-métrage sorti fin 2016 sur un scénario original de JK Rowling, dit je crois quelque chose de l’esprit de notre temps dans son rapport au mal. Cette nouvelle histoire, précédant de plus d’un demi-siècle les aventures d’Harry Potter, met en scène en effet de nouveau une lutte du bien contre le mal ; ou plus précisément du bien sans prétention contre le Mal radical.


Le camp du Mal


Le mal y est tout d’abord incarné par le sorcier Grindelwald. En quête du pouvoir politique, il souhaite renverser les institutions en place afin que les magiciens puissent dominer les autres humains, les Non-Maj, du fait de leurs capacités supérieures.


Gellert Grindelwald se grime le film durant en un héros positif, Percival Graves, directeur du département de la Justice du congrès magique des Etats-Unis. Ce n’est qu’une dissimulation. En réalité, impossible de le faire dévier de ses plans maléfiques ; inaccessible à la relation, il incarne un Mal radical.




Une autre sorte de mal apparaît dans le film : Croyance. Ce personnage, qui semble sans grande qualité et au comportement quasi-autistique, est en fait un jeune magicien qui n’a jamais pu développer et éduquer ses capacités, car opprimé par sa mère adoptive farouchement opposée à toute forme de magie. 

Croyance refoule de ce fait ses pouvoirs magiques et engendre un obscurus, déchaînement incontrôlé de colère magique qui sème la dévastation dans New York. Ce mal là n’est pourtant pas radical, il pourrait rebasculer du bon côté, et les deux principaux héros du film tentent de s’y employer – alors que Grindelwald essaie de l’attirer à lui pour accroître son propre pouvoir. Croyance est en réalité non un coupable, mais une victime du mal.



Car il est une troisième figure du Mal, celle de Mary-Lou Bellebosse, mère adoptive de Croyance et fondatrice des Fidèles de Salem, secte religieuse en lutte contre les sorciers et la magie. Bellebosse se croit, ou fait mine de se croire, du côté du bien et de l’amour (adoptant des enfants abandonnés, nourrissant des nécessiteux), mais sa conduite est incontestablement celle du Mal. Sa violence envers ses enfants adoptifs, et surtout son hostilité envers ce qui lui apparaît comme différent (ici la magie) conduisent Croyance à basculer dans la haine de sa propre nature. Bellebosse est une autre incarnation du Mal radical : murée dans ses certitudes et dans son intolérance, rien ne peut la faire dévier de sa sinistre conduite, pas même l’intervention de Porpentina pour défendre Croyance.



Ces trois sortes de mal ne dévoilent pas de prime abord leur sombre réalité ; leur véritable nature n’apparaît qu’au cours du film, voire lors de son dénouement. Le mal avance caché, camouflé sous une autre apparence.
incarne

sous l’apparence de

et cherche au quotidien

Grindelwald

le Mal politique

la Justice

le pouvoir (politique)

Bellebosse

le Mal religieux

l’Amour charitable

le pouvoir (religieux)

Croyance

la victime du Mal

l’incapacité

la reconnaissance



Le camp du bien


Dans le camp d’en face, les héros sont eux pleinement positifs, tout entiers du côté du bien. Porpentina Goldstein, policière magique de haut-rang et d’une intégrité à toute épreuve, a été déclassée pour avoir justement voulu défendre Croyance contre sa mère adoptive. 

Norbert Dragonneau, inoffensif zoologiste anglais tout juste arrivé à New York, ne ferait littéralement pas de mal à une mouche – surtout s’il s’agit d’une mouche magique. Les deux héros secondaires, Jacob Kowalski et Queenie Goldstein (sœur de Porpentina) sont également exempts de tout côté obscur, et recherchent principalement les petits plaisirs de la vie (pâtisserie, cuisine, confort, beauté, sentiment amoureux, etc.) – en étant toutefois prêts à se battre pour défendre leurs amis. 

Ils ne sont mus ni les uns ni les autres par une volonté de pouvoir, ou des projets démesurés, mais par des aspirations simples et sans prétention, qui les guident dans leur quotidien.

cherche(nt) au quotidien

Porpentina

la justice

Norbert

l’harmonie écologique entre hommes et animaux

Jacob et Queenie

les (menus) plaisirs de la vie

En somme, entre bien et mal, tout fonctionne dans une étanchéité parfaite : l’un ne peut contaminer l’autre car rien ne leur est commun. Seule la figure de Croyance rappelle que le Mal (notamment ici l’intolérance) peut déformer une nature initialement positive, la rendant alors dangereuse. Le Mal apparaît donc non comme une tentation traversant chacun, mais comme un principe parfaitement externe aux gens de bien.

Un imaginaire familier…


L’imaginaire porté par les Animaux Fantastiques peut donc se résumer ainsi : de braves gens, qui au quotidien agissent pour faire advenir davantage de justice et de respect pour les animaux, tout en profitant des petits plaisirs de la vie, se retrouvent confrontés au mal que génèrent la politique et la religion, camouflées réciproquement derrière les masques de la Justice et de l’Amour. Nos braves gens font également face à une victime que le Mal religieux a rendue nocive par son intolérance et sa violence symbolique, mais qui n’aspire en fait qu’à être reconnue et valorisée dans sa différence, plutôt que d’être considérée comme un pauvre type comme le font ceux qu’il rencontre.


Bref, comment ne pas reconnaître dans cet imaginaire celui du progressisme contemporain ? Un progressisme où l’absolu politique comme religieux est disqualifié au profit de la recherche tranquille d’une vie confortable, tout en se sentant bien sûr très concerné par la justice et la sauvegarde de l’environnement. Un progressisme où, au quotidien, le mal n’existe pas vraiment et ceux qui le commettent ne sont que les victimes de l’intolérance du Mal véritable que sont les puissances politiques et religieuses, multipliée par la bêtise de ceux qui se croient supérieurs ou bien nés.


A ce titre, le film les Animaux Fantastique incarne à merveille l’esprit de notre temps, où, comme le soulignait la péguyste Claire Daudin au détour d’un article sur Bernanos et le mal : 

« Il semble que nous en ayons fini avec ce qui était l’axe majeur de la morale : se considérer soi-même comme source possible du mal ».

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Trouble, l’identité ?

On parle beaucoup d’identité et encore plus d’identitaires. Identité française, chrétienne, européenne, occidentale – et tout ce qui serait supposément « incompatible » avec. Les glissements de sens sont d’autant plus courants qu’un récent livre remarqué a souligné la facilité avec laquelle ils se produisent à l’intérieur d’une même personne. A fortiori d’un groupe ou d’un parti. […]

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En débattant… Fabrice Hadjadj, Il n’y a pas de moralisme chrétien


Don Paul Préaux a cité cette finale du Sermon sur la montagne : « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait ». À l’évidence cette promesse est impossible à vue humaine. Donc, que vient révéler le christianisme ? Non pas des préceptes qu’on appliquerait avec cette dignité un peu romaine ou pharisienne qu’on observe chez certains : « Nous sommes des justes, nous ; nous ne sommes pas tombés, nous avons respecté les préceptes », etc. Hélas ! Un certain catholicisme a ainsi transformé le christianisme et même fait une lecture biaisée de l’Évangile ! On occulte les drames, les épreuves, les échecs, on saute les pages de l’Ancien Testament faisant état de viols, d’incestes, d’infanticides, etc. Et on nous extrait des Écritures des petites vignettes morales pour nous dire : « Voilà qui va vous protéger, voilà qui va faire de vous de bons pratiquants ». C’est terrible !

Il y a une dramatique dans l’Évangile. La Révélation chrétienne est d’abord une dramatique avant d’être une morale. Je veux dire ainsi qu’il y a d’abord la Révélationque nous avons foiré ! Dès l’origine nous avons tout foiré ! Nous sommes tombés dans l’immoralité jusqu’aux yeux ! Nous commençons pécheurs et nous avons besoin d’être sauvés. Être sauvé, ça ne concerne pas d’abord le domaine de la morale mais celui de la miséricorde. Et cette miséricorde, comme le rappelle l’épître de saint Jacques, se moque de la morale, « se moque du jugement ». Premièrement, donc, il n’y a pas de moralisme chrétien, mais il existe une certaine moralité chrétienne.

Ce terme de morale est très beau : il renvoie aux mœurs. Or, je dirais que dans le christianisme l’impératif découle de l’indicatif : le tu doisn’écrase pas l’être donné, les dix paroles du Décalogue ne viennent pas contrarier, mais déployer les dix paroles de la Création en sept jours. II s’agit donc d’abord d’une hospitalité envers l’être tel qu’il se donne. C’est ce que fait le Christ envers la femme pécheresse, ou ce que fait saint Paul lorsqu’il dit aux gens de Lystres qui veulent en faire un dieu : « Nous sommes des hommes, des pécheurs, comme vous ». La morale chrétienne consiste à dire : « Voilà quelle est notre situation, tu es pris dans un drame, moi aussi, regarde, on ne peut pas se sauver nous-mêmes, on est tous pécheurs, et l’on doit s’aider l’un l’autre pour accueillir la grâce ».

Il y a une solidarité des pécheurs entre eux. Dès qu’on s’abaisse jusqu’à reconnaître sa solidarité avec le pécheur, on prend de la vraie hauteur. C’est partir de cet indicatif de notre situation de misère commune, mais aussi de ces dons extraordinaires en nous et dont on sait très bien qu’ils ne sont pas simplement le fruit de nos mérites et de nos labeurs mais liés à un héritage, que nous pouvons commencer à bien agir, humblement, modestement mais réellement.

Cela n’a rien à voir avec ces sortes de morales du devoir que l’on trouve chez Kant et ensuite dans une certaine manière de penser les valeurs républicaines. les valeurs s’opposent à la vie et viennent la phagocyter, ce qui n’est pas du tout chrétien.

Le Christ est la Vérité mais il est aussi le Chemin. Le chemin induit un mouvement, une dramatique, une certaine instabilité. Et puis, pour finir, il est la Vie. C’est là, ultimement, son nom. Dès qu’on s’éloigne de la Vie, au nom d’un système de pensée, d’une série de préceptes tellement figés qu’ils écrasent la personne au lieu de la sauver, ce n’est plus le Christ.

Fabrice Hadjadj, in Chrétiens français ou Français chrétiens

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En débattant… Fabrice Hadjadj, Il n’y a pas de moralisme chrétien


Don Paul Préaux a cité cette finale du Sermon sur la montagne : « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait ». À l’évidence cette promesse est impossible à vue humaine. Donc, que vient révéler le christianisme ? Non pas des préceptes qu’on appliquerait avec cette dignité un peu romaine ou pharisienne qu’on observe chez certains : « Nous sommes des justes, nous ; nous ne sommes pas tombés, nous avons respecté les préceptes », etc. Hélas ! Un certain catholicisme a ainsi transformé le christianisme et même fait une lecture biaisée de l’Évangile ! On occulte les drames, les épreuves, les échecs, on saute les pages de l’Ancien Testament faisant état de viols, d’incestes, d’infanticides, etc. Et on nous extrait des Écritures des petites vignettes morales pour nous dire : « Voilà qui va vous protéger, voilà qui va faire de vous de bons pratiquants ». C’est terrible !

Il y a une dramatique dans l’Évangile. La Révélation chrétienne est d’abord une dramatique avant d’être une morale. Je veux dire ainsi qu’il y a d’abord la Révélationque nous avons foiré ! Dès l’origine nous avons tout foiré ! Nous sommes tombés dans l’immoralité jusqu’aux yeux ! Nous commençons pécheurs et nous avons besoin d’être sauvés. Être sauvé, ça ne concerne pas d’abord le domaine de la morale mais celui de la miséricorde. Et cette miséricorde, comme le rappelle l’épître de saint Jacques, se moque de la morale, « se moque du jugement ». Premièrement, donc, il n’y a pas de moralisme chrétien, mais il existe une certaine moralité chrétienne.

Ce terme de morale est très beau : il renvoie aux mœurs. Or, je dirais que dans le christianisme l’impératif découle de l’indicatif : le tu doisn’écrase pas l’être donné, les dix paroles du Décalogue ne viennent pas contrarier, mais déployer les dix paroles de la Création en sept jours. II s’agit donc d’abord d’une hospitalité envers l’être tel qu’il se donne. C’est ce que fait le Christ envers la femme pécheresse, ou ce que fait saint Paul lorsqu’il dit aux gens de Lystres qui veulent en faire un dieu : « Nous sommes des hommes, des pécheurs, comme vous ». La morale chrétienne consiste à dire : « Voilà quelle est notre situation, tu es pris dans un drame, moi aussi, regarde, on ne peut pas se sauver nous-mêmes, on est tous pécheurs, et l’on doit s’aider l’un l’autre pour accueillir la grâce ».

Il y a une solidarité des pécheurs entre eux. Dès qu’on s’abaisse jusqu’à reconnaître sa solidarité avec le pécheur, on prend de la vraie hauteur. C’est partir de cet indicatif de notre situation de misère commune, mais aussi de ces dons extraordinaires en nous et dont on sait très bien qu’ils ne sont pas simplement le fruit de nos mérites et de nos labeurs mais liés à un héritage, que nous pouvons commencer à bien agir, humblement, modestement mais réellement.

Cela n’a rien à voir avec ces sortes de morales du devoir que l’on trouve chez Kant et ensuite dans une certaine manière de penser les valeurs républicaines. les valeurs s’opposent à la vie et viennent la phagocyter, ce qui n’est pas du tout chrétien.

Le Christ est la Vérité mais il est aussi le Chemin. Le chemin induit un mouvement, une dramatique, une certaine instabilité. Et puis, pour finir, il est la Vie. C’est là, ultimement, son nom. Des qu’on s’éloigne de la Vie, au nom d’un système de pensée, d’une série de préceptes tellement figés qu’ils écrasent la personne au lieu de la sauver, ce n’est plus le Christ.

Fabrice Hadjadj, in Chrétiens français ou Français chrétiens

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Emmanuel Macron, ou la passion de la postvérité

  Nos démocraties occidentales traversent une crise profonde, qui est d’abord une crise de confiance dans ce qui constitue leur outil essentiel, le langage. Le relativisme omniprésent nous ayant conduit à l’ère de la « post-vérité », la parole publique ne semble plus renvoyer à rien, et dénuée de toute consistance elle perd sa signification. Dans la …

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L’oeil était dans le couloir du métro

http://www.italie-decouverte.com/wp-content/uploads/2013/10/pantheon_3.jpg

Ils étaient trois dans ce recoin bien en coin des couloirs de métro. Près d’eux, la foule passait, distraite, nez sur son téléphone, pressée ou en train de parler à son voisin. Eux trois, ils cachaient un truc… et ils avaient l’air complètement « défoncés » par une substance très illicite. Pas besoin de m’approcher davantages : ils étaient jeunes et avaient l’air vieux et malades ; la vie était devant eux et ils auront très certainement prochainement des soucis avec la police et, plus grave encore, avec leur santé, si ce n’est déjà le cas. Trois êtres aux vies cabossées. 

Je crois que je les ai regardés au passage avec une compassion malheureusement trop condescendante, qui m’a semblé peu chrétienne. 

Hier, à la messe, la première lecture venait de la Genèse avec l’épisode du meurtre fratricide d’Abel par Caïn et le prêtre cita dans son homélie le fameux vers de Victor Hugo : « L’oeil était dans la tombe et regardait Caïn ». Que fait cet oeil, celui du Seigneur ? Bien sûr, une conception trop étroite pourrait nous faire mettre le doigt dans l’oeil en y voyant le regard sans merci d’un juge inquisiteur. Et si ce Dieu qui nous regardait, c’était pour nous dire qu’Il était toujours avec nous, et qu’Il nous regarde, simplement, tels que nous sommes, y compris jusqu’à « nos reins et nos coeurs » ? Parfois, Il doit avoir quelque peu une conjonctivite à supporter de voir tous nos péchés… mais je suis sûre que tout brûle dans le brasier de Son amour, dans l’incandescence amoureuse de Son regard. 

Savoir que Dieu nous regarde, sans cesse, où qu’on aille se cacher ou, au contraire, où qu’on aille vivre au plein jour, cela change tout : 
C’est tout mettre dans la Lumière de Son amour ;
C’est voir, ou plutôt regarder, vraiment car Il est la vraie Lumière qui donne relief aux actes et aux êtres…
Comme un appel à regarder comme Lui, à aimer sans condescendance, sans jugement a priori ni a posteriori,
A regarder, simplement avec la justesse d’un coeur ému aux entrailles qui fait s’élever une humble prière vers Son Seigneur. 

 

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