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avril 6, 2017

J’étais pèlerine et vous m’avez accueillie

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/2/2f/Vercelli-Santandrea.jpg/290px-Vercelli-Santandrea.jpg

 

L’étape avait été longue, sous le soleil italien et dans une vaste plaine emplie de rizières et de bien trop peu d’arbres. Je suis arrivée fourbue de la tête aux pieds et ils étaient là, prêts à m’accueillir à cause du petit coup de fil passé un peu plus tôt dans la journée à ce refuge de pèlerins, mais en réalité toujours prêts à accueillir quiconque arrive. 

Ils ? Un vieux couple aux yeux pétillants, me faisant poser mon sac et m’asseoir, me demandant de souffler avant de faire les formalités d’accueil et m’apportant un verre de thé glacé à la pêche. 

J’étais la seule pèlerine du soir : ils m’invitèrent à partager leur repas. Descendue après une douche revigorante, je pus les voir me préparer des spécialités locales et commencer à discuter avec eux dans un sabir franco-italien mâtiné de latin qui nous faisait bien rire et bien nous comprendre. 

Ils ? Piero et Graziella… Des grands-parents heureux, des grands-parents anciens pèlerins de la via Francigena, tellement heureux de celle-ci que, chaque année, ils donnent une semaine de leur temps aux amis de la via pour être hospitaliers dans un refuge. Bénévolement, évidemment. 

Ils sont chrétiens, pratiquants, ils n’en font pas mystère mais, chez eux, cette foi se détecte même avant cette annonce formelle à ces formidables petites attentions à l’autre qui se retrouvent jusqu’au pesto maison de Graziella et à la foccacia amoureusement pétrie à la main par Piero. Ils aiment me voir m’émerveiller de ce qu’ils font et m’essayer à leur belle langue. 

Piero et Graziella ne changent pas d’attitude vis-à-vis de moi en apprenant que je suis consacrée – même si ma jeunesse les surprend, la « crise des vocations » frappant partout – mais me montrent alors le bel oratoire décoré de la maison pour que je puisse prier les offices, me demandent de prier le Benedicite en français pour et avec eux – nous faisons le signe de croix en bilingue – et vont chercher des informations sur l’horaire de messe le plus matinal du lendemain pour que je puisse aller à la messe. Délicatesse, fraternité chrétienne. 

Le dîner tourne autour de Turin, cette belle ville dont ils sont originaires et où j’eus l’occasion d’aller en pèlerinage : saint Jean Bosco et le bienheureux Pier-Giorgio Frassati deviennent nos sujets de conversation ! Et, plus surprenant, cette auberge de jeunesse dépendant de cette formidable association qu’est le sermig, sorte de vaste association chrétienne caritative aux dimensions incroyables que nous avions pu visiter et où nous avions logé. Je découvre alors qu’elle y donne des coups de main ponctuels et que lui y accueille les SDF une nuit par semaine. Ils disent cela comme une évidence… et moi je demeure intérieurement impressionnée : comme ils sont beaux ! 

Ils ne laissent pas non plus la petite pèlérine partir faire un tour en ville pour visiter et humer l’air sans la guider. Elle reste à la maison pour accueillir l’éventuel hôte de passage, il vient avec moi et me sert de guide touristico-religieux… Il connaît les monuments, je connais mieux l’histoire de l’Eglise : à deux, nous faisons plutôt belle oeuvre !

Elle s’est levée tôt pour me préparer un bon café italien et me glisse un bout de la foccacia de la veille pour que je tienne bon. Il se lève un peu plus tard et m’indique sur le plan le chemin à suivre après la messe. Emus de concert, ils me font un chaleureux abrazo pour me dire au revoir, en me donnant leur adresse pour que je vienne les voir ou loger chez eux quand je reviendrai à Turin (car, pour eux, la question ne semble pas discutable : on revient à Turin !). 

PIero et Graziella ne feront probablement jamais les unes des journaux, ni nationaux, ni paroissiaux et ils seraient supris de faire l’objet d’un article de blogue. Mais j’avais envie de parler d’eux : ils resteront une de mes plus belles rencontres de la via Francigena et seront sans doute longtemps pour moi un véritable exemple de foi vécue.

Car Piero et Graziella ne sont pas un couple aux supers pouvoirs, ils sont simplement des chrétiens vivant leur foi avec la plénitude sereine de ceux qui ont rencontré le Christ et qui en vivent. Je ne sais pas s’ils connaissent la règle de saint Benoît et son invitation à accueillir chaque hôte comme le Christ Lui-même mais ce dont je suis sûre c’est qu’ils en font un idéal de vie et une expérience quotidienne.

Et Dieu sait combien cela est bel et bon 🙂 

 

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