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avril 10, 2017

Pleurer comme une Madeleine

Parmi les mots dont on a oublié l’origine et la majuscule, la Madeleine des pleurs a une bonne place. On la soupçonne d’être de Proust, avec ses souvenirs émus. Non, la Madeleine est d’Evangile… Femme honnie de son temps, rejetée, méprisée, Marie de Magdala était enfermée dans le jugement que la société portait sur elle, et dans sa vie, et dans son… Lire Pleurer comme une Madeleine

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Don de soi – edito journal de Pâques

Noémie, 24 ans, dans un bidonville de Jakarta. Bernadette, 80 ans, au téléphone. Sébastien, 40 ans, lisant à l’enterrement de son grand-père. Michel, 90 ans, embrassant son fils. Timéo, 9 ans, qui tient la main de sa maman. Bénédicte, 30 ans, qui sourit alors que sa chimio la transperce. Lucien, 85 ans, qui attend le coup de fil de son fils fâché…. Lire Don de soi – edito journal de Pâques

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En pleurant… Grégoire de Naziance, La Passion de mon Fils


LA MÈRE DE DIEU

Plût au ciel 1que le serpent n’eût pas rampé dans le paradis et que le malin n’eût point établi son repaire dans les bosquets du jardin !
La femme, la mère infortunée du genre humain n’aurait pas été séduite, elle n’aurait pas osé perpétrer une action aussi audacieuse et elle n’aurait pas été dévorée de la passion de l’arbre, après avoir été convaincue que celui-ci pouvait lui obtenir la divinité.
Et pour avoir persuadé son époux de manger le fruit qui devait leur être fatal, elle n’aurait pas été chassée du paradis terrestre, condamnée à un destin misérable et à une mort cruelle.
La mère des hommes n’aurait pas entendu dire qu’elle enfanterait sur sa couche dans la peine et dans la douleur.
Elle n’aurait pas versé sa sueur sur cette terre de mort, avec son mari et les enfants de malédiction qu’il faut enfanter dans les plaintes et dans les gémissements, pour laisser une descendance et trouver ainsi la réconciliation suprême.
Tout le genre humain n’aurait pas été condamné à la mort.
Il n’aurait pas invité le Tout-Puissant à nous guérir, à descendre sur la terre dans son extrême bonté, et d’une manière extraordinaire à prendre la nature humaine et à souffrir la passion.
Je n’aurais pas été non plus la mère toujours Vierge et je n’entendrais pas dire maintenant qu’on traîne en justice le Fils du Ciel et de la Terre, de naissance virginale.
Je ne frémirais pas de le voir couvert d’injures, en portant sans feu, hélas, une flamme cruelle qui me consume avidement, agite mon âme et pénètre dans mon cœur comme une massue 2.
Ainsi l’avait en vérité proclamé le vieillard Siméon lorsqu’il avait prévu tout l’avenir dans son regard prophétique.
C’est bien la voie la plus sûre quand la femme s’accorde avec son mari, cherche à lui plaire en tout comme il convient, ne prête pas une oreille attentive aux sollicitations étrangères, mais vit en harmonie avec son époux légitime.
Maintenant tout est hostile et les circonstances sont défavorables.
La femme a trahi l’homme et l’éclat de sa puissance.
Le péché originel se plaît à engendrer de nouveau le péché.
Les larmes entraînent des larmes sans mesure et sans nombre.
Le mal rivalise avec le mal.
C’est pourquoi la nature humiliée dans sa majesté gémit en pleurant des malheurs qui l’accablent et des maux insupportables qui l’assaillent.
Elle passe tout son temps à verser des larmes, depuis qu’elle se voit en proie aux injustices de son ennemi par la faute de ceux dont nous sommes tous les descendants sur la terre, d’abord la faute de sa propre mère, puis celle de son père qui prêta une oreille complaisante à sa mère.
Elle crie les serments, elle invoque les mains échangées, gage suprême, enfin elle prend Dieu à témoin.
Sous le poids de l’adversité, l’infortunée a su tout ce qu’on gagne à ne pas quitter la patrie bienheureuse ; elle a pris la création en horreur et elle ne se réjouit même pas de la voir.
Oui, ma douleur est telle maintenant, que le désir m’a pris de venir confier ici à la terre et au ciel les infortunes de la nature.
Car la malheureuse, qu’elle enfante, qu’elle n’enfante pas, ou qu’elle évite d’enfanter, ne cesse pas ses pleurs.
Malheureuse, je parle de moi en t’évoquant lorsque tu enfantes ou lorsque tu n’enfantes pas, comme s’il s’agissait d’une chose inexprimable.
Car j’ai connu l’enfantement qui n’en est pas un, que dire ? en évitant les douleurs et les souillures, maintenant comme autrefois.
Je ne connais pas plus les plaisirs et les paroles blâmables de l’homme que la trempe de l’airain.
Personne n’a souillé mon hymen virginal.
Comment donc ai-je enfanté mon Fils ?
Ô prodige incomparable !
Comment supporterai-je maintenant de le voir outragé ?
Après avoir échappé à la douleur, comment souffrirai-je dans mon cœur ?
Comment ai-je pu crier mon bonheur, quand l’heureux messager est venu m’annoncer que je serai mère 3, en proclamant la rédemption pour la race malheureuse des mortels et en me donnant à moi-même un grand sujet de joie ?
En entendant ses paroles, je n’ai pas été sans trouble.
C’est que le messager de la parole divine m’annonçait que je n’enfanterais pas une victime propitiatoire, mais le souverain maître de la terre et de l’univers entier.
Cependant j’ai fait le sacrifice et comme une femme j’ai poussé de tout mon cœur un cri de joie, j’ai hurlé pour saluer la nouvelle, en portant la flamme odoriférante qui me consume, celle que les prophètes affirment qu’on doit offrir en sacrifice, une ardeur de feu, un cœur contrit, un amour qui ne peut se contenir, toujours en éveil, tout ce que nous savons être agréable à Dieu.
Mais comment se fait-il qu’un glaive acéré broie maintenant mes entrailles ?
Moi, j’étais décidée à sortir dans la nuit pour voir la Passion de mon Fils ; cependant ces femmes m’ont persuadée d’attendre la lumière du jour.

Saint Grégoire de Naziance, in La Passion du Christ, Tragédie (cerf)

1. La métaphore intraduisible est empruntée à la Bible. Cf. Gen, 2, 22. Les chapitres 2 et 3 de la Genèse inspirent d’ailleurs ce prologue de la Mère de Dieu. En soulignant très précisément la faute d’Adam et d’Ève, ledit prologue s’oppose intentionnellement à la conclusion du drame, qui montre le Christ triomphant de cette faute et de ses conséquences.

2. Cf. Le 2, 34-35.

3. Lc 1, 30. La fin du prologue de la Vierge t’annelle la scène évangélique de l’Annonciation.

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En pleurant… Grégoire de Naziance, La Passion de mon Fils


LA MÈRE DE DIEU

Plût au ciel 1que le serpent n’eût pas rampé dans le paradis et que le malin n’eût point établi son repaire dans les bosquets du jardin !
La femme, la mère infortunée du genre humain n’aurait pas été séduite, elle n’aurait pas osé perpétrer une action aussi audacieuse et elle n’aurait pas été dévorée de la passion de l’arbre, après avoir été convaincue que celui-ci pouvait lui obtenir la divinité.
Et pour avoir persuadé son époux de manger le fruit qui devait leur être fatal, elle n’aurait pas été chassée du paradis terrestre, condamnée à un destin misérable et à une mort cruelle.
La mère des hommes n’aurait pas entendu dire qu’elle enfanterait sur sa couche dans la peine et dans la douleur.
Elle n’aurait pas versé sa sueur sur cette terre de mort, avec son mari et les enfants de malédiction qu’il faut enfanter dans les plaintes et dans les gémissements, pour laisser une descendance et trouver ainsi la réconciliation suprême.
Tout le genre humain n’aurait pas été condamné à la mort.
Il n’aurait pas invité le Tout-Puissant à nous guérir, à descendre sur la terre dans son extrême bonté, et d’une manière extraordinaire à prendre la nature humaine et à souffrir la passion.
Je n’aurais pas été non plus la mère toujours Vierge et je n’entendrais pas dire maintenant qu’on traîne en justice le Fils du Ciel et de la Terre, de naissance virginale.
Je ne frémirais pas de le voir couvert d’injures, en portant sans feu, hélas, une flamme cruelle qui me consume avidement, agite mon âme et pénètre dans mon cœur comme une massue 2.
Ainsi l’avait en vérité proclamé le vieillard Siméon lorsqu’il avait prévu tout l’avenir dans son regard prophétique.
C’est bien la voie la plus sûre quand la femme s’accorde avec son mari, cherche à lui plaire en tout comme il convient, ne prête pas une oreille attentive aux sollicitations étrangères, mais vit en harmonie avec son époux légitime.
Maintenant tout est hostile et les circonstances sont défavorables.
La femme a trahi l’homme et l’éclat de sa puissance.
Le péché originel se plaît à engendrer de nouveau le péché.
Les larmes entraînent des larmes sans mesure et sans nombre.
Le mal rivalise avec le mal.
C’est pourquoi la nature humiliée dans sa majesté gémit en pleurant des malheurs qui l’accablent et des maux insupportables qui l’assaillent.
Elle passe tout son temps à verser des larmes, depuis qu’elle se voit en proie aux injustices de son ennemi par la faute de ceux dont nous sommes tous les descendants sur la terre, d’abord la faute de sa propre mère, puis celle de son père qui prêta une oreille complaisante à sa mère.
Elle crie les serments, elle invoque les mains échangées, gage suprême, enfin elle prend Dieu à témoin.
Sous le poids de l’adversité, l’infortunée a su tout ce qu’on gagne à ne pas quitter la patrie bienheureuse ; elle a pris la création en horreur et elle ne se réjouit même pas de la voir.
Oui, ma douleur est telle maintenant, que le désir m’a pris de venir confier ici à la terre et au ciel les infortunes de la nature.
Car la malheureuse, qu’elle enfante, qu’elle n’enfante pas, ou qu’elle évite d’enfanter, ne cesse pas ses pleurs.
Malheureuse, je parle de moi en t’évoquant lorsque tu enfantes ou lorsque tu n’enfantes pas, comme s’il s’agissait d’une chose inexprimable.
Car j’ai connu l’enfantement qui n’en est pas un, que dire ? en évitant les douleurs et les souillures, maintenant comme autrefois.
Je ne connais pas plus les plaisirs et les paroles blâmables de l’homme que la trempe de l’airain.
Personne n’a souillé mon hymen virginal.
Comment donc ai-je enfanté mon Fils ?
Ô prodige incomparable !
Comment supporterai-je maintenant de le voir outragé ?
Après avoir échappé à la douleur, comment souffrirai-je dans mon cœur ?
Comment ai-je pu crier mon bonheur, quand l’heureux messager est venu m’annoncer que je serai mère 3, en proclamant la rédemption pour la race malheureuse des mortels et en me donnant à moi-même un grand sujet de joie ?
En entendant ses paroles, je n’ai pas été sans trouble.
C’est que le messager de la parole divine m’annonçait que je n’enfanterais pas une victime propitiatoire, mais le souverain maître de la terre et de l’univers entier.
Cependant j’ai fait le sacrifice et comme une femme j’ai poussé de tout mon cœur un cri de joie, j’ai hurlé pour saluer la nouvelle, en portant la flamme odoriférante qui me consume, celle que les prophètes affirment qu’on doit offrir en sacrifice, une ardeur de feu, un cœur contrit, un amour qui ne peut se contenir, toujours en éveil, tout ce que nous savons être agréable à Dieu.
Mais comment se fait-il qu’un glaive acéré broie maintenant mes entrailles ?
Moi, j’étais décidée à sortir dans la nuit pour voir la Passion de mon Fils ; cependant ces femmes m’ont persuadée d’attendre la lumière du jour.

Saint Grégoire de Naziance, in La Passion du Christ, Tragédie (cerf)

1. La métaphore intraduisible est empruntée à la Bible. Cf. Gen, 2, 22. Les chapitres 2 et 3 de la Genèse inspirent d’ailleurs ce prologue de la Mère de Dieu. En soulignant très précisément la faute d’Adam et d’Ève, ledit prologue s’oppose intentionnellement à la conclusion du drame, qui montre le Christ triomphant de cette faute et de ses conséquences.

2. Cf. Le 2, 34-35.

3. Lc 1, 30. La fin du prologue de la Vierge t’annelle la scène évangélique de l’Annonciation.

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