C’est qui l’Patron, hein ?!

Pour inaugurer la réouverture du site de la FASM, il nous a semblé utile, voire nécessaire, de rappeler pourquoi nous nous sommes attribué ce nom de Fraternité des apôtres de St Médard. Pour la simple et bonne raison que St Médard est un des saints patrons des brasseurs. Mais vous allez voir qu’il n’était pas le seul et qu’il a fallut choisir.

Le patronage de la bière est accordé à de très nombreux saints, puisqu’il est adossé aussi bien à l’évangéliste St Luc, St Augustin qu’à Ste Hildegarde de Bingen.

Pour Saint Luc, ne cherchez pas dans son Évangile ou dans les Actes un lien quelconque avec l’orge ou la bière, le simple fait qu’il fut médecin nous autorise à lui accorder la science (infuse) en matière de potions médicinales, et donc de l’usage thérapeutique évident de la bière ˆˆ.

St Augustin, c’est tout simplement parce qu’il buvait pas mal avant sa conversion (sic)…

Quant à Ste Hildegarde de Bingen (1098-1179),  – Que Dieu bénisse cette sainte femme – elle est la 35ème Docteur de l’Eglise (et ouais) et doctoresse tout court : elle connaissait et conseillait l’usage antiseptique du houblon, soit bien avant son usage généralisé dans la fabrication de la bière. Et puis sa longévité plaide encore plus sa cause.

Toujours en rapport avec le houblon, notons le roi St Wancéslas Ier (909-935), patron des brasseurs tchèques et de la Bohème, mais qui pour des raisons plus patriotiques et économiques que médicinales, avait ordonné un édit punissant de peine de mort quiconque s’aviserait d’exporter les précieuses fleurs et boutures hors de sa région.

D’ailleurs, Wanceslas, Deuxième du nom et deux siècles plus tard, convaincu le pape de révoquer un ordre interdisant le brassage de la bière. Parce qu’il faut pas trop déconner non plus. Mais bon, la FASW, c’eut fait trop swag à notre gout.

Un autre, Saint Amand d’Elnone, originaire d’Aquitaine et parti évangéliser le Nord et la Belgique se prévaut aussi de ce patronage, mais pas plus de précisions, sinon qu’il a donné son nom à la ville de St-Amand-des-Eaux et fut Évêque de Maastricht. On sait que l’eau est la seconde matière première indispensable à la bière après l’orge (et la première en volume), mais l’eau toute seule, ça rouille, on ne l’a donc pas retenu. Et puis la « FASAE » ça faisait trop instance politique et nous faisait bêtement perdre un caractère inutile dans nos tweets.

Deux autres saints beaucoup plus consensuels et plus notables sont les deux St Arnoul(t), un peu comme Dupont et Dupont, puisque leurs hagiographies respectives leur prêtent les mêmes miracles, hormis qu’ils vécurent à des époques différentes :

Le premier, Saint Arnoul de Metz (580-640) est devenu patron des brasseurs lorrains. On aurait pu le choisir pour faire plaisir à @Lemessin, mais non, parce qu’on ne connaissait alors pas ce beau patronage 😉 La légende nous rapporte pourtant bien des miracles de sa part (de Saint Arnoul, hein, pas de @lemessin, suivez un peu s’il vous plait).

L’une rapporte qu’il mis fin à la peste rodant dans son coin en immergeant son crucifix dans une cuve de brassage et invita ses ouailles à ne boire que de la bière tirée de celle-ci.Outre le fait qu’on pourrait ainsi lui attribuer l’honneur de la première et vraie œuvre artistique sautériologique mêlant un crucifix disposé dans une mixture jaune, on tient surtout là un coup de Garcimore antérieur de près de 15 siècles sur les découvertes de Pasteur : avec l’eau portée à ébullition lors du brassage, son breuvage offrait tout simplement des garanties sanitaires et une réduction notable des possibilités d’infections microbiennes. Quel génie du marketing santé !

L’autre anecdote rapportée concerne un miracle post-mortem. A mi chemin entre Remiremont et Metz, les fidèles chargés de convoyer ses reliques vinrent à manquer de boissons et de vivres. Plutôt que d’implorer l’intercession de Marie pour de nouvelles noces de Cana, ils prièrent donc le saint idoine et découvrirent alors – « mais c’est inconcevable !  » leurs tonneaux auparavant vides miraculeusement remplis de  bière. [A notre avis, le convoi avait du être clairsemé et l’échappée ayant descendu ses réserves, elle n’eut pas toute sa lucidité et acuité visuelle lorsque le reste du peloton la rejoignit avec le stock…]

On lui attribue enfin une sentence qui rivaliserait presque avec le « fruit de la vigne et du travail des hommes » puisqu’il aurait dit :

De la sueur de l’homme et de l’amour de Dieu, la bière est venue au monde.

 

Le second saint patron majeur est celui des brasseurs belges et évêque flamand St Arnoult de Soissons (1040-1044). Celui-ci eu la bonne idée de fabriquer de la bière en son abbaye et à en conseiller sa consommation auprès des paysans, puisqu’on lui attribue pareillement qu’à son illustre prédécesseur homonyme le coup de « l’eau bouillue, microbes foutus ».

St Arnoult de Soissons - wikipedia
St Arnoult de Soissons – wikipedia

Il a aussi fait un remake de la la multiplication des pains (liquides ceux-là) façon resto du c(h)oeur des moines puisqu’après l’effondrement du toit d’une brasserie d’une abbaye en Flandre, St Arnoult pria Dieu de lui garantir un approvisionnement des débits de bière environnant pour les moines. L’abondance qui succéda aussitôt à sa demande fut telle que moines et habitants de la ville voulurent lui faire un santo subito ! (on avoue, on rêve des ces conditions logistiques pour nos prochaines fasm)

Mais l’évêque de Soissons est surtout connu plus sérieusement pour avoir considérablement amélioré les processus de brassage. Il avait eu l’idée en observant les abeilles des ruches de l’abbaye d’utiliser les cônes de paille pour en faire un filtre pour clarifier son brassin. St Arnoult est donc régulièrement représenté, portant – en plus de sa crosse d’évêque – un fourquet dans une main et en compagnie d’abeilles ou d’une ruche à ses côtés.

 

 Saint Médard, beau et serein, promet abondance de grain.

 

Bon, alors si l’on ne sait plus à ce stade à quel saint se vouer, pourquoi avoir finalement choisi St Médard me diriez-vous ?

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St Médard (40% de m.g.)

Déjà, St Médard (456-545) fut un saint évêque encore plus ancien que notre Arnoul et en plus il vécu plus longtemps (la bière et le houblon assurent une longévité comme nous l’avons déjà vu avec Hildegarde). Mort à Noyon, près de Soissons, il nous rapproche fortuitement de l’autre saint… et d’un de nos parrains de la Fasm, notre cher @MgrGiraud 😉

Il évangélisa la Flandre à laquelle on devra plus tard la grande partie de la production de houblon et de bières, et il aurait été avec son frère aux côtés de l’évêque St Rémi lors du couronnement de Clovis à Reims, ce qui nous ramène illico aux racines chrétiennes de notre beau pays et rapproche ainsi la bière aussi près des fonds baptismaux que le vin 😉

De plus son patronage élargi est plus intéressant et inclusif : il est patron des brasseurs, mais aussi patron des agriculteurs et des viticulteurs, invoqué pour les moissons et les récoltes en général, ce qui inclue donc les bières aux autres céréales que l’orge, et nous réunit avec les œnophiles, car ‘in vino veritas‘, certes, mais ‘in cervezio‘ aussi !

Il est l’un des thaumaturges climatiques les plus invoqués pour le beau temps ou la pluie (et l’éphéméride de flotte entre lui et St Barnabé ou Saint Gervais nous rappelle aux 40 jours du déluge, ceux des tentations de Jésus et du carême, des 40 ans du peuple hébreu dans le désert etc.)

Enfin, car ce n’était pas fini, St Médard est aussi patron des personnes emprisonnées (ça peut toujours vous arriver, comme ça, hop, vous connaissez déjà auprès de qui intercéder), des personnes atteintes d’une maladie mentale (ce qui nous invite à l’humilité de chrétien un peu fol), invoqué encore contre les migraines (ou lors d’un syndrome Louis Chouffe) et de névralgies (consécutives ou non à une soirée FASM), ou pour le soulagement des maux de dents (Idem).

Alors, qui c’est l’patron ici, hein ? – Pour nous c’est Saint Médard. Mais avec l’intercession de tous les autres évoqués ici.

 

Bene dic, Domine, creaturam istam cerevisae, quam ex adipe frumenti producere dignatus es: ut sit remedium salutare humano generi: et praesta per invocationem nominis tui sancti, ut, quicumque ex ea biberintsanitatem corporis, et animae tutelam percipiant. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

Bénis, O Seigneur, cette bière nouvelle, qu’il t’a plu de tirer de la tendresse du grain: puisse-t-elle offrir au genre humain un remède salutaire: fais que, par l’invocation de Ton saint nom, quiconque en boive recouvre la santé du corps et la protection de son âme. Au nom du Christ notre Seigneur. Amen.

– Prière à St Arnoult, Rituale Romanum (no. 58)

Pour plus d’infos et références :

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